jeudi 15 octobre 2026

100 km du val de Somme

 A l'insu de mon plein gré

 


Tout commence  fin juin quand Patinette s'aperçoit qu'elle ne courra pas le 100 km de l'Ultra-Marin à Vannes. Les ardeurs des organisateurs avaient été refroidies par les conditions météo. Je ne sais si refroidies est le bon terme car 40 degrés à l'ombre pour un départ à midi on peut dire que ça jette un... chaud. Je me demande ce qu'il serait resté des 39 kg de ma Patinette après une telle épreuve.

Tout cela ne me concernait pas car j'étais juste inscrit au marathon de la Côte d'Amour début novembre et je n'avais pas d'autres projets. A 70 berges, j'estime que la pression ça suffit, quoi ! Je veux bien aider mais à condition que ce soit des filles et que ça n'aille pas trop vite.

Mais voilà, frustrée, Patinette décide tout de même de s'inscrire à un 100 km. Tu comprends, c'était mon objectif de l'année, j'ai trouvé un cent bornes tout plat à trois heures d'Alençon... veux-tu m'aider à faire mon plan d'entraînement ?

Ben oui, je vais t'aider et puis pendant que j'y suis, je vais courir les entraînements avec toi et puis ce serait plus facile si je m’inscrivais aussi. Super bonne idée un 100 km cinq semaines avant un marathon. Je suis trop faible avec les filles et depuis que je suis grand-père de deux Merveilles, c'est pire !

Eh bien me voilà embringué là-dedans à l'insu de mon plein gré, un sourire, un bisou et je cède. Ouais mais pas de pression, la dernière fois que j'ai bouclé les cent de Millau, j'ai mis 15h20 et marché vingt bornes, donc ce truc plat en Picardie je vais me le faire soft.

Je me connecte et je vois Barrière Horaire : 15 h. Ventrebleu ils ne rigolent pas les Picards ! Je m'aperçois concomitamment que cette course de début de saison comptera comme championnat de France FFA de 100 km mais que les participants ne devront pas excéder 14 heures pour être classés. 

Pas de pression, nonobstant ma licence compétition à l'A3 Alençon je m'inscris à la course open, 15 heures c'est déjà pas de la tarte à mon âge.

Cinq séances de course bitume et piste plus deux séances de marche par semaine : 750 km répartis sur neuf semaines d'entraînement ça le fait mais la route, la route puis la route ça gave et pas que de Pau ! La Patinette et le Lutin ont besoin de respirer et nous aménageons rapidement une sortie hebdomadaire en forêt d'Ecouves au coucher du soleil histoire de nous oxygéner les boyaux de la tête et je peux vous dire que commencer une sortie trail dans le rouge du couchant et la finir dans le noir complet puis regarder les étoiles avant de regagner ses pénates, ça nous lave bien les guenilles mentales.

Im Abendrot

 

Le plus agréable c'est finalement ces semaines qui nous tiennent la main et nous emmènent vers la compétition. Tu ne trouves pas que c'est passé vite, Patinette ? Oui, et c'était chouette, surtout nos sorties détente en forêt. Plus que quelques jours, je suis contente de lever le pied, tu crois que je vais réussir ? Pour sûr que tu vas réussir et ne t'étonnes pas si tu tapes dans les 13 heures, c'est tout plat et tu es en forme. T'es fou, à Millau, j'avais mis plus de 16 heures !

Quelques jours avant notre départ, je reçois un mail de l'organisation : le délégué FFA local a décidé unilatéralement d'inscrire tous les licenciés FFA sur le championnat qu'ils le veuillent ou non, moi qui voulais courir en open sans pression me voilà obligé à l'insu de mon plein gré de me taper la course en moins de 14 heures. Ça commence à faire et pas qu'à repasser !


Trois heures de route puis balade en Baie de Somme. Au moins, on ne va pas s'épuiser dans le côtes. Tout près, Amiens ; j'ai eu la bonne idée de louer un mobile-home à 800 m de départ. Mon épouse Josette qui nous accompagne ira visiter Amiens à pied durant notre course.

Prise des dossards, un championnat de France de 100 km c'est plutôt confidentiel, nous ne sommes que 110 à participer. Avec les 141 qui courent en open, on ne va pas se bousculer. Ben tiens, il est déjà 6h30 du matin et un type vraiment sympa nommé Adilio nous tire un portrait nocturne.

Nous nous sommes donné une limite de vitesse à 8,5 km/h grand max et deux obligations :

1 S'arrêter à chaque ravitaillement (tous les 5000 m en moyenne).
2 Ne jamais marcher sur le parcours lui-même.

Contrairement à Millau, les ravitos restent succincts et il n'y a pas de base de vie pour se reposer ou se changer. S'en suivra un rythme de course à l'image de mon électro-encéphalogramme durant l'épreuve :

19 arrêts ravito, 7,6 km/h de moyenne et 8 km/h en mouvement

Quatorze premiers kilomètres, un aller-retour vers Amiens le long de la Somme. Nous sympathisons avec un Belge et un couple que nous côtoierons pratiquement toute la course. Une heure trente-cinq et nous voilà de retour au départ. Le soleil se lève et chacun file en direction d'Abbeville en longeant le canal. La météo est très favorable et la nature resplendissante, tout autour les marais sur des milliers d'hectares et un nombre inquantifiable d'étangs. Des oiseaux de toutes sortes dont des canards et des oies qui se poussent à peine quand on passe. La brume couvre l'eau durant quelques heures, donnant un aspect fantastique à notre périple puis le soleil prend sa place et ne va nous quitter que peu avant l'arrivée. Météo splendide et paysage apaisant, on a même failli avoir chaud ce 3 octobre.

Photo : https://hellolaroux.com/gr-800-vallee-de-somme/


Durant une soixantaine de kilomètres, nous gardons un rythme autour de sept minutes au kilomètre comme lors de l'entraînement. Pendant ce temps, je trouve le temps de discuter avec notre ami belge en l'entretenant bien sûr sur la polyphonie franco-flamande, mouvement essentiel de la Renaissance dont il ignore l'existence. Quand je m'aperçois qu'il n'a jamais entendu parler de Gilles Binchois, je change de sujet et nous parlons des frites. A la graisse de cheval comme à Valenciennes ou à l'huile ? Oh tu sais, je suis de Liège, Valenciennes c'est très particulier...



Pendant ce temps, Patinette cause avec Stéphanie qui accompagne son mari en vélo. Avec ce couple de jeunes d'à peine quarante ans, nous ferons le yoyo un bon moment. Nous avons convenu avec mon amie de ne pas courir systématiquement ensemble, cependant nous effectuerons une grande partie du chemin en commun, se retrouvant souvent aux ravitaillement où nous effectuerons systématiquement nos étirements dès le 50ème km.
 
Quand j'ai dit que c'était plat, c'était plat de chez plat, exception faite  du diverticule en forme de montée vers Flixecourt aux 36 et 78ème kilomètres lors duquel nous montons deux bornes pour aller au ravito avec tour de piste d'athlétisme obligatoire. 
 
 

C'est justement là que je croise le premier de la course, un gamin de vingt ans qui va mettre 6h14 pour son premier cent bornes. Damned, le niveau ! 
 
Le demi-tour s'effectue au 57ème km à Epagnette juste avant Abbeville. Malgré le petit nombre de concurrents, je ne serai jamais seul, yoyotant régulièrement avec la Patinette qui apprécie semble-t-il la balade. C'est à ce moment que je rattrape Françoise une amie du brave et honnête site Kikouroù. Elle et son mari Xavier sont engagés sur le championnat tous deux en M6 et représentent leur club Cap Bollène.
 
La Patinette a la banane

De retour à Flixecourt, nous courons avec les marathoniens de la fin du peloton (ils sont partis à 14h), ils sont un peu hallucinés de nous voir toujours courir alors que nombre d'entre eux marchent par moments. Les derniers 20 km sont plus durs pour moi et Patinette s'envole ; elle finira dix minutes devant moi en 13h09, battant son chrono de Millau de trois heures pile ! Notre ami belge va faire un beau finish et arriver avant moi. Sur la fin, je croise Stéphanie et son mari aussi épuisés l'un que l'autre mais suffisamment près du but pour terminer dans les temps.

Je rencontre à nouveau Adilio toujours aussi sympa. Tu m'avais dit que tu n'étais pas sûr de finir dans les temps ! Ben, j'ai fait ce que j'ai pu et je n'ai pas marché, salut et merci !


Le soleil se faufile doucement vers l'horizon, les couleurs s'embrument et l'automne pointe son frais museau. Je chemine un moment avec un jeune couple de marathoniens contents de finir plutôt étonnés de courir avec un Papy de 70 ans. Je les laisse filer dans le dernier kilomètre, j'ai bien le temps vu que je vais terminer en 13h19'16" largement avant la barrière FFA.


Cerise sur le gâteau, je finis vice-champion de France de 100 km M7 deux heures après le premier qui s'est congelé les abattis en m'attendant. En fait, je n'y crois pas, moi avec une médaille d'argent, improbable ! Mais si après tout, j'avais toujours dit que je ferai des podiums quand la plupart des autres seront morts !

 

Mais si, c'est vrai ! Et vice-champion, c'est tout moi ! 

 

Deuxième cerise sur les gâteux, Françoise qui a mis les gaz depuis un bon moment a fini plus d'une demi-heure avant moi et décroché le titre de championne de France M6 ; Xavier comme moi finit avec la médaille d'argent mais 1h18 devant moi, saletés de jeunes !


Ma Patinette est ravie de sa performance et ma Josette de sa visite d'Amiens, de sa cathédrale et de ses canaux. En gros tout va bien mais qu'est-ce que j'ai mal aux pattes la nuit qui suit !

Nous passerons le dimanche non loin de là, en Normandie au Tréport où nous retrouverons avec modération le goût du dénivelé.



Les lecteurs de Pierre Lemaître ont remarqué que je lui ai emprunté sa technique d’insertion des dialogues dans le corps du texte, procédé élégant et fort fluide très présent dans son roman "Au revoir là-haut".

 



 

 

 

 

samedi 15 novembre 2025

12 heures de Royan

Le Retour du Hamster


C'est bien beau d'aller jusqu'au bout de soi avant d'exploser lors d'un marathon ou de communier avec la nature et ses intestins en courant un trail mais ça faisait longtemps que je n'avais pas fait un truc vraiment givré dans le genre hamster maboul. J'ai bien (re)fait les 6h de Ste Suzanne en duo avec ma chère épouse cette année mais c'était en pleine nature, c'était beau et le circuit faisait 4 km. Non, il fallait que je fasse un machin brindezingue assez fada pour qu'on se tape la tempe avec l'index quand on parle de moi. 

C'est Patinette qui a eu l'idée de participer aux 12h de Royan... Patinette est M2, chausse du 34 et s'habille dans du 12 ans. C'est une coureuse improbable. Je veux dire par là qu'elle n'était pas faite a priori pour enfiler les marathons et se manger des trails autour de 60 bornes avant de se bouffer les 100 km de Millau l'année dernière. Et pourtant, à force de travail et de pugnacité, elle a tout réussi même si elle en a parfois bavé plus qu'une colonie de gastéropodes. 

La ville de Royan est calme en ce vendredi de mi-octobre mais il fait bien beau. A peine arrivés en ville, nous filons au stade d'honneur pour récupérer nos dossards. Les damnés du 48 heures sont déjà en piste. Nous allons faire un tour pour humer l'ambiance qui sent l'orga bien rodée. Il y a de l'huile partout et rien n'est laissé au hasard. On frise la perfection. 

Soudain, visitant le ravito, je me fais héler par un coureur qui s'avère être Stéphanos que j'avais côtoyé à divers endroits et plus récemment aux 100 km de Millau et à la No Finish Line de Paris. Joie des retrouvailles...

On est presque aussi jeunes que lors de notre première rencontre chez le Khanard ! 

Bon, c'est pas tout mais demain on hamstérise donc petite balade au bord de la mer et pizzéria.

Patinette se concentre dans le but de poutrer le Lutin demain.

Comme j'ai des goûts de luxe, je nous ai trouvé un duplex en pleine ville, chacun son étage. Patinette n'entendra pas le vieux M7 ronfler...

******

8h30, nous sommes au bord de la piste pour le départ officiel. Il s'agit d'un vieil anneau de course de 400 m en cendrée sablonneuse du genre à remplir les pompes. Nous faisons d'abord à peu près 390m c'est à dire la quasi intégralité de la piste puis épingle à cheveux : 310m dans l'autre sens puis nouvelle épingle à cheveu : 320m dans un troisième couloir à l'extérieur avant de passer sous les tentes de ravitaillement pour démarrer un autre tour. Le circuit est sensé faire 1100m, j'en rajouterais bien 50 mais quand on aime, on ne compte pas. 


La disposition en trois couloirs sur une partie de la piste impose une limitation d'inscriptions. Une fois le 12h démarré, les participants du 24h débutent à 10h00 et avec les forçats du 48h nous nous retrouvons à 130 personnes sur une piste de 400 mètres. C'est bien suffisant et bien calibré. 

Concernant le 12h, moins nombreux que sur les autres durées, nous sommes 15 inscrits sur le 12h course et 12 inscrits sur le 12h marche. Le podium étant toutes catégories, je pars tranquille sans enjeu. En tant que Master 7, je ne me vois pas finir dans les quatre premiers. Par contre, Patinette qui ne cesse de progresser a ses chances, il va falloir que je la surveille...

Je vais me répéter mais l'épreuve est très bien organisée, les concurrents n'ont qu'à marcher ou courir. Le but c'est juste de terminer sans tourner Loufedingue affublé d'un entonnoir sur la cafetière et accessoirement faire le plus de kilomètres possible. Résumé de ma course en une image :

 On va se rapprocher pour se faire une idée plus précise :


Assez rapidement, je me fais héler : "Salut le Lutin !", c'est le grand François engagé sur le 48h avec lequel j'avais échangé il y a quelques années. Il est petit le monde des hamsters, Patinette va retrouver une fille avec laquelle elle a couru à l'Ultra- Marin.

Il fait bien frais ce matin et j'arbore ma veste de club durant les deux premières heures. La température va ensuite bien monter puisque je vais finir en débardeur à une température de vingt bons degrés. Ma technique de course est simple : je tourne entre 8 et 9 à l'heure tant que je peux, je marcherai si j'arrive à 6km/h. J'ai développé une nouvelle technique de concentration de manière à ce que les boyaux de la tête consomment le moins d'énergie possible : je regarde le sol, je ne pense à rien. C'est dingue ce que c'est facile d'être vide de la calebasse.

Photo organisation

Tous les cinq tours, je bois et je m'alimente mais je sais que sur les courses longues, le grignotage n'est pas suffisant. Vers 13h, je me rends dans le gymnase pour le repas du midi indispensable pour tenir. Entrée, viande nouilles et dessert, ça retape un lutin. A ma table, je cause un moment avec Michel Dessaint qui commente la course et dont je connais bien les moustaches pour l'avoir vu maintes fois commenter le marathon de la Rochelle que j'ai couru dix fois. 

Et c'est reparti ! Régulièrement les classements course et marche sont annoncés au micro. Je m'aperçois que Patinette est deuxième féminine du 12h. Elle ne s'est aperçue de  rien et en bon coach, je commence à l'encourager d'autant plus qu'elle a Claire à sa poursuite qui, elle, est accompagnée par son mari qui suit le classement en direct sur son portable et la coache en courant à côté d'elle. Alors que nous sommes à plus de six heures, la remontée de Claire va être irrésistible et Patinette se retrouve troisième féminine mais quand même cinquième au scratch. 

Moi, je suis neuvième et j'ai un gros coup de mou assorti d'un bon mal de dos après huit heures de course. Je m'assois donc à ma table (car chaque coureur a sa table et sa chaise ainsi que son gobelet numéroté) et je change de chaussures et de débardeur. J'en profite pour sortir mon portable et ainsi repérer où se trouve Patinette dans le classement. Elle tient son rang mais deux filles lui filent le train à trois tours de distance. Je m'en vais les surveiller les donzelles !

S'en suit presque deux heures de marche. Je m'efforce de me redresser et c'est efficace car je peux reprendre enfin la course, le dos s'étant calmé. 

Vertubleu, au bout d'un moment je croise la Patinette qui marche. Je consulte le classement et je vois que Véronique et Isabelle ne sont plus qu'à deux tours. Je l'en informe et elle se remet à trottiner en voyant que son vieux coach s'est remis à courir. Je galope d'ailleurs plus vite qu'elle car je finis par la rejoindre. Elle a onze tours d'avance sur moi. C'est pas le moment de mollir. Il reste une heure et on va passer de 7km/h à 8 puis à 9 pour finir à 11km/h dans le dernier tour.

Patinette reprend ainsi un tour à ses poursuivantes et je gagne une place passant à la huitième place sur 15. L'important, c'est que mon élève garde sa troisième place féminine et sa cinquième place au scratch.

Le travail paie : Patinette a le sourire

Avec 87,796km, Patinette est à dix km de la première, ce n'est pas insurmontable. Avec 76,666 km, je suis onze km derrière elle, c'est insurmontable pour un septuagénaire... Cela dit, le but de tout bon enseignant c'est de se faire dépasser par ses élèves. Donc, mon boulot est fini, je vais pouvoir prendre ma retraite de coach après toutes ces filles (et deux ou trois mecs) emmenés sur marathon, trails, 100 km et autres. Bon, on va aller manger de la brioche et faire dodo.

Ben non, on m'appelle au micro alors qu'à l'état gazeux, j'applaudissais le début du podium masculin, je n'avais pas réalisé qu'il y avait cinq filles dans les sept premiers et que tout huitième que je suis je me retrouve troisième homme.


Bonne surprise, en rentrant, je vais pouvoir montrer ma coupe de super papy à mes petites filles. Comme quoi, nous ne sommes pas venus pour rien !

 

 

 

 

mardi 12 août 2025

Neil, Jo and Me

On est fin 1972. Je vais bientôt avoir 17 ans, pourtant je suis encore en seconde et j'aurai encore une classe à redoubler avant le bac mais j'y arriverai n'étant pas brillant mais extrêmement opiniâtre.

Entre copains, nous parlons beaucoup musique, il faut dire que nous vivons une époque bénie lors de laquelle les artistes à l'instar des Beatles récemment séparés jouissent d'une grande liberté qui leur sera plus tard retirée par le Marché. Depuis le milieu des années 60, on assiste à une explosion plutôt qu'à une éclosion de styles et d'inventions diverses allant de la West Coast américaine jusqu'à l'électro allemand en passant par la musique progressive anglaise qui révolutionne l'écriture musicale avec ses morceaux allant jusqu'à une vingtaine de minutes (limite physique d'une face de vinyle 33 tours).

Ma passion envers le travail scolaire est inversement proportionnelle à celle envers la musique ; à cette époque, les galettes de vinyle de 30 cm de diamètre coûtent cher et ma collection est limitée nonobstant le fait que j'y mette les deux tiers de mon argent de poche.

A cette époque, j'ai une bonne copine. Ma meilleure copine en fait. C'est une fille simple, sans chichis avec laquelle on peut parler librement et en plus, elle a deux grands frères dont l'un travaille déjà et a donc les moyens de s'acheter des disques. 

Si je suis intarissable sur les Beatles, je suis loin de tout connaître et Josette a décidé de m'ouvrir à de nouveaux horizons musicaux. C'est ainsi qu'elle me fait découvrir Tommy des Who, les premiers albums de Pink Floyd parus en 67 et 68, ceux de Jethro Tull, de Caravan, de Deep Purple et bien sûr l'immense John Mayall et son magnifique "Blues from Laurel Canyon". Dans le lot de vinyles échangés dans la cour ou le gymnase du lycée se trouva un jour le quatrième album de Neil Young "Harvest" qu'elle appréciait particulièrement. Moi, j'ai bien aimé même si je préférais le jeune bison avec ses copains Crosby, Stills et Nash.

 

J'en suis longtemps resté là  même si j'ai apprécié l'Album "Trans" dans les années 80 (Je dois être le seul...). Puis, une cinquantaine d'années plus tard, je me suis aperçu que le Neil plus si Young avait produit des merveilles depuis les années 90 comme "Ragged Glory" qui avait inspiré bien des musiciens grunge, mais aussi les productions récentes studio ou live. En peu de temps, j'avais rattrapé mon retard quand...

Finalement, quand on a une si bonne copine, on la garde et ça fait 52 ans qu'on est ensemble. Ça évite d'acheter des disques en double. Josette est ravie d'assister au spectacle d'une légende comme ce fut le cas précédemment pour Mayall et King Crimson.

J'ai dégotté un garage rue Championnet et il nous reste à peine deux kilomètres pour atteindre l'hôtel situé à 300 mètres de la salle de spectacle. Ce sera deux kilomètres qui sentent l'urine, le quartier n'est pas brillant et jonché de détritus. Ça ne ressemble pas à ce qu'on a vu à la télé pour les JO ! En chemin, nous nous arrêtons dans une brasserie pour manger un peu. J'aime les brasseries parisiennes qui me font penser à l'Alençon de mon enfance. Le temps y semble figé depuis les années 60. 

L'hôtel est immense, situé au bord du périphérique et... totalement silencieux grâce au quadruple vitrage. Nous passons un moment dans la chambre avant d'aller à l'Adidas Arena dès 17h30, pensant qu’avec un concert à 19h, il n'y aurait pas trop la queue. Ben si ! Les fans qui préfèrent la fosse sont là depuis longtemps, et ça déborde dehors. Les pauvres vont se taper environ cinq heures de station debout. C'est plus de notre âge, nous sommes au balcon et le son sera bon ! En attendant, il faut pénétrer dans l'enceinte et affronter les cerbères qui filtrent les entrées en faisant jeter toute nourriture et boisson aux entrants. Je compris pourquoi quand j'achetai un casse croûte et de l'eau gazeuse à prix d'or quelques temps après.

Une fois sur place, nous scrutons les alentours, ben c'est pas que des jeunes ce soir... 

 

En fait, la fête débute à 19h40 et le désormais vieux bison (80 ans en novembre) accompagné des gamins de Chrome Hearts commence par l'acoustique  "Ambulance Blues" puis les choses sérieuses démarrent avec un "Cowgirl in the sand" bien électrique et la suite du même tonneau dont un tonitruant "Fuckin' up" et le magnifique "Love to burn" qui déroule ses grincements électriques sur presque un quart d’heure.

A ma gauche, Josette est déchaînée et sa montre Garmin affichera 8 000 pas pour les deux heures de concert. A ma droite, une femme qui filme régulièrement avec son portable et met chaque vidéo au fur et à mesure sur les rézosocios.

L'expérience est trop intense pour que je la filme et je vais vivre le live en... live. Je fais quand même un ou deux clichés pour le souvenir et même 30 secondes de vidéo à la fin. 

Quand je dis intense, je ne plaisante pas ; on a droit à du gros son durant les trois quarts du concert. A peine un peu de calme avec "The needle and the damage done", "Oldman" et le merveilleux "Harvest moon" mais c'est généralement une cascade de décibels qui va atteindre son paroxysme avec "Hey hey my my", le dernier morceau dont la conclusion mettra fin à l'existence de quatre des six cordes du Loner.

 

Il nous faudra chacun un demi-litre de bière au bar de l'hôtel pour nous calmer après cette expérience inoubliable. Un peu éméché et surtout fatigué, je finis par trouver le sommeil quelques temps après, répétant dans ma tête les dernières paroles du concert :


Hey hey, my my, Rock and Roll can never die !

 

 

 

mardi 29 juillet 2025

FLNJ : le retour

 20 juillet 2025

 Forêt d'Ecouves


Pas nombreux les Trailers d'Ecouves ce dimanche. En fait, il n'y a que moi et Patricia... Certains sont sur un entraînement looong en vue de l'Echappée Belle en août et d'autres sont en train de faire les zouaves à l'Ultra-Trail du Beaufortain. Septante ans dans six mois, c'est plus de mon âge leurs trucs ; je vais me contenter de 15 bornes, ça grimpe suffisamment dans ma forêt.

Nous longeons ce joli ruisseau sans nom que nous avons baptisé le "Rio Grande" et qui va se jeter dans la Briante au Vignage quand soudain : 


Horreur et tarte aux pommes ! Ils sont revenus les terroristes nains !!!  Ils trônent fièrement au milieu de la forêt des Lutins. C'est pire qu'une invasion, c'est le Grand Remplacement ! Et ils signent même leur forfait :


Un peu d'histoire : 

A l'origine, comme chacun le sait, les nains vivaient dans des mines qu'ils exploitaient en chantant  "Heigh-ho, heigh-ho, on rentre du boulot !". Malheureusement pour eux, les mines ont fermé les unes après les autres et beaucoup d'entre eux ont migré en ville pour devenir jardiniers. Tout se passait bien jusqu'à ce que le Front de Libération des Nains de Jardins (Canal Historique) apparaisse pour la première fois à Alençon en 1996 avant d'essaimer un peu partout en France, en Europe et même sur le continent américain. Or, le but de ces fanatiques barbus est de se libérer de leur servitude jardinière pour vivre libres en forêt et entre autres en forêt d'Ecouves située à 10 km d'Alençon. Cela ne poserait pas de problème si la forêt n'était pas la terre immémoriale des Lutins. Or les Lutins sont peu nombreux et vulnérables face à cette engeance munie de pelles et de pioches.

Pire, les Humains, à force de voir des nains partout les confondent avec le Petit Peuple. Il faut le dire et le redire : LES LUTINS N'ONT PAS DE BARBE !

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Peuple d'Ecouves, réveille-toi et résiste à l'invasion venue des jardins ! Cerfs, biches, chevreuils, fouines, blaireaux et martres, buses et cigognes noires joignez-vous à nous ! Même ces malotrus de sangliers sont bienvenus. Expulsons les Nains ! GARDAREM LOU FORÊT !

lundi 2 septembre 2024

Stakhanovisme et course à pied


Stakhanov était un mineur de l'oblast de Donetsk qui extrayait quatorze fois plus de charbon que ses petits camarades. Cela lui valut les félicitations du Soviet Suprême et une mort glorieuse dans le service psychiatrique de l'hôpital de Thorez ville baptisée en l'honneur de l'homme politique français qui résista victorieusement au nazisme à partir de sa résidence de Moscou. Ces ingrats d'Ukrainiens ont débaptisé cette charmante bourgade en 2016 pour l'appeler Tchystiakove. Trouvant ce nom imprononçable, les Russes décidèrent d'envahir l'Ukraine en 2022. Mais là, on s’éloigne de mon propos...

En fait Stakhanov, c'est moi, je me suis bêtement inscrit pour la quatrième fois en vue de courir les 100 km de Millau et, conscient de la faiblesse du quasi vieillard que je suis devenu (bientôt 69, un âge où on risque le tête à queue), j'ai décidé de perfectionner le plus possible mon entraînement, histoire de ne pas finir en marchant comme en 2022. J'ai donc conçu un plan soviétique aux cadences propres à me faire suer comme un russe.

M'accompagnent cette année deux quadras novices sur la distance qui pourraient être mes enfants :

Patricia et David ont rempli les deux conditions pour tenter l'aventure sans trop de risques : finir un marathon en moins de quatre heures et terminer les 61 km du Trail d'Ecouves (2500 m de D+). Dans le fond glauque de mon esprit retors, je me suis dit que j'allais leur en faire baver histoire de leur faire expier leur insolente jeunesse.

Par expérience, je sais que pour préparer ce genre d'épreuve, le volume compte mais aussi que l'excès est dangereux. Voilà pourquoi, j'ai décidé de ne programmer qu'une sortie longue par semaine dont voici le déroulement :

1 séance de récup (moins de 8 km/h)

2 séances d'allure 100 km (pour moi entre 8 et 9 km/h)

1 séance de vitesse semi-marathon (11,5 km/h) sur piste

1 séance de fractionnés sur piste à vitesse très modérée (souvent entre 12 et 13 km/h)

1 séance en forêt pour le plaisir et le dénivelé

1 séance longue (15 à 30 km) à vitesse 100 km avec des côtes (Millau c'est 1200 m de dénivelé pour 100 km)

Vous avez bien lu, cela fait du sept sur sept, du moins pour les six premières semaines (à raison de 70 à 95 km/semaine). Justement, j'entame la sixième semaine et aujourd'hui c'est mon 36ème jour de suite.

A l'heure où le programme s'allège, le bilan est très positif : les machines deviennent de plus en plus performantes et quand on n'en peut plus en haut d'une côte, on peut encore. Mes deux élèves sont très studieux et ils ont mis toutes les chances de leur côté pour réussir le challenge. 

Mieux encore, les deux futurs impétrants ont démarré l'une avec un hallux enflammé et l'autre avec une blessure à l’adducteur. Ce plan d'entraînement à allure très modérée n'a fait qu'accélérer leur guérison (je leur ai donné des vitesses limites à ne pas dépasser). 

La seule petite conséquence négative de tout cela, c'est qu'il leur faudra quelques temps pour retrouver assez de vitesse pour reprendre la saison de cross en octobre. 

Reste la glorieuse incertitude du sport... on verra bien à l'arrivée.

(Résultat du boulot : Mes deux élèves ont terminé leur 100 km en 14 et 16 heures et moi j'ai subitement attrapé un syndrome de l'essuie-glace qui m'a stoppé au 78ème km. C'est malin !)

Pour ceux que cela intéresse, voici le plan complet :

1

29 juillet au 4 août

 

Environ 75 km

Lundi

7 km récup

Mardi

1h allure 100 km

Mercredi

20’ allure1  4x1000m allure 3 (AS 21) récup. 20’

Jeudi

20’ + 2 séries de 6x 200/100 + 20’ 2400m

Vendredi

1h allure 100 km

Samedi

Sortie Forêt entre 1 et 2h ou bien 1h allure 100 km

Dimanche

2h00 allure 100 km

2

5 au 11 août

Lundi

8 km récup

Mardi

1h allure 100 km

Mercredi

20’ allure 1  5x1000m allure 3, récup. 20’

Jeudi

20’ + 2 séries de 5x 300/100 + 20’ 3000m

Vendredi

1h allure 100 km

Samedi

Sortie Forêt entre 1 et 2h ou bien 1h allure 100 km

Dimanche

 2h30 allure 100km

3

12 au 18 août

Lundi

9 km récup

Mardi

1h allure 100 km

Mercredi

20’ allure 1 + 6x1000m allure 3, récup. 20’

Jeudi

20’ + 2 séries de 4 X 400/200, récup. 20’ 3200m

Vendredi

1h allure 100 km

Samedi

Sortie Forêt entre 1 et 2h ou bien 1h allure 100 km

Dimanche

3h00 allure 100km

4

19 au 25 août

 

Environ 95 km

Lundi

10 km récup  

Mardi

1h allure 100 km  

Mercredi

20’ allure 1 + 7x1000m allure 3, récup. 20’

Jeudi

20’ + 3 x 500/300 - 400/200 - 300/100,  récup. 20’ 3600m  

Vendredi

1h allure 100 km  

Samedi

Sortie Forêt entre 1 et 2h ou bien 1h allure 100 km  

Dimanche

3h30 allure 100km  

5

26 août au 1er septembre

 

 

Lundi

7 km récup

Mardi

1h allure 100 km

Mercredi

20’ allure 1 +  8x1000m allure 3, récup. 20’

Jeudi

20’ + 6 x (500/300), récup. 20’ 3000m

Vendredi

1h allure 100 km

Samedi

Sortie Forêt entre 1 et 2h ou bien 1h allure 100 km

Dimanche

3h00 allure 100km

6

2 au 8 septembre

Lundi

8 km récup

Mardi

1h allure 100 km

Mercredi

20’ allure 1 + 6x1000m allure 3, récup. 20’

Jeudi

20’ + 3 x (400/200.300/100.200/100), récup. 20’ 2700m

Vendredi

1h allure 100 km

Samedi

Sortie Forêt entre 1 et 2h ou bien 1h allure 100 km

Dimanche

2h30 allure 100km

7

9 au 15 septembre

Lundi

9 km récup

Mardi

1h allure 100 km

Mercredi

20’ allure 1 + 5x1000m allure 3, récup. 20’

Jeudi

20’ + 2 séries de 6 x (200 /100), récup. 20’ 2400m

Vendredi

Repos

Samedi

Sortie Forêt entre 1 et 2h ou bien 1h allure 100 km

Dimanche

2h00 allure 100km

8

16 au 22 septembre

 

Environ 50 km

Lundi

7 km récup

Mardi

Repos

Mercredi

20’ allure 1 + 4x1000m allure 3, récup. 20’

Jeudi

20’ + 3 x (300/100.200/100.100/100), récup. 20’ 1800m

Vendredi

Repos

Samedi

Sortie Forêt entre 1 et 2h ou bien 1h allure 100 km

Dimanche

1h30 allure 100km

9

23 au 29 septembre

Lundi

Voyage à Millau

Mardi

Balade

Mercredi

Balade

Jeudi

Balade

Vendredi

Dossards et repos

Samedi

Les Fameux 100 km de Millau !

Dimanche

Repos bouffe et picole