vendredi 11 mars 2011

Naguère, des écoles - Episode 1

Concours


Inconscient ou gonflé ? En tout cas, le gars qui se présentait à l’oral du concours de l’Ecole Normale d’Instituteurs n’avait pas le profil adéquat…

Et ce gars, c’était moi : un ancien semi-cancre, toujours entre la vingtième et la trentième place en primaire, titulaire d’un certificat de redoublement en CM2, d’un diplôme de repiquage en 4ème et d’un échec dès l’écrit au bac 1975.

Des séances de rééducation (ça existait déjà pour des cas graves comme moi…) en fin de primaire et surtout la bienveillance d’un système qui me laissait le temps d’évoluer me permirent d’arriver à mes fins ; je finis par avoir mon bac et dans la foulée, je m’inscrivis à la première fac venue que je fréquentai deux semaines avant de rentrer chez moi ou plutôt chez ma copine qui, elle, avait toujours bien travaillé et faisait la fierté de ses parents ouvriers en ayant son bac à 17 ans et en intégrant l’Ecole Normale d’Instituteurs publique, gratuite et obligatoire.

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C’est donc après un an de bienheureuse inactivité que je me présentai sur les conseils de ma compagne à ce fameux concours pour devenir instituteur, métier que je n’aurais jamais pensé faire vu mon profil peu scolaire et mon parcours chaotique.

Même si je n’avais pas touché un stylo depuis un an, les épreuves écrites ne m’avaient pas semblé difficiles. Il faut dire que, si j’étais nul dans beaucoup de matières, j’avais le don naturel de l’orthographe ainsi que celui de l’expression. J’ai toujours pu parler ou écrire sur toutes sortes de sujets, spécialement sur ceux que je ne connaissais pas. J’ai ainsi déjà commenté des films que je n’avais jamais vus et des livres que je n’avais jamais lus et cependant faire  illusion. 

Me voilà donc qualifié pour la deuxième étape : les épreuves orales. Rien de bien compliqué quand on a du bagout. Je me souviens surtout d’un entretien avec le prof de Maths et le prof de Français de l’établissement qui visait à établir ce qui me motivait à choisir un aussi noble métier.

Etant le dernier d’une famille restreinte, je n’avais vu aucun petit durant mon enfance et mon adolescence. Je n’avais pas d’a priori quant à l’éducation que l’on devait donner aux enfants et je n’avais pas la queue d’un préjugé concernant l’enseignement.

Voilà ce que j’ai exprimé d’un air détendu aux deux examinateurs qui venaient de se taper une litanie de bons sentiments et d’hyper motivation dans les heures qui précédaient, du genre :

-      J’ai toujours aimé les enfants !
-      J’ai travaillé en colonie de vacances depuis l’âge de seize ans.
-      Déjà, toute petite, j’organisais des jeux avec les enfants plus jeunes que moi…
-      J’ai appris à lire à mon petit frère.
-      Je suis moniteur de foot, alors les gamins, je connais…
-      Je suis un adepte de l’analyse structuraliste concernant l’approche pré-cognitive du comportement des primo apprenants.
-      L’Education est fondamentale et si l’on veut changer la société, il faut agir au niveau de l’Ecole…
-      J’ai toujours voulu être maîtresse de maternelle… 

Les deux types, j’ai dû leur sembler comme une bouffée d’oxygène. Manifestement, ils n’avaient qu’une seule envie, tout agrégés qu’ils étaient, c’était d’aller se boire une bière au troquet du coin.

Le concours fut un succès sur toute la ligne et j'en fus le premier surpris, habitué que j'étais à me prendre régulièrement des bouillons.

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Voilà comment on peut entrer premier au concours de l’ENA (Ecole Normale d’Alençon). Rien dans le cigare et tout dans la com’.

Quand je regarde maintenant autour de moi et dans les médias, je me dis que je ne dois pas avoir honte… j’avais juste trente ans d’avance.



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