lundi 4 décembre 2017

Le Crépuscule des Vieux

Deux cross, sinon rien... les copains me prennent pour un tapé de la bouilloire et ils n'ont pas tort. 

Lors de ma première saison V3, j'avais toujours terminé dans les cinq premiers de ma catégorie en cross FSGT ; l'année dernière, je m'étais aperçu qu'il semblait y avoir un rat dans le moteur et dès le premier cross de la saison à Rânes en octobre, j'avais compris que ma troisième saison serait compliquée. 

Et pourtant, ce week-end, j'ai couru deux cross. Et pourquoi ai-je couru deux cross ? Eh bien parce que j'avais dit que je courrai deux cross ! Plus têtu qu'un Lutin, tu meurs.


Cross FSGT de Cerisy-Belle-Étoile
(cross court-5000m)
2 décembre 2017

Le site est splendide, c'est une poussée leucogranitique datant de l'orogenèse cadomienne. Limpide ! En gros, il s'agit d'un frère jumeau du Mont-Saint-Michel qui se dresse à une bonne centaine de mètres au-dessus du bocage Flérien, une curiosité géologique plantée de quatre mille pieds de rhododendrons ainsi que d'une forêt. Le départ et l'arrivée ont lieu au sommet ce qui veut dire que ce cross n'est que grimpette sévère ou descente casse-pattes sur des cailloux chafouins prêts à vous chiffonner chèrement la cheville. 


J'ai le temps d'assister au cross des petits, Marc est là à encourager les gamins verts de Condé qu'il entraîne toujours. Il semble bien qu'il ait jeté l'éponge le Marc, on s'en était pourtant payé une bonne tranche il y a deux ans quand nous nous étions battus pour la quatrième place V3. 


Vertubleu ! Les garçons et les femmes démarrent sévère pour ce deuxième cross. Ils savent vraiment ce qui les attend ? Il me reste trente minutes à tailler le bout de gras avec les types présents. On se connaît tous et on sait où chacun se situe dans le classement. J'avise Pierre qui a généralement la mauvaise idée de terminer devant moi alors qu'il est V4. Je lui demande quelle est sa recette pour être aussi performant à 70 ans. 
"Oh, tu sais, c'est parce que j'ai commencé la course assez tard... à soixante ans, alors j'suis pas usé.
- C'est comme moi, répond-je bêtement, j'ai démarré la course à 37 ans, avant j'avais fait du Judo pendant 25 ans.
- Ah ouais moi aussi, j'en ai fait à Alençon mais pas longtemps, le prof il me faisait peur.
- Tu veux parler de X..., celui qui a été mis en tôle en 70 pour avoir agrandi le cercle de ses élèves ?
- De Diou, c'était lui, ben mon côlon je l'ai échappé belle... et toi, tu as continué le judo ?
- Ah ouais, j'suis ceinture noire mais je cours moins vite que toi..."

Effectivement, Pierre va me mettre 21 secondes dans la vue.


Il est 15h45 et le soleil fait mine de se coucher, je range mon appareil photo et je me mets sur la ligne de départ. Premier tour avec Xavier et Joël, je sens qu'il ne faut pas trop tirer, les poumons ne sont pas à cent pour cent. Le nez est dirigé vers le sol, racines et cailloux nous font des clins d’œil. Au deuxième tour, je me dis que la prudence ça suffit et je passe la seconde. Une belle descente plus tard, je lâche mes camarades et quelques buttes après, j'ai gagné dix places. Ce ne sera pas de trop pour finir 35 sur 53 et 12ème V3. Histoire de retrouver un peu de sensations, je force dans la longue montée de l'arrivée et j'ai quelques spasmes vomitifs sur la ligne. Y'a du progrès, je n'ai plus besoin d'aller vite pour me sentir mal. Ben je n'ai plus qu'à enfiler deux vins chauds et du gâteau au citron puis retour à Alençon et dodo car demain, le Mustang passe me prendre.

Cross FFA de Montfort le Gesnois
(Cross V2-V3-V4- 7500m)
3 décembre 2017

Crrrouîîîk ! Je me lève à 7h30 et je me sens rouillé comme un bateau échoué en mer d'Aral...

Photo Daniel Kreher

Ma douche de bourgeois me ragaillardit quelque peu, je mange comme un chancre puis je regarde dehors : ça caille et ça brume. Effectivement, quand le Mustang passe me chercher, il fait moins un.

Dix heures du matin, on a l'impression d'être à l'aube, nous arrivons à Montfort le Gesnois sous une petite pluie verglaçante. Le Mustang et moi nous montons la tente du club qui accueillera nos athlètes au fur et à mesure de leur arrivée. Bravant la mode et le bon goût, j'arbore des gants en polaire et un horrible bonnet du même métal. Je suis ridicule mais je n'ai pas froid, et puis on ne me connaît pas trop au sud du Mans. Au bout d'une demi-heure d'installation, je dois aller m'échauffer, enfin, c'est un terme inadéquat en l'occurrence car dès que je me mets en short, je sens mes poils des jambes givrer. Je garde ma veste chaude jusqu'à la dernière minute puis la confie au Mustang qui fera des photos tout au long de la journée.

Bon, on n'est plus en FSGT. Ça va vraiment très vite d'autant plus que le terrain est très facile. Alors qu'en FSGT, on nous jetterait bien des sangliers en travers des pattes, ici ils passent le balai sur le parcours pour ne pas qu'on se salisse ! La FFA, c'est des fusées sur des terrains pour les gamines.

Quatre tours à faire, je me retrouve vite seul. Je me cale sur une vitesse de 11,5 km/h et je n'en décolle pas. Un petit tour de stade et c'est une jolie balade parmi les pins maritimes. Ce terrain cénomanien très sablonneux rappelle l'époque où les océans étaient 150m au-dessus du niveau actuel. Je cours sur la plage en quelque sorte... Et en plus je ne suis pas gêné par la foule...

Photo Mustang

Au bout d'un moment, je rattrape un néo-V2 qui prend le cross avec philosophie. Il me demande : "C'est toi qui accélères ou c'est moi qui ralentis ?" Je lui confirme que je n'ai pas changé de rythme en essayant de me trouver des excuses :"Oh, tu sais à un mois de mes 62 ans, j'vais pas me tuer et puis j'ai couru un cross hier, alors...
- Ben moi, je vais en avoir 50 et je rame déjà..."

Photo Mustang

Je n'ai pas le temps de lui conseiller d’arrêter les rillettes avec les frites qu'il me décolle comme un vieux papier peint des années 50. Bizarrement, je me sens plutôt bien, le froid ne me gêne plus et l'ambiance cross me plaît toujours autant. Et il y a le Mustang pour m'encourager à chaque tour. Tout cela me fait penser à la saison 2007-2008 où nous bataillions tous deux maintes fois dans l'année et où je gagnais presque toujours en cross et lui presque toujours en trail. 

Photo Mustang

A l'arrivée, j'essaie de me composer un style cool et élégant histoire de faire encore illusion. Durant la dernière ligne droite, j'assiste à la montée des trois premiers V4 sur le podium, c'est dire si j'ai couru avec la circonspection d'une hyène dans un champ de mines. Je finis (c'est le mot) 65ème sur 68 coureurs, la grande classe ! Et je n'en suis même pas mortifié, c'est nouveau.

Je me change, enfilant cinq épaisseurs de vêtements, j'ai l'air d'un bonhomme Michelin. Les autres athlètes du club arrivent progressivement : poussins, minimes, cadets, juniors, seniors et V1. Je suis le Mustang sur chaque course, encourageant les jeunes à chaque fois. Entre deux courses, je me sers en rillettes et en frites à la table installée devant notre tente. J'ai amené une bouteille de rosé mais les jeunes goûtent peu ce genre de breuvage, je me sens obligé de taper dedans à plusieurs reprises, ne buvant qu'une seule bière par politesse vu que je n'allais pas froisser le Mustang qui avait amené la cervoise. 

Six heures trente sur place dans un froid polaire, il est temps de démonter et de rentrer. Dans la voiture, j'ai du mal à tenir la conversation... en repensant à ma journée, je m'aperçois que je n'ai pas bu une seule goutte d'eau depuis le petit déjeuner. C'est donc ça, si je cours comme une serpillière élimée, c'est parce que je suis déshydraté, c'est pas parce que je suis vieux. Ça me rassure !


vendredi 1 décembre 2017

En ville avec Tonton Gilles

Ce jour d'hui, le Lutin ne va pas vous présenter ses propres photos mais celles d'un photographe assidu de sa bonne ville d'Alençon, j'ai nommé Tonton Gilles :

 Portrait de Tonton Gilles par le Lutin d'Ecouves

Depuis plusieurs années, ce photographe amateur et néanmoins talentueux du club photo de Courteille sillonne sa ville quotidiennement pour la photographier en long en large et en travers, parfois accompagné par votre serviteur à qui il dispense doctement des conseils techniques et esthétiques. Nombreux sont maintenant les Alençonnais qui connaissent ce barbu chapeauté à queue de cheval qui ne se déplace qu'avec son sac à dos empli de matériel photographique surmonté d'un lourd trépied.

De nos pérégrinations, j'ai ramené quelques intéressants clichés mais jamais je n'ai eu l’œil ou l'expertise de l'homme au chapeau qui sait regarder sa ville avec une acuité technique et artistique qui confine parfois au fantastique. Cliquez sur chaque photo pour obtenir un plus grand format (Retour : croix en haut à droite de la photo).


Le Gagne-Petit, un bâtiment commercial datant du début 20ème vu un soir d'octobre particulièrement lumineux lors duquel la Sarthe joua le rôle d'un miroir sans défaut.



Notre-Dame et la Providence vues de la gare de bus, l'on perçoit ici le goût de l'auteur pour la photo graphique à tendance géométrique comme pour les suivantes :


Juste un alignement de chaises au garde à vous...


... Ou cette clôture élégamment décorée de givre.


Parfois, la géométrie le cède au Zen...

Il ne faut pas croire que Tonton Gilles ne pratique que le cliché désincarné, certaines photos sont habitées :

La Grande Rue un soir d'emplettes

 Rue du Pont-Neuf 

Rue aux Sieurs

Parfois, les personnages relèvent eux-mêmes l'aspect géométrique de la photo :

Parc de la Providence

Parc des Promenades

Et parfois, certains personnages sont pour le moins fantomatiques :

Pont de la Fuie des Vignes

Si la couleur fait parfois brutalement irruption dans son œuvre, Tonton Gilles préfère souvent le noir et blanc pour exprimer son talent :

Décoration de Noël à la Gare de bus

La passerelle et Notre-Dame

Le noir et blanc se fait soudain subtilement fantastique et l'on se demande si l'on est encore en ville...

Le parc de la friche Moulinex

Harpe végétale en bord de Sarthe

Oui, est-on vraiment en ville ou dans un autre monde ?

Fuie des Vignes (Photo couleur)
Zone inondable située à côté du centre-ville

Tonton Gilles a aussi un intérêt immodéré pour la gare qui se trouve à proximité de son domicile et, sous son regard, la SNCF prend un tout autre visage :


La passerelle devient incandescente...


... la gare se fait spectrale et l'on peut y voir d'étranges personnages :

Autoportrait en fantôme


A consulter :




mercredi 1 novembre 2017

Entomologie du jardin

CENT (espèces) pour CENT (m²)


En 2010, je commençai à m'amuser à photographier les bestioles de mon jardin avec mes petits appareils compacts qui me servaient jusqu'ici à prendre des clichés de mes escapades en Ecouves ou autres lieux de course à pied. J'ai ainsi découvert sur écran l'incroyable beauté de ce petit monde qui vit et grouille à côté de nous et qui n'attire au mieux qu'indifférence et au pire une peur aussi inepte qu'injustifiée. Petit à petit, je me suis constitué une collection d'insectes (entre autres) qui n'a cessé de grandir. Au bout d'un moment, je me suis dit  que, mon jardin de ville faisant cent mètres carrés, ce serait bien si je constituais une collection de cent espèces différentes d'insectes. Cela a pris plusieurs années mais j'ai ainsi pu me prouver que pour qui sait regarder, il existe une incroyable variété de vie qui vaque sous nos yeux de pauvres primates aveugles. Après cela, ne dites plus :"Tiens, une mouche, tiens une abeille, tiens une punaise..." mais penchez-vous donc sur l'incroyable variété de la nature. Chacune de ces espèces a une histoire et des mœurs qui peuvent en étonner plus d'un mais ce jour, admirez la vie déployer ses formes et ses couleurs :

(Chaque cliché est en plein format si l'on clique dessus, ne vous contentez pas de l'aperçu présenté dans chaque case. Fermer avec la croix en haut à droite de la photo pour revenir.)


Acanthosoma haemorrhoidale
Adela reaumurella
Aglais urticae

Amblyteles armatorius

Andrena cineraria
Anthidium manicatum
Anthidium septemspinosum
Aphrophora alni
Apis mellifera

Bombus agrorum
Bombus lucorum

Bombus pratorum
Bombus terrestris
Bombylius major
Brachyleptura fulva
Calliphora vicina
Camponotus ligniperdus
Ceratina cyanea
Cetonia aurata
Chloromyia formosa
Chrysolina americana
Chrysolina bankii
Chrysolina herbacea
Chrysopa perla

 Cicadella viridis
Clytus arietis
Coccinella septempunctata
Coccinula quatuordecimpustulata
Colletes cunicularius
Colletes daviesanus
Colletes hederae
Coreus marginatus
Corizus hyoscyami
Crioceris lilii
Delta Ungiculatum
Deracaeoris ruber
Ectemnius cavifrons
Ectobius vinzi
Ectophasia Crassipennis
Episyrphus balteatus
Eriothrix rufomaculata
Eristalis arbustorum
Eristalis jugorum
Eristalis pertinax
Eristalis tenax
Euodynerus dantici
Eupeodes latifasciatus
Graphosoma italicum
Harmonia axyridis
Helophilus pendulus
Holcostethus albipes
Holcostethus sphacelatus
Holcostethus vernalis
Isodontia mexicana
Lasioglossum malachurum
Leptinotarsa decemlineata
Leptophyes punctatissima
Libellula depressa
Lucanus cervus
Lucilia Sericata
Macroglossum stellatarum
Maniola jurtina
Melolontha melolontha
Merodon equestris
Musca domestica
Myatropa florea
Nephrotoma appendiculata
Nezara viridula
Osmia bicornis

Osmia cornuta
Otiorhynchus armadillo
Pararge aegeria
Philanthus triangulum
Pieris brassicae
Podalonia hirsuta
Polistes dominula
Polygonia c-album
Psithyrus campestris
Pyrrhocoris apterus
Rhyparochromus vulgaris
Sarcophaga carnaria
Scaeva selenitica
 Scolia Hirta
Sicus ferrugineus
Sphaerophoria scripta
Sphecodes albilabris
Symmorphus murarius
Sympetrum striolatum
Synanthedon formicaeformis
Synanthedon tipuliformis
Trichius Fasciatus
Triodia sylvina
Valgus hemipterus
Vanessa atalanta
Vespa velutina
Vespula vulgaris
Volucella pellucens
Volucella zonaria
Xanthogramma pedissequum
 Photos prises à Alençon
entre le 17 juillet 2010
et le 26 octobre 2017
Xylocopa violacea
Toutes photos
 ©Le Lutin d'Ecouves

Note : On peut trouver bien plus de cent espèces d'insectes sur 100 m² mais j'ai été d'abord été limité par la taille des insectes (sous les 0,5 cm de long) et par les possibilités de mes appareils (je n'ai pas d'objectif macro) mais aussi par les caprices de certains insectes comme le superbe grand paon de jour qui m'a toujours snobé du haut de mon lilas ou le frelon européen qui ne fait que passer alors que son collègue asiatique, beaucoup plus placide, me laisse approcher à quelques cm de distance.


Pour les spécialistes : les espèces sont correctement identifiées à 95% selon moi mais chacun sait qu'une nervure d'aile ou la longueur d'un tarse peut faire la différence. Pardonnez donc mes imprécisions. Merci aux différents sites entomologiques consultés et particulièrement à Alain Ramel auquel j'ai parfois demandé assistance.