vendredi 4 octobre 2019

100 km de Millau 2019

Gynécoach, le retour


Voilà, c'est un constat basé sur de nombreuses années de pratique de la course à pied dont un certain nombre avec la double casquette de sportif et d'entraîneur bénévole : les filles sont plus faciles à entraîner.

Entraîner des mecs, c'est souvent se heurter à un des principaux défauts masculins, en l'occurrence la surestimation de soi. Les gars, ils ont tout connu, tout avalé avant de commencer. Par contraste, dès qu'ils commencent à douter face aux premières difficultés, ils cassent rapidement contrairement aux femmes qui ne sont pas plus fortes ni plus endurantes mais habituées à se battre contre le manque de confiance en elles que la société patriarcale leur instille depuis l'enfance. Entraîner des femmes revient donc essentiellement à les convaincre de ce qu'elles valent. Et elles valent souvent beaucoup plus qu'elles ne l'imaginent.

Ce récit est dédié à Kathrine Switzer, la première femme à avoir osé braver l'interdit de courir avec un dossard le marathon en 1972 à Boston, terminant l'épreuve en 4h20 min non sans avoir affronté l'hostilité de quelques primates mal dégrossis.

Photo Boston Globe


Les 100 km de Millau de 2014 furent un de mes meilleurs souvenirs de course et je voulais revivre l'épreuve mais sous un angle différent. Je m'étais donné trois objectifs : 
  • Finir autrement qu'à l'état liquide histoire de ne pas rentrer chez moi en rampant la bave aux lèvres.
  • Courir le plus possible ; en 2014, j'avais dû marcher 10 km en tout à cause de la fatigue mais surtout à cause des 1400 m de dénivelé positif de la course.
  • Terminer en 13 à 15 heures de manière à ce qu'à mon retour en Ecouves, on ne me jette pas des pierres en me couvrant de lazzis et autres quolibets.
Cathy, Katia, Germaine, Carole, Françoise, Sandrine, Stéphanie, Patricia n'étant pas là, j'allais pouvoir gérer ma course comme je l'entendais et pourquoi pas me vautrer sans retenue vu que seule ma chère épouse m’accompagnait à Millau mais avec un challenge tout autre : faire le marathon entièrement en marche nordique.

Oui, mais c'était sans compter sur une nouvelle Sandrine... Dans les années 80-90, j'avais deux à trois Sandrine par classe, avec les Christelle, les Nathalie et les Stéphanie, ça faisait l'essentiel de l'effectif féminin de mes cours moyens ou élémentaires.

Josette, le Lutin, Sandrine

Sandrine avait échoué au 42ème km en 2018 lors de sa première tentative pour boucler ce 100 km, totalement bouffée par les crampes, rincée par ce que j'avais analysé comme étant des erreurs : vitesse trop importante au départ, entraînements trop longs avec trop peu de "qualité".

Quand elle est venue me trouver pour me demander de l'entraîner, je me suis dit qu'en tant qu'adepte de la capoeira et du saut à l'élastique, elle ne risquait pas grand chose à fréquenter pour un temps un lutin vieillissant qui ressemblait de plus en plus à Yoda et qui lui disait en prenant son air mystérieux :


Neuf semaines d'entraînement plus tard, nous nous présentons sur la ligne de départ du plus beau 100 km sur route de France. Je suis confiant, tous les voyants sont au vert, Sandrine est remontée comme un coucou suisse, je suis en forme bien qu'ayant le double de son âge. Nous allons vivre trois courses en une :

Premier épisode : Un marathon avec Sandrine (Millau-Millau 42 km)


Avenue Jean Jaurès 10 heures, nous laissons Josette démarrer son marathon en marche nordique, elle va profiter comme nous d'une météo idéale et d'une vue magnifique. 

J'ai promis à Sandrine de l'accompagner au moins jusqu'au semi-marathon, mon boulot consistant à l'empêcher de dépasser le 9 km/h. 


Les premiers 20 km d'un cent bornes sont toujours trop faciles, c’est ça le piège, même si ce marathon en aller-retour dans les Gorges du Tarn est loin d'être plat avec ses plus de 450 m de dénivelé. Le paysage est grandiose et le soleil a le bon goût de se voiler.


Demi-tour en passant par le pont du Rozier, j'ai la surprise de rencontrer Stéphane que je connais depuis une course dans la Drôme, il est accompagné de sa fille à vélo. Le retour vers Millau va être en grande partie du taillage de bavettes, d'une part moi et Stéphane qui parlons de boulot et de famille, d'autre part les filles qui parlent de ... euh, je ne sais pas. Peut-être des vieux types sentencieux qui leur font la morale et qui ne valent pas mieux qu'elles.

Photo Gaches

Finalement, je reste avec Sandrine dans cette deuxième partie de marathon pas si facile avec ses ondulations de terrain. Et puis la compagnie est bonne et la vue splendide.


Déjà Millau, en pénétrant dans la ville, Sandrine me montre l'endroit où, bloquée par les crampes, elle chuta l'année précédente. 


La situation actuelle est totalement différente et je suis à la fois content et un peu fier d'avoir contribué à ce marathon couru en 5 heures dans la joie et la fraîcheur. 


Surprise ! Nous rattrapons Jean-Claude que je connais bien pour l'avoir croisé sur diverses épreuves. A 76 ans, Jean-Claude a toujours bon pied, bon œil et va finir son 100 km en moins de 15 heures.

Sandrine prend une pause dans la salle des fêtes alors que je m'hydrate rapidement. Je laisse ma jeune camarade accomplir seule son exploit et repars bien vite pour la fin de la course. Plus que 58 km et 1000 mètres à grimper, une paille !

Intermezzo : Josette termine son marathon


Au bout de 6h38min, ma chère épouse termine ses 42km et des grosses brouettes fraîche comme un rose, 65ème sur 102 féminines sans jamais avoir eu besoin de courir.

Deuxième épisode : Le Lutin poutre en montée (Millau-Ste Affrique 29 km)

Je passe un moment à dix à l'heure pour aborder la première difficulté et j'arrive bientôt au pied de la côte du viaduc. Tout le monde ou presque marche car on passe de 362 m d'altitude à 505 m en 2 km pour arriver au 50ème km au sommet.



Tout le monde marche sauf ce satané Lutin qui trottine à sept à l'heure, ignorant les gens qui se tapotent la tempe de l'index en le regardant. Vertudieu c'est dur mais j'ai dit que je marcherai le moins possible ! 


Salsifis, c'était velu tout d'même ! La descente vers St Georges est un dessert, je n'essaie pas d'imaginer qu'elle sera une purge au retour...

Après St Georges, la grimpette en remet une couche  mais c'est à Ste Rome qu'il va falloir se coltiner la bête : Le fameux col de Tiergues, un kilomètre de montée modérée puis quatre bornes de Golgotha que je décide de monter sans la croix mais avec la manière.


Tudieu que je suis têtu ! Les types que je passe doivent penser que j'ai lâché la rampe. Au bout d'un moment, je me dis bien que je vais arrêter mes calembredaines et quand même faire comme tout le monde...


... mais, enfer et tartiflette, que c'est bon d'avoir mal et que c'est bon de passer tous ces jeunes qui pourraient être mes enfants ! Et puis je m'aperçois que j'arrive au dernier kilomètre du monstre. Tant pis, je bouffe tout ! J'ai toujours été fromage et dessert.


La descente vers Ste Affrique se fait à bonne allure et je continue de passer du monde. C'est en regardant plus tard mes temps de passage que je me suis aperçu que lors de ces 29 km, j'ai gagné 228 places. Un coureur normal à la sérénité confusément confucéenne blanchi sous le harnois de la sagesse qui vient avec l'âge en compagnie de l'andropause, un coureur, dis-je, normalement constitué des boyaux de la tête vous dirait que ces 228 places c'est du pipi de chat et que ce qui compte c'est le challenge personnel du sportif qui se bat avec lui-même et éventuellement avec ses intestins. Eh bien non, j'ai 63 ans et quand je poutre tout un tas de types bien plus jeunes que moi comme cela, ça me fiche une p***** de pression hydrostatique au niveau des corps caverneux.


Ste Affrique (la seule religieuse qui n'a jamais fait vœu de pauvreté), je reprends mes esprits et je deviens raisonnable : je me change y compris les chaussures et je mange correctement, reprenant deux fois de soupe. Vingt-cinq minutes d'arrêt et tant pis pour toutes les places perdues, je ressors en pleine forme car je sais, comme je l'ai dit à Sandrine, que quand on sort de Ste Affrique, la course est gagnée.

Super surprise ! Sandrine arrive justement, fraîche comme à l'entraînement avec un grand sourire qui lui barre le visage : elle sait qu'elle va finir. S'il y a un truc qui m'éclate encore plus que de doubler des jeunes, c'est bien de voir réussir les athlètes que j'ai préparés. Je repars donc avec la banane au visage à défaut de l'avoir dans le short...

Troisième épisode : Le grand trip nocturne (Ste Affrique-Millau 29 km)


Pas question de marcher après ce que j'ai fait à l'aller, je démarre sec sur la côte du retour en direction de Tiergues. Le soleil bien vite se recule et je rentre dans ma bulle au crépuscule de peur que l'on m'ennuie...

Au rythme auquel j'avance, je suis souvent seul et dans cette nuit sans lune, je me mets à voyager comme je ne l'avais plus fait depuis mes vacances au Mexique avec Carlos Castaneda dans les années 70.


Blanc, noir, blanc, noir, blanc, noir... je cours au milieu de la route histoire de ne pas finir dans le fossé comme un pochtron. Au bout d'un moment, je m'aperçois que je n'ai plus de jambes, même la petite du milieu a disparu. Pour une fois qu'elle me laisse tranquille, ça repose. 

Tiens, ça descend, ah oui c'est bien. Bonjour madame Ste Rome, merci pour le coca. Ben c'est sympa, y'a des lumières ! Oh, le noir et mes ancêtres lutins qui me parlent, c'est beau, j'ai envie de me mettre tout nu mais je n'ai plus de corps. Monsieur St Georges veut que je boive quand même de l'eau mais je n'ai plus de bouche, je bois quand même car c'est mon karma. C'est chouette !

Ça grimpe, ça grimpe, c'est rigolo ! Que font ces défunts qui marchent sur le bas-côté ? Oh le viaduc il est beau, toutes ces lumières !


Hou, ça descend ! Tiens, on m'a rendu mon corps, tiens j'ai des jambes mais celle du milieu est encore indiscernable. Ah oui de l'eau c'est bien ! Y'a des gens, des voitures, ça brille, où sont passés mes ancêtres ?


Des types avec des gilets fluo me font des signes, ce sont des anges. On est tous morts, on est tous contents !


Le Paradis des coureurs, une piste sans fin... euh ben non après tout, je crois que c'est le Parc de la Victoire de Millau. Mon épouse est là et m'encourage, je pique un sprint sur les derniers 50 mètres et arrive dans la salle des fêtes comme un illuminé. Quel trip !

Photo Gaches

Là, je prends conscience que j'ai un corps mais je suis encore en état de fonctionner. Aurélien, le compagnon de Sandrine vient m'informer qu'elle n'est plus très loin. Effectivement, 40 min après moi, elle déboule heureuse et en pleine forme. La première chose qu'elle me dit c'est : "Tu as pris ta douche ?" Je lui réponds par la négative, alors elle me prend dans ses bras et m'étreint longuement. Elle est visqueuse de transpiration mais elle a l'odeur de la victoire. 


Tous les voyants sont au vert, nous partageons la bière tant attendue puis nous allons nous coucher. Pour moi et Josette, c'est un kilomètre à pied en montée jusqu'au gîte histoire de récupérer un peu des quilles sans avoir les boules.


Epilogue

Le lendemain, en attendant l'apéro pinard-rillettes avec Sandrine et Aurélien, je randonne une dernière fois avec ma chère épouse. Il fait 29 degrés et j'ai quand même un peu de mal à avancer contrairement à Josette. Ces 100 km m'ont bien calmé et le Rasteau de ce soir va me finir. Je m'arrête un moment au bord de l'eau et, dans ce calme propice à la réflexion, je mesure à nouveau la chance que j'ai d'être là.



mardi 17 septembre 2019

La Cailloutine 2019

Trop sérieux le Lutin ! Préparant les 100 km de Millau du 28 septembre, j'ai cessé de boire de l'alcool depuis le premier du mois et je me suis cuisiné un plan d'entraînement de derrière les fagots. En sept semaines de préparation, j'en suis à 715 km parcourus sans fatigue ni blessure, j'ai renoncé à toute compétition depuis la fin juillet et j'ai perdu trois énormes kilos. Sauf que...

 
©Logo organisation

J'avais rendez-vous avec la jeune Sandrine pour un entraînement long en vue de notre cent bornes mais quelques jours avant, ma chère épouse, responsable de l'étape alençonnaise de mai 2020 d'A Rett Toi Pour Courir (ARTPC) me dit qu'elle doit rencontrer une dame de l'AFSR lors de la Cailloutine ce même jour.

Dans la vie il y a des priorités, j'avance de deux jours mon entraînement et je me contente de 11 km de marche nordique le samedi. Adieu les bonnes résolutions, je vais quand même aller me friter avec les copains sur un mini-trail treize jours avant un cent kilomètres sur route.

J'en suis déjà à 72 km hebdomadaires dans les jambonneaux quand j'arrive à Chailloué. Tout de suite, je repère les éventuelles cibles parmi les vioques de ma catégorie. Enfer et damnation ! Michel, Régis et Jean-François sont là ; ces gars-là me poutrent systématiquement en cross, je vais me retrouver à l'infamante quatrième place de la course de 10 km et le public va me jeter des pierres, ce qui ne manque pas sur le site.

Eh oui, l'originalité de cette épreuve consiste dans le fait qu'elle a lieu dans un lieu privé, une carrière de grès quartzite ordovicien située sur ce qui fut un ilot émergeant de la mer du Jurassique. Le lieu est assez grand pour y faire dix bornes : on en fait le tour puis on plonge dans le trou de 100 m de profondeur pour finalement en remonter, une balade de 219 m de dénivelé.


En attendant le départ, nous faisons les zouaves avec le matos du coin, il faut dire qu'en matière de jouets, ils ont ce qu'il faut !


Allons maintenant sur la ligne de départ... Donnerwetter, où sont les autres coureurs ? Seulement 53 concurrents pour une course sympa, bien organisée dans un lieu original. Y'a un bug dans le potage... heureusement, de nombreux marcheurs sont venus et vont alimenter les caisses de l'AFSR et d'Handi Chiens partenaires de la course.


Je prends un départ prudent vu que j'ai peu de chance de piétiner mes challengers V3 et qu'en plus le grand Philippe il m'a dit que ouh la course est dangereuse et ouille y'a des cailloux et aïe, on peut tomber. Faudrait pas se vautrer à moins de deux semaines d'un objectif majeur, ce serait ballot !

Bon, au bout d'un moment, ne trouvant aucun danger au terrain, je commence à accélérer... Tiens, v'là justement le Philippe avec son T-shirt orange !


Grand berlaud de V1 ! Il m'a fichu la pression pour me mettre en bière ou quoi ? J'suis pas du genre à me faire mousser mais quand même ! Je passe à 12 à l'heure et je le dépose le gamin. Fallait pas me raconter des craques.


Le premier ravito est au bout de 3,5 km en haut d'une butte, nous nous retrouvons au milieu des marcheurs. Je double un V2 que je suivais depuis un moment, celui-ci fait aussitôt demi-tour, s’économisant une vingtaine de mètres en zappant le ravitaillement. Légaliste jusqu'au caleçon, je m'arrose la cafetière avec mon gobelet puis poursuis l'impertinent que je rattrape bien vite, l’invitant à copier cent fois : "Je ne coupe pas le fromage devant mes aînés."


Pour le coup, ne voyant pas la flaccidité poindre, je me maintiens à un bon 12 à l'heure, accélérant jusqu'à 15 dans les descentes pour compenser les montées qui se font de plus en plus raides au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans le fondement de la carrière. J'en profite pour pacmaniser quelques jeunes par pure forfanterie rodomontatoire. Puisque les plus de 60 ans sont apparemment hors de portée, autant bouffer du gamin !


A propos des papys, en v'là un ! C'est Jean-François, on a largement dépassé le 5ème km et il fait moins le fier qu'en cross. Tous ces mecs qui me piétinent sur 5000 m n'ont jamais tâté du marathon et se dégonflent comme des vieilles prostates dès que la distance s'allonge. Ma méchanceté naturelle prend le dessus et je le contrepoutre en descente, galopant à plus de quatorze tout en prenant des photos, ce qui le laisse tout ébaubi. Atroce challenger, je reste cependant gentleman et je le salue fort civilement. C'est ça l'esprit du cross : on se piétine dans la camaraderie.

Mais vl'à donc que dans la même descente ourdée de caillasses je passe le Régis qui marche. Ça c'est surprenant, le gars frise encore les 40 minutes aux 10 km sur route. Je m'enquiers de son problème tout en cachant ma joie de le doubler. Le gars il a une crampe et il va pas la tirer tout de suite.


Me voilà donc deuxième V3 et je vais le rester, le grand Michel a trois minutes d'avance et quand il fait un pas, j'en fais deux. Je plonge au fond du trou puis débute la remontada finale à un petit huit à l'heure. Deux km de grimpette raidos en plein soleil. Je me doute que l’entraînement doit être pour quelque chose dans mon apparente bonne forme, je ne marche jamais et je passe à dix, onze et même treize à l'heure sur le plateau final. Juste avant l'arrivée, j'ai le plaisir de croiser ma Josette qui s'amuse comme une petite folle dans ce paysage minéral qui ne la laisse pas de pierre.


50'47" pour 10 km pile et que des bonnes sensations. J'ai l’impression d’être un jeune de 50 ans ! Il n'y a pas de classement catégories mais je m'en fiche car il y a des frites accompagnées d'excellentes saucisses. Zut le régime 100 bornes ! Je résiste cependant à la bière. 

Il fait très beau ce 15 septembre, mon épouse multiplie les contacts pour ARTPC, éclaboussant le lieu de son bel enthousiasme. 

******

Aux portes de l'automne, dans l'azur sans partage
Sur la route de pierre, tu ne peux être sage.
 Tu n'es que le reflet d'un éclat de soleil
Dans le songe d'un géant vaincu par le sommeil.

Alors vis, tends la main et surtout ouvre-toi
Car le sable a déjà filé entre tes doigts.





lundi 9 septembre 2019

Biorésonance

Attention, l'image qui suit n'est pas à mettre entre tous les neurones ! Ami cartésien, passe ton chemin ou tu pourrais bien en prendre un coup entre les étiquettes. Ton penchant naturel à l'analyse t'incite cependant à la curiosité... je t'aurai prévenu ! Je te livre l'info brute et, si tes boyaux de la tête sont encore en place après le choc, je t'expliquerai. Ce cliché a été pris par mes soins  sur la devanture d'un commerçant de ma bonne ville d'Alençon qui, en plus de son brave et honnête négoce, pratique la :


(Damned !)



Là, je dois saluer les génies de la Biorésonance qui ont enfin fait la synthèse de tous les acquis de la physique quantique (qui décrit le comportement des phénomènes physiques au niveau atomique et sub-atomique). Pendant ce temps, des centaines de physiciens de par le monde travaillent juste à la comprendre et ne sont même pas foutus de la relier correctement à la Théorie de la Relativité. Hé le comité Nobel, vous faites quoi là ? Et en plus, ces merveilleux technico-thérapeutes ont réussi à faire le lien entre Max Planck et Bouddha en faisant rentrer toute la sagesse orientale dans leur machine, en gros, ils ont retrouvé le Chakra de Schrödinger (humour !).

Jusqu'ici, le truc m'avait juste fait rire et même un peu planer jusqu'à ce que j'entende parler d'un couple de retraités dont le mari ayant de sérieux problèmes de santé avait consulté le fameux thérapeute en Biorésonance qui l'avait passé au Bio-scan. Pour 90 euros, on lui a remis les ondes en place. Il a été émerveillé : "On voit l'intérieur de notre corps mieux qu'avec un scanner !".

J'ai cherché sur le Net et facilement trouvé des Bio-scans (ou analyseurs de santé) qu'il faut bien sûr coupler à un ordinateur. Le prix varie de 70 euros à 1000 euros environ. On se demande vraiment pourquoi les hôpitaux investissent dans des scanners et des IRM qui coûtent une blinde et qui ne donnent au mieux que des images floues alors qu'un bidule qui coûte le prix d'un appareil photo compact vous livre les secrets de votre corps en Panavision super 3D !


Image Bioscan Medeia inc.

Quant à la thérapie, elle consiste à lire ce qui ne va pas puis à renvoyer des ondes écologiquement pures qui vous remettent les énergies en place.

Bon, ben le Monsieur cité plus haut, après quelques passages au Bio-scan, dit qu'il se sent mieux. Comme après un traitement homéopathique ou une visite chez le magnétiseur. On appelle ça l'effet Placebio !



Nota dont personne n'a rien à faire : Résonance ne prend qu'un n car il provient de resonantia (écho) en Latin alors que résonner prend bêtement deux n sous l'influence de sonner.


mercredi 28 août 2019

Zoomachologie

"L’homme se distingue des animaux surtout en ceci : il est le seul qui maltraite sa femelle ..." (Jack London)

Cette phrase quelque peu définitive prouve au moins une chose : à l'instar de Einstein qui était une buse en entomologie, London était une quiche en zoologie. En effet, nos amis les animaux si mignons et si naturels ne sont pas des saints, loin s'en faut ! Quelques exemples :

L'éléphant de mer de l'océan austral (Mirounga leonina)

Doté d'une imposante constitution, le mâle peut peser jusqu'à quatre tonnes alors que la femelle ne fait que de quatre cents à huit cents kilos. L'animal est particulièrement agressif et, au début de la saison des amours, les plus gros machos se battent parfois jusqu'à la mort pour constituer un harem.

Une fois le harem constitué sur la plage (parfois jusqu'à cent femelles !), le mâle dominant entreprend de s'accoupler avec tout ce petit monde. Las, le temps que Monsieur s'occupe de ses compagnes, des concurrents déboutés plus jeunes et donc moins massifs sortent de l'eau et se précipitent sur la file d'attente pour littéralement violer fissa ces dames avant de prendre la poudre d'escampette, ce qui ne laisse pas Monsieur sans réaction qui, s'il ne parvient pas à attraper l'impudent pour lui faire passer un mauvais quart d'heure, n'hésite pas à trucider la pauvre femelle en se jetant dessus pour l'écraser plutôt que de prendre le risque qu'elle porte une descendance autre que la sienne.

Comme toute loi, la loi de la nature peut être contournée, des recherches du début des années 2000 ont prouvé que nombre de femelles sont en fait fécondées en mer par des jeunes mâles, ce qui va dans le sens de plus de diversité génétique.

(http://fish-dont-exist.blogspot.com/2012/08/les-elephants-de-mer-sont-ils-si.html)


Photo Wikipedia

Flippant le dauphin (Tursiops truncatus)

Notre mignon dauphin n'est pas toujours le sympathique cétacé que l'on voit sur les écrans, loin s'en faut. Les chercheurs du Shark Bay Research Alliance (http://www.sharkbaydolphins.org/) ont mis en évidence le comportement pour le moins hooliganesque de certaines bandes de voyous des mers.

Ces mammifères marins très intelligents forment parfois des duos ou des trios de mâles durant leur adolescence et ces groupes restent relativement stables durant des années (plus de dix ans dans certains cas). Or, ces racailles des mers n'hésitent pas à enlever des femelles en les isolant, n'hésitant pas à donner des coups de queue, de tête et des morsures. Une fois la femelle isolée, elle est violée parfois pendant plusieurs mois et même échangée avec d'autres groupes car certaines bandes de mâles coopèrent entre eux (on a observé des "super alliances" allant jusqu'à quatorze mâles).

Non contents de pratiquer le viol, ces tristes sires peuvent être amenés à se livrer à l'infanticide comme l'indique une étude pratiquée en Virginie (https://www.jwildlifedis.org/doi/10.7589/0090-3558-38.3.505) où l'on a recensé un nombre important de jeunes dauphins morts sur les plages. Après dissection d'un certain nombre d'individus, il a été prouvé que les traumatismes ayant entraîné la mort étaient dus à d'autres dauphins qui frappaient ou lançaient en l'air les delphineaux, non pour jouer mais pour provoquer fractures et hémorragies internes dans le but de les séparer de leur mère. En effet, en tant qu'animal très évolué, le dauphin Tursiops reste longtemps avec sa mère, ce qui la rend non disponible pour la reproduction. Tuer les petits permet ainsi de remettre la machine sexuelle en marche... Ce comportement n'est pas généralisé mais peut arriver dans des zones où les femelles disponibles sont en nombre insuffisant.

(*Il est à noter qu'une étude récente de 2017 due à  la biologiste Dara Orbach a mis en évidence le caractère labyrinthique du vagin de la femelle dauphin qui est à rapprocher de celui particulièrement tortueux de la plupart des femelles canards dont la complexité oblige les mâles à avoir des pénis très flexibles dont la longueur atteint souvent 20 cm avec un record de 42 cm pour un canard argentin. Or les canards sont eux aussi connus pour leur brutalité lors des rapports sexuels.)

(**Le comportement de "bande" pour pratiquer le viol n'est pas l'apanage de l'humain ou du dauphin, j'ai moi-même observé à Marrakech où les félins sont légion, deux chats mâles qui coopéraient pour s'accoupler avec une femelle : l'un maintenant la chatte au sol en la mordant et en la fixant avec ses griffes et l'autre la pénétrant)


Photo Elegant walpapers

La loutre de mer (Enhydra lutris)

Qu'elle est mignonne cette louloutre, petite peluche qui nage avec son petit loutron sur le ventre. Elle, au moins, choisit librement son partenaire et c'est en connaissance de cause qu'elle se fait cruellement mordre lors de l'accouplement qui se fait dans l'eau, le mâle fixant la femelle avec ses dents pour qu'elle ne pivote pas. Les blessures occasionnées sont à l'origine d'un nombre non-négligeable de décès de femelles (10 à 11% chiffre compilé par les chercheurs de Monterey Bay en Californie.).

Mais même si madame est une adepte du BDSM, je ne pense pas qu'elle apprécie un autre comportement des mâles : on a observé certains voyous enlever des petits loutrons à leur mère et ne les rendre qu'en échange de nourriture. Comme quoi, le macho qui met les pieds sous la table n'est pas seulement humain.

https://www.dinosoria.com/loutre_mer.htm


Photo origine inconnue


Avis aux Brutos phallocrates et bas du front : Ce n'est pas parce que certaines espèces animales pratiquent le tabassage de leurs compagnes qu'il faut généraliser. Nombre d'animaux ont des rapports apaisés et très satisfaisants sexuellement des deux côtés, le sexe est même parfois une pratique apaisante de régulation sociale comme chez les grands singes. Alors, le prochain qui me dit que frapper sa femme c'est "naturel", je lui file une beigne !



mercredi 24 juillet 2019

Tour du Cotentin étapes 13 à 16


Etape 13 : Pirou-Agon Coutainville - 24 juin 2019 - 16 km

La dernière de nos quatre heures de pluie en seize jours, nous partons de Pirou sous une gentille averse dont l'eau est aussitôt absorbée par la dune.  



Le paysage ne va plus beaucoup varier lors des dernières étapes, le GR se contentant de traverser les immenses dunes et de contourner les havres, celui de Geffosses ne présentant aucune difficulté puisqu'un pont le franchit, nous privant par cela de la vue de tadornes de Belon, de vanneaux huppés, de traquets motteux et autres gravelots à collier interrompu. 


Arrivés au niveau de Gouville, nous passons par les fameuses cabanes à toit coloré inscrites au patrimoine local.  La pluie s'est arrêtée mais le temps gris ne permet pas de faire de photos correctes des alignements de ces très jolies constructions dont l'histoire remonte au début du XXème siècle.


Le pique-nique se fait près d'un gabion datant du XVIIIème siècle. Ce genre de petite construction servait d'abri aux douaniers qui surveillaient les côtes très fréquentées par les contrebandiers.

Le havre de Blainville qui suit nous oblige à bifurquer dans une zone industrielle en grande partie consacrée à la conchyliculture et à l'ostréiculture. Quand nous retrouvons la côte, c'est pour tomber directement sur Agon-Coutainville que j'ai du mal à reconnaître : une bonne partie du sable du front de mer a disparu et d'énormes enrochements protègent désormais les villas du front de mer sur plusieurs kilomètres. Ayant vu l'océan à l’œuvre en Aquitaine pendant une vingtaine d'années (surtout au Médoc où la mer avançait d'un à deux mètres par an), j'ai conscience que ces murs contre l'océan ne sont que fétus et que ces maisons sont à terme condamnées. 


Depuis le début de notre aventure, nous avions l'habitude de dire bonjour aux personnes que nous rencontrions comme nous le faisons systématiquement en notre bonne forêt d'Ecouves. Que ce soit vers Barfleur, la Hague ou sur les dunes de Lindbergh, nous avions toujours reçu un salut en réponse. Et voilà que les passants croisés ne répondent pas à nos civilités, fuyant même notre regard. Perplexes, nous gagnons notre hôtel où une belle Coutainvillaise nous accueille chaleureusement. 

Nous avons l'explication de ce soudain refroidissement le lendemain quand, m’enquérant de la singularité des mœurs locales, un jovial natif me renseigne enfin : "C'est normal, vous avez dû rencontrer des Parisiens, ici il y en a plein et c'est eux qui achètent toutes les maisons en bord de mer." 

Etape 14 : Agon Coutainville-Montmartin sur Mer - 25 juin 2019 - 25,5 km

Cette étape n'est rien d'autre que le contournement du havre de Regnéville au sud d'Agon. Vingt-cinq kilomètres de détour à cause d'un détroit de cinq cents mètres de long à marée basse mais vingt-cinq kilomètres d'une magnifique nature sauvage...


Jusqu'au pique-nique du midi, nous ne rencontrerons absolument personne lors de ce long contournement, et pour cause : le chemin a peu d'accès et le terrain est particulièrement sauvage. Il faut parfois un peu d'imagination pour se croire sur un sentier balisé...

Photo Josette

De marécages en prés salés, nous ne franchissons le fleuve Sienne qu'au bout de trois heures au pont de la Roque où nous pique-niquons. 


La deuxième partie du tour du havre se fait essentiellement sur des prés salés où il devient vite impossible de ne pas marcher sur les crottes de mouton.


En arrivant à Regnéville, il se met à faire soif, la température atteignant les 20 degrés, nous ignorons à ce moment qu'à Alençon commence une canicule et qu'il y fait déjà 30 degrés. N'empêche avec un sac à dos, vingt degrés c'est beaucoup et nous nous attablons à la terrasse du bar local partiellement occupé par les grand-mères du club de tricot local.

Le village est bien agréable et il possède les vestiges historiques d'un glorieux passé comme une forteresse en ruine et des fours à chaux mais il nous faut partir vers notre gîte situé en plein marais entre la mer et le canal de Passerin.


Plus isolé tu meurs...  mais la mer est à 500 m. Il est des jours où l'on regrette de ne pas rester un peu plus tant l'accueil est chaleureux et le pays serein.  

Le soir venu, il nous faut trouver à manger et le premier restau est à deux bons kilomètres au sud... les pieds font un peu la moue. Des voisins de gîte habitant l'Orne comme nous nous proposent gentiment de nous véhiculer. Quelle bonne idée !

Photo Josette
Dans le seul bar-restaurant ouvert de Hauteville Plage, nous sifflons avec volupté une bonne bière avant de nous régaler d'énormes brochettes de Saint-Jacques servies par un patron grand défenseur de l'histoire locale. 

Etape 15 : Montmartin sur Mer-St Martin de Bréhal - 26 juin 2019 - 16,3 km

Notre voyage est bientôt terminé, il ne nous reste plus que le havre de la Vanlée à passer avant de nous rendre à Granville.


La moitié de la randonnée se fait sur la dune en ligne droite jusqu'à ce que nous arrivions au havre.


Celui-ci est à marée basse mais pas question de le traverser avec nos sacs à dos. Il faudra bien suivre le GR qui emprunte tant bien que mal des routes de campagne et des chemins parfois transformés en champ de poireaux ou de carottes par l'agriculteur local soucieux de rendement.


Au bout d'un moment, fatigués par les tergiversations d'un GR devenu aléatoire, nous descendons sur le havre lui-même jusqu'à ce que nous arrivions à la route inondable qui traverse la Vanlée.


En cette période de petites marées, la route est dégagée toute la journée et les prés salés sont investis par les moutons.


Le camping de la Vanlée est immense et peu habité, notre tente est spartiate mais convenable. Cette étape ayant été parcourue d'un seul tenant, nous mangeons notre boîte de sardines avec un reste de pain comme repas de midi, pensant trouver à manger pour le soir à St Martin.

Eh bien non, le calendrier est sans pitié : nous ne sommes pas encore le 1er juillet et tout est fermé le soir. Au bar PMU, le patron nous dit d'aller voir à Coudeville, deux km plus au sud "Allez voir, y'a le gars qui fait d'la moto. C'est ouvert sept jours sur sept, y s'appelle Laurent."

Effectivement, nous trouvons le Laurent dans un petit local proche d'un parking qui nous fait à manger pour dix euros par personne boissons comprises. Et en plus, c'est bon. La dernière fois que j'ai mangé pour ce type de tarif, c'était au Maroc. 

Etape 16 : St Martin de Bréhal-Granville - 27 juin 2019 - 11 km

Ce n'est pas vraiment une étape mais un sas. Après avoir traversé des pays sauvages et souvent déserts, nous entrons à partir de St Martin de Bréhal dans une zone plus urbaine qui va jusqu'à Granville. 


Au bout d'un moment passé le front de mer, nous finissons par couper par la plage, direction Granville que nous voyons au loin depuis le début.


Le voyage ne prend que deux heures et nous avons le temps de nous installer dans notre hôtel avant de ressortir en ville. 

Granville a la chance d'être bien plus qu'une cité balnéaire même si ses plages sont très agréables. C'est une très ancienne ville corsaire et son carnaval est réputé. Granville est habitée... Toute cette vie qui grouille, toute cette agitation nous étourdit un peu après deux semaines de pérégrinations en couple. 


Nous passons un moment dans une petite crique située sous la ville haute, nous y retrouvons un peu de calme avant de retourner à l'hôtel où nous faisons un bon gueuleton avant d'aller baguenauder sur la longue jetée du port. 

 Granville, 27 juin au soir...
(Statues de Philippe Olive)

Epilogue - 28 juin 2019

Notre voiture est à Picauville, près de Ste Mère Eglise à une centaine de kilomètres de Granville par le bus. Le ticket coûte la modeste somme de 2€30 et pour ce prix, on peut vous emmener à Cherbourg si vous voulez. Bon, il faut être patient d'autant qu'il faut changer à St Lô avec deux heures d'attente. Ça tombe bien, nous avons le temps.

En fin d'après midi, Jean-Yves nous attend à Ste Mère et nous achemine à Picauville où nous partageons un barbecue généreusement arrosé de vin blanc. Concernant la canicule, nous avons eu des nouvelles du reste de la France et je consulte à ce moment l'application météo de mon smartphone :



Merci à Sylviane, Jean-Yves, Françoise et Rémi pour leur aide et leur accueil. 

Merci à mon épouse Josette sans qui ce voyage n'aurait pas eu de sens.