vendredi 14 décembre 2018

Douze mois, douze histoires

Chaque photo a une histoire, chaque photo est une histoire... En décembre, je fais le bilan d'une année photographique, illustrant mes humeurs, mes goûts, ma vision du monde. Illustration de l'année 2018 en douze clichés qui, je l'espère, ne relèvent pas du cliché. (En cliquant sur les photos, vous pouvez les voir en plus grande définition.)


Janvier


Ecouves, bien sûr ! Ce 14 janvier, le ciel est dégagé et le froid bien présent. Je ne résiste pas à me livrer à mon vice préféré : le contre-jour qui révèle à ce moment l'intimidante personnalité des arbres. Cette photo mystérieuse ne rend compte que très partiellement de l'étrangeté de certains matins en Ecouves quand le corps perçoit par tous ses pores la présence quasi palpable de cette unité multiple qu'est la forêt d'Ecouves.

Compact Sony DSC-TX30

Février


Ecouves encore... Ce 9 février, malgré les injonctions des autorités nous demandant de ne pas emprunter les routes enneigées, mon épouse et moi ne pouvons résister à l'idée d'effectuer une balade en forêt. Notre parcours parmi la nature immaculée juste marquée par les traces d'animaux nous amène en vue du carrefour de la Croix-Madame. Ladite croix semble nimbée d'une lumière irréelle. A ce moment, le monde est ouaté et le silence a une blancheur de porcelaine. 

Hybride Panasonic DMC-G80

Mars 


Évora, ville portugaise au passé prestigieux mais à la modestie surprenante. On ne peut pas dire que le tourisme a endommagé la cité. Avant de continuer notre voyage vers l'Algarve, nous y faisons une halte de deux jours pour y admirer les nombreux monuments allant de l'époque romaine jusqu'au XVIIIème siècle. Les photos prises sur place ressemblent à de banales photos de touristes. Seul ce cliché recèle une authenticité et une vie correspondant à ce que nous avons vécu sur place. Je voulais une image d'une de ces nombreuses rues étroites quadrillant la ville. Je n'avais en fait pas vu la silhouette si typique de la dame au cabas quand j'ai appuyé sur le déclencheur. A ce moment, il y eut un coup de vent qui fit s'envoler un groupe de pigeons ainsi que les rideaux d'une maison proche. 


Compact Sony DSC-RX100M2

Avril


J'aurais pu ici mettre une photo des magnifiques falaises de la Côte  Vincentine ou de ses immenses plages désertes en avril. J'aurais pu mettre mes clichés du littoral de l'Algarve magnifiquement découpé dans le calcaire et je vous aurais présenté une jolie carte postale. J'ai préféré vous montrer un moment : après un hiver en Normandie, nous nous accordons une parenthèse ensoleillée au sud du Portugal pour fêter nos 40 ans de mariage. Il fait doux, la mer est calme et le ciel sans nuage. Lors de notre promenade sur le sentier des Sept Vallées Suspendues, nous nous arrêtons sur une plage, profitant de la paix accordée aux vacanciers du printemps. Soudain, un galion apparaît. Il ne revient pas chargé de l'or du Brésil, c'est juste un bateau permettant aux touristes encore peu nombreux d'admirer les spectaculaires découpes des falaises de craie ocre mais, pour un instant, nous sommes des enfants et nous arpentons les pages d'un roman d'aventures.

Hybride Panasonic DMC-G80

Mai


Difficile de quitter l'Océan. Belle-Ile-en Mer, jamais nom ne fut plus mérité. Dix ans après un premier tour complet, les Trailers d'Ecouves font à nouveau les 75 km du tour de l'île et ses 1900 m de dénivelée. Pour ce faire, il faut partir à l'aurore. La petite bande trottine depuis peu quand j'effectue ce cliché. Le contre-jour est brutal et le contraste découpe les silhouettes avec précision. Habituellement, je n'aime pas trop les artefacts laissés sur mes photos par ce type de pose mais ici l'effet de flare m'a gratifié de deux petits spots rose et jaune aussi jolis que mystérieux.


Compact Sony DSC-TX30

Juin


Radon, à l'orée d'Ecouves, ici la fête de la St Jean est une institution solidement ancrée. Juste avant l'embrasement du grand bûcher, un feu d'artifice est tiré. Pour photographier ce genre d'événement, il faut avoir une profondeur de champ maximum et une pose longue (ici 0.33s). Sans trépied, le cliché sans flou est une gageure. Je me cale solidement contre le montant d'un but de foot et je tiens mon appareil collé à mon front. Ecouves en jaune, Ecouves en vert, Ecouves en rouge... je garde ce dernier cliché pour ces ombres nettes et cette fin d'heure bleue qu'on devine au-dessus de la forêt. Finalement, le sujet ne sera pas les feux d'artifice mais plutôt l'ambiance d'une soirée de début d'été marquée par la décontraction et la convivialité.

Hybride Panasonic DMC-G80


Juillet


En arrivant à Notre Dame de la Salette (Isère), nous méconnaissions l'importance de ce sanctuaire marial accroché au flanc de la montagne. C'était Lourdes dans les Alpes... Ce n'était pas vraiment ce que nous recherchions avec mon épouse. Qu'à cela ne tienne, le lieu est spectaculaire et plusieurs sentiers partent du sanctuaire. J'en avise un bien raide et bien long qui mène au sommet du Gargas (2208m), là nous serons à l'abri de la foule et des touristes religieux en chaussures de ville. Sportifs et bien équipés, nous mettons cependant presque une heure trente à arriver au sommet. La vue sur le massif des Ecrins est magnifique mais, ô surprise, nous entendons ce qui semble bien être un office religieux. Un groupe de jeunes prêtres polonais est en train de célébrer une messe en se servant de la table d'orientation comme d'un autel, messe suivie par quelques fidèles. En cet endroit, la scène est étonnante et je prends une photo incluant ce drôle de nuage en forme de S comme Salette qui va se désagréger aussi vite qu'il s'est formé. Nous pique-niquons ensuite et les prêtres font de même en se défroquant pour finir en t-shirt, short et chaussures de montagne. Ces barbus ont l'âge d'être mes fils et sont taillés comme des bûcherons. 

Hybride Panasonic DMC-G80

Août


En août, les retraités restent à la maison. J'en profite pour me livrer à une autre de mes occupations : l'entomologie photographique locale. En substance, je continue le catalogue des différentes espèces d'insectes présentes dans mon jardin. Même si mon challenge consistant à identifier 100 espèces pour 100 m² est terminé,  je continue de trouver de nouveaux spécimens (108 actuellement) comme ce Sympetrum sanguineum venu sécher ses ailes chez moi avant de chercher un endroit plus propice à la reproduction des libellules. Tout me plaît dans cette photo, l’orientation du corps et des ailes marquant les quatre coins, la netteté de la tête, la fuite vers le flou de l'abdomen et l'attitude d'orant prise par l'animal.


Compact Sony DSC-TX30

Septembre


Retour à Belle-Ile. La photo que tout le monde fait ici, c'est bien celle des aiguilles de Port Coton immortalisées par le peintre Claude Monet. C'est beau mais c'est banal. Pourtant, ce soir de septembre, je suis quand même là à mitrailler les aiguilles avec mon Canon Powershot. Sur l'écran, je ne vois que des cartes postales et je ne suis pas satisfait. Le soleil se couche et les couleurs s'estompent, je sors mon téléphone portable et prends une photo pour envoyer un souvenir à mes enfants. Le cliché, pris en format portrait, révèle les limitations techniques de l’appareil et ce sont ces mêmes limitations qui en font le charme tout comme ce personnage finalement indispensable à l'appréhension de l'échelle de ce lieu d'exception.

Téléphone portable Huawei MYA-L11

Octobre


L'automne est magnifique. Comme bien souvent, j'arpente la ville avec Tonton Gilles, écoutant avec attention ses conseils en technique photographique. Lors de ces pérégrinations, nous prenons généralement les mêmes scènes en photo mais nos images sont toujours très différentes, lui avec son Reflex Canon et sa batterie d'objectifs et moi qui ne photographie qu'avec de petits appareils hybrides ou compacts. Sur l'esplanade de la gare de bus, cet anachronisme : une boule de Noël que les services de la ville n'ont finalement jamais démontée. Avec toutes ces ombres, le cliché en contre-jour est indispensable, la profondeur de champ maximum rajoute les lignes solaires et les pavés complètent l'aspect géométrique de l'image. Les couleurs sont très belles mais je décide que la photo sera en noir et blanc, ce qui souligne son esthétique presque abstraite.

Hybride Panasonic DMC-G80

Novembre


Peu de promenades photographiques ce mois-ci. La naissance d'une deuxième petite-fille m'a bien occupé l'esprit et c'est légitime ! Quatre jours après sa venue, je me promène en forêt et réalise ce cliché. On est à la fin de la période magique lors de laquelle les couleurs explosent. Mon petit TX30 me gratifie de cette photo (encore un contre-jour !) sur laquelle on peut voir le soleil nimbé de rose transpercer le dense feuillage des hêtres. Le Lutin appelle cela "La Fée Lumière", moi je pense à ma deuxième petite fée qui vient elle aussi illuminer mes années d'automne.

Compact Sony DSC-TX30

Décembre


Arboretum d'Alençon, je suis de nouveau avec Tonton Gilles. La nuit tombe et j'expérimente la photo avec trépied, technique indispensable si l'on veut faire quelque chose de net avec si peu de lumière. La pose est d'un tiers de seconde et la profondeur de champ maximale. Le temps brumeux impose un noir et blanc filtré sur le vert pour que l'herbe ne soit pas trop sombre. Tonton Gilles me prête sa silhouette typique qui se découpe nettement sur le fond. Une nouvelle photo mystérieuse comme je les aime.

Compact Sony DSC-RX100M3


Retrouvez mes photos, si vous le désirez, sur ma page FLICKR.

mardi 27 novembre 2018

King Crimson, mon épouse et moi

Il est parfois des sons qui vous accompagnent toute votre vie... La musique adoucit les mœurs comme il se dit mais elle peut aussi souder les couples. King Crimson fut pour Josette et moi une étape musicale majeure de nos années 70. Je me souviens de la sombre cave de mon copain Daniel dans laquelle nous écoutions Red, Starless ou Fracture à fond seulement éclairés par le lumignon de l'ampli. A cette époque, nous étions si transis d'admiration pour ce groupe que nous avions tous les trois présenté une conférence sur le thème des quatre albums de l'époque 1973-74 : Larks' Tongues in Aspic, Starless and Bible black, Red et le live USA.

Je possédais déjà les albums des années 69 à 71 dont le fameux disque au Roi Cramoisi grimaçant mais, à l'époque la facture métallique et fracturée du leader Robert Fripp nous agréait plus que les albums plus jazz des débuts. La redécouverte de cette musique plus subtile dut attendre pas mal d'années même si nous avons suivi les autres périodes majeures du groupe dans les années 80 et 2000. Ce fut d'abord la parution  de Radical Action to Unseat the Hold of Monkey Mind en 2016 puis, le lendemain de la naissance de notre deuxième petite fille :

Jeudi 15 novembre 2018


Accompagnés de notre ami Thierry (lui aussi), nous mangeons au sous-sol de la Taverne de l'Olympia où on vous trouve toujours une place avec le sourire et  de la célérité. Pas de bière cette fois-ci ; lors du concert John Mayall de l'année dernière, cela m'avait valu une course aux toilettes, je me contenterai donc d'un verre de vin avec mon croque-madame. La serveuse est charmante, je la titille sur son petit accent russe, et tout ça en présence de mon épouse. On ne se refait pas...

Nos billets internet à la main, nous entrons vite dans le hall puis dans la salle. La boutique est prise d'assaut, nous nous contenterons d'un programme en souvenir. 


Moi et Josette sommes au douzième rang, j'ai même droit à un royal strapontin. Affiches et avis audio en deux langues nous avertissent : pas de film, pas de photo durant le concert sauf à la toute fin quand les musiciens dégainent leurs appareils pour photographier le public. Bonne idée, regarder un concert derrière l'écran de son portable c'est comme faire l'amour avec un préservatif, cela laisse un arrière-goût d'artificialité...

Applaudissements, les huit musiciens de l'actuelle formation entrent en scène :


Drumsons go inseine: derrière ce jeu de mots, le concert débute par un trio de batteries vite suivi par Neurotica de l'album Beat (1982) puis de Suitable Grounds for the Blues. La tension est montée d'un coup, la musique est déferlement, tsunami, orgasme industriel. Tony levin prend ensuite son Stick pour nous gratifier des battements tachycardiques du morceau Indiscipline lors duquel les trois excellents batteurs (Stacey, Harrisson et Mastelotto) s'en donnent à cœur joie. Jakszyk a refondu la mélodie de 1981 pour en faire une version plus jazzy. Une merveille :


On revient ensuite à plus cool avec des morceaux de Lizard (1970) avant le grand Ho ! (roulement de tambour) Epitaph (1969) célébrissime morceau du premier album qui sera joué quasiment en entier. Et puis, et puis, c'est la suite de Radical Action qui va culminer avec Level Five seul morceau des années 2000 et terminer la première partie sous des airs d'Apocalypse. A ce moment, je me demande si mes oreilles vont tenir...

Entracte, je rejoins Thierry dans le hall et nous échangeons nos impressions ébahies, comment des musiciens dont certains ont passé 70 ans ont gardé une telle précision et une telle énergie ?

L'entracte ne dure que 20 min, je rejoins mon épouse en grande discussion avec des trentenaires qui pourraient être nos fils. Ils ont découvert Crimson il y a quelques années et ne touchent plus terre à l'instar de mon épouse qui va malmener son siège le long des trois heures de spectacle.

Drumsons Do The Can Can, là le jeu de mots est moins bon... Je vois Mel Collins préparer une flûte basse : Islands, un havre de paix chanté à la perfection par Jakszyk et ensuite brodé par les saxes de Collins.

Discipline puis One More Red Nightmare, heureusement, le niveau sonore a été réduit d'environ 10%. Nous allons survivre.

Deuxième oasis : Moonchild puis c'est une longue apothéose :

In the Court of the Crimson King (Ah Ah Ah Ah Aaah Aaah....) à l'énorme son de mellotron parfaitement reproduit par les claviers de Reiflin, Fripp et Stacey qui quitte parfois sa batterie.

Easy Money, Larks' Tongues in Aspic II, Starless,  n'en jetez plus, mon épouse vibre tellement que je crains pour le mobilier de l'Olympia.

Bis évidemment, et devinez quoi : 

(version de 2015 à sept musiciens) 


Comme promis, nous sommes autorisés à faire des photos et je ne fais que des bouses imprésentables ici. Heureusement, Tony Levin réussit un fort sympathique cliché où l'on peut voir Robert Fripp avec son appareil et la foule enthousiaste. 

Une foule où ma chemise blanche me permet de repérer deux fans ayant passé la soixantaine mais dont l'enthousiasme n'a jamais failli.



Indispensable, Meltdown Live in Mexico 2017, 3 CD (3h30 de concert)+1 DVD de 2h30 pour 30€, Royal !!!





mercredi 14 novembre 2018

Une journée particulière

 

Nous étions presque arrivés à la mi-novembre et pourtant les feuilles des hêtres et des chênes refusaient de tomber. C'était comme si la Grande Forêt attendait  quelque chose... Ecouves retenait son souffle avant de s'enfoncer dans les somnolences hivernales. Les bois bruissaient , les ruisseaux chuchotaient, les animaux tendaient une oreille vibrante dans la douceur d'un vent de novembre qui retenait ses élans glaciaux de peur de briser la magie du moment.

Ce moment arriva enfin quand une très jeune Elfe s'avança dans la clairière qui venait de se former du côté de la Pierre-Chien. Elfe ou Magicienne, on ne savait pas vraiment... ce qui était sûr, c'est qu'elle était suffisamment espiègle pour geler les oreilles des Trolls à distance ou mener les Lutins par le bout du nez. Facétieuse, elle l'était bien souvent mais ce jour, son visage rayonnant était emprunt d'un sérieux peu commun chez les Elfes de cet âge.

Ents, Lutins et Trolls ; Fées, Nains et animaux de la forêt commencèrent à affluer sur le pourtour de la clairière. Événement rare, un Béornide était présent sous sa forme ursidée, ses voisins s'écartant prudemment de son immense carcasse, lui n'en ayant cure trop occupé à graver la scène sur une large souche à l'aide de ses formidables griffes.

La jeune Elfe leva doucement ses deux mains ouvertes en coupe et une lumière vive se fit. Derrière elle s'avança un couple constitué d'une longue Elfe brune et d'un Magicien qui, s'il n'avait pas été aussi grand aurait pu être confondu avec un nain tant sa barbe était fournie et drue. Dans les bras de l'Elfe sommeillait un petit être gazouillant et chaud. Le couple s'avança et, scintillant sous la lueur émise par leur première-née, ils prononcèrent le nom secret de l'enfant qui venait de naître.

Ce nom était comme un souffle doré, une plaine brumeuse ; ce nom bruissait et grésillait, il était d'ambre et de cinabre, de cannelle et de miel. Ce nom était secret, réservé aux seul êtres magiques du peuple d'Ecouves, vous ne pouvez le comprendre ni même l'ouïr mais sachez qu'il signifie "Celle qui atténue le gel, adoucit le feu et dont le rire fait tomber du ciel des cristaux d'argent".


Olivia est née le 14 novembre 2018 à 1h50


Quel bonheur d'être à nouveau grand-père !





lundi 17 septembre 2018

Orgie pudibonde

Si douce est ta toison que le soleil inonde
Avide de la sève dans ta gorge profonde
Bouton rouge dressé en ta chevelure blonde
Si belle et si sauvage, mon orgie pudibonde

 Alençon 17-09-2018

L'orgie pudibonde ou calliteara pudibunda (tribu des Orgyiini de la famille des Erebidae de la sous-famille des Lymantriinae) est un papillon de nuit dont la chenille polyphage (feuilles de chênes, saules, érables, hêtres, noisetiers, tilleuls, sorbiers, poiriers, pommiers...) présente sur le corps un ensemble de houppes de couleur allant du jaune citron au jaune clair en passant parfois par le vert clair ou le beige rosâtre. Elle possède à l'arrière un pinceau rougeâtre étroit et allongé. L'imago grisâtre ne se nourrit pas.

J'espère bien que les alexandrins que j'ai composés en l'honneur de cette magnifique chenille ne prêtent nullement à confusion. N'y voyez donc aucune salacité lubrique ou autre grivoiserie égrillarde...


lundi 13 août 2018

On a les montagnes qu'on peut...

Ben oui, quand on vit près du point culminant de la Normandie (Signal d'Ecouves 413 m), ce n'est pas toujours facile de trouver des terrains pour préparer des trails en montagne. Or, Katia et Sandrine accompagnées du grand Jéjé préparent la fameuse Diagonale des Fous avec ses 165 km et surtout ses 9500m de dénivelée positive. 

Habituellement, nous arpentons les pentes d'Ecouves, c'est ce que l'on a de plus pentu cheu nous mais ce beau samedi d'août, nous avons choisi les pentes bien raides de St Léonard des Bois, un joli village sarthois situé à 20 min d'Alençon.

 4 août 2018

Nous sommes cinq : Katia, Sandrine, Jéjé ainsi que Thomas qui est chargé de faire la trace, sans oublier le Lutin qui fait des photos. Il est 8h30 sur le parking de la Cave à Bière, le soleil se pointe sur le Haut Fourché, une des deux collines qui enserrent la vallée de la Sarthe. C'est justement cette pente raide que nous empruntons sur le champ pour débuter la balade.


Arrivés en haut de la colline, nous basculons vers St Céneri le Gérei situé dans l'Orne mais toujours sur les rives de la Sarthe. La descente du chemin des Gaulois est périlleuse mais l'arrivée au village vaut le coup d’œil :


Le coin est magnifique mais nous ne nous attardons pas, nous dirigeant vers le Moulin de Trotté, faisant une très brève incursion dans le département de la Mayenne lors de la traversée du Sarthon. Un entraînement couvrant trois départements, ça en jette...


A chaque fois que l'on s'éloigne du cours de la Sarthe, il faut à nouveau grimper les falaises de grès armoricain par des chemins de terre parfois hérissés de rocs et de racines. Le soleil donne...


Le but de la manœuvre c'est de faire un maximum de dénivelée, nous descendons à nouveau dans la vallée pour grimper aussitôt la colline située au-dessus du Gasseau dont nous apercevons le pierrier. Une première grimpette parmi les brandes sur un chemin au tracé symbolique plus emprunté par les suidés que par les humains.


Nous descendons ce que nous venons de monter puis c'est l’escalade par une autre voie de la même colline : un de ces fameux pierriers de grès avec ses blocs instables et ses vipères grincheuses. Ces pierriers typiques de mon pays, je les connais bien et je grimpe celui-ci en peu de temps, sachant qu'il se forme d'à peine visibles chemins en lacets que seuls les anciens lutins peuvent percevoir. Je me moque un peu de mes camarades qui trébuchent, c'est de bonne guerre...


Au sommet, la vue sur la Sarthe et la plaine est sublime. Il fait très chaud et chacun ruisselle, un ravito s'impose. Nous descendons ensuite vers la cluse de St Léonard pour gravir le Haut Fourché pour la deuxième fois. 


Une fois de plus, nous passons par des chemins qui n'ont de chemin que le nom... 


C'est au sommet du Haut Fourché que nous passons ma Josette et sa copine Annick qui arpentent le site en mode marche nordique. Rendez-vous est pris pour la bière mais il faut encore descendre pour monter l'autre lèvre de la cluse : le Narbonne coupé en deux par la vallée de la Misère. Mes souvenirs d'escapades adolescentes me reviennent sur ces pentes à la végétation méditerranéenne : le Narbonne si raide à monter, la descente vers l'ardoisière et ses pentes glissantes de schistes du Pissot, l'énigmatique mare sombre de la carrière, la vallée de la Misère et ses racines si nombreuses et sinueuses, la remontée puis la descente acrobatique vers le moulin de Linthe. 


Ce devrait être le dernier mur à monter mais zut alors, nous n'avons pas encore rempli notre objectif temps. Nous arrivons bientôt au pont mais Thomas a la bonne idée de nous faire traverser la Sarthe à gué.


 En ces temps de canicule, l'eau est presque chaude mais elle délasse quand même les muscles. C'est les pieds trempés que nous abordons la dernière difficulté : la re-re-grimpette du Haut Fourché et de ses 100m de dénivelée par rapport à la rivière. J'ai une idée subite : nous allons faire cette dernière montée en la courant en intégralité, histoire d'avoir le cœur au bord des lèvres au sommet. Floc, floc, les chaussures trempées attaquent la pente. Les garçons s'envolent,  je me fais mal pour rester avec Sandrine qui, avec ses 42 kilos, n'a aucun mal à escalader le site. Plus lente mais incroyablement endurante, Katia reste en retrait mais s'astreint à courir tout du long.


Arrivé au sommet, j'attends Katia en compagnie de Sandrine puis nous dévalons la colline par son autre extrémité et rejoignons le village.


On a les montagnes qu'on peut mais nous avons cumulé 900 m de D+ en 23km, ce qui n'est pas si mal pour notre région...

Et maintenant direction la Cave à Bière...

mardi 24 juillet 2018

Trail des Passerelles du Monteynard 2018

Après m'être fait sortir au 50ème km du Tour des Glaciers de la Vanoise pour cause de gastéropodisme, j'avais une revanche à prendre et je décidai dès la fin 2017 de m'inscrire à un trail légèrement plus court (à 62 balais, faut pas tenter l'diable)  mais au dénivelé sensiblement identique : ledit Trail des Passerelles, ses 67 km et ses 3700 m de dénivelé positif. Enfin, cette fois-ci, ce sera de la dénivelée positive car j'avais semble-t-il quelque chose à expier en ce qui concerne la gent féminine en l'occurrence de nombreuses années de domination indue et machiste sur deux jolies blondes qui, à force de volonté et de travail acharné, avaient fini par me surclasser de la tête, des épaules et de la brassière. 

 Jéjé, Katia, Sandrine, Jean-Michel

Les deux donzelles, quinze jours après avoir effectué les 177 km de l'Ultra-Marin en 30 heures, ont décidé de me coacher durant ce trail histoire de se dégourdir les jambes avec la ferme intention de m'obliger à finir l'épreuve coûte que coûte. Je les soupçonne cependant d'avoir une revanche à prendre sur toutes ces années passées à m'entendre bavasser, jacter, crier, tonitruer, vociférer, beugler après elles sur piste comme sur route ou chemin. Le fait que Jéjé et Jean-Michel dûment masculins nous accompagnent dans l'aventure ne me rassure guère, ils ne font pas vraiment le poids face à ce commando de démones avec lesquelles on ne sait jamais à quoi on Satan...

Départ de La Mure à 5h30 du matin, je prends immédiatement mon train de sénateur. Grand bien m'en fasse, comme d'habitude j'ai trop mangé et le petit (!) déjeuner se manifeste un bon moment par la plomberie du haut comme du bas, je sais que le moindre écart de rythme peut être fatal à mon calbut. Coup de bol, des bouchons se forment dans la montée forestière vers les Signaraux, me laissant digérer tranquillement mes tartines pendant que je me fais bouffer par d'opiniâtres moustiques dont quelques-uns finissent cependant sous la claque de ma main hargneuse et vengeresse.


Un bon moment, l'orage nous tourne autour sans vraiment prendre la peine de nous arroser. Dès le premier ravitaillement, le grand Jéjé prend le large, me laissant avec mes deux championnes qui vont à ce moment adopter leur stratégie de course consistant à gambiller devant en devisant gaiement et à s'arrêter régulièrement pour constater si le Lutin est encore vivant.


Quant à Jean-Michel, il n'est pas à son meilleur niveau (bien supérieur au mien d'habitude) et il gère tranquillement sa course à peu de distance derrière nous. Première attraction du parcours : la Roche Percée qu'il faut traverser par le milieu, exercice délicat car manifestement le roc est constitué de savon de Marseille et je manque par deux fois d'étaler ma barbaque ainsi que ma dignité.


Deuxième attraction au bout de 20 km : la visite de la fameuse Mine Image de la Motte d'Aveillans où nous sommes accueillis par d'anciens mineurs hilares fiers de présenter un échantillon de leur monde à des coureurs dont la plupart ne se représentent pas la richesse de la culture minière qui fut longtemps, avec le train, le fer de lance d'une classe ouvrière qui a fait notre pays. Maintenant, on a les start-up et les mineurs sont en Chine. O tempora, o mores.


Entre Vercors comme décor et Ecrins comme... écrin, nous cheminons cinq bonnes heures sans encombre, admirant la nature qui se révèle à nous au fur et à mesure que le ciel se débarrasse de ses dessous brumeux, nous promettant de torrides ébats pour l'après-midi.

Au loin, le Mont Aiguille et son décor western...

Hop hop, nous trouvons le rythme pour une petite balade sur le ballast, bondissant d'une traverse à l'autre ; des bénévoles nous aiguillent mais ne nous raillent point. Nous passons ainsi à proximité du barrage de Monteynard-Avignonnet où, rejoints par Jean-Michel, nous faisons une petite station photographique.

 Oui, je sais, le Lutin est derrière l'appareil !

Encore une trentaine de minutes et nous commençons la vraie course après 31 km en cinq heures. La difficulté du Trail des Passerelles ne réside pas dans son terrain constitué d'aimables chemins dépourvus de chafouines chausse-trapes mais plutôt dans une dénivelée puissamment érectile propre à incendier les cuisses et à gerber les poumons.

Nous descendons à 558 m d'altitude, à peine plus que ma forêt d'Ecouves, et nous allons gravir le Sénépy presque de face en 9 km pour atteindre la cote de 1769 m. 


C'est là que les Athéniens s'atteignirent et que les Romains ramèrent avant que les Spartiates ne partent. 

Avant que le Sénépy n'empire, il me faut prendre mon courage à deux mains et ne pas remettre à demain la montée vers ce Golgotha boisé au sommet quasiment chauve à l'instar de mon crâne de sexagénaire. D'ailleurs, je ne génère à ce moment qu'ahanements et halètements poussifs. J'ai décidé que l'effort est trop intense pour que je le fractionne. J'avance avec ma tête, poussant sur mes cuisses tel un damné durant exactement 2h25 sans débander. Sans débander mes muscles, s'entend, car l'afflux de sang est à ce moment réservé aux cuisses et non aux pauvres corps caverneux qui se font à ce moment discrets comme des hyènes.


Un cliché quand même en début de côte puis je range mon appareil dès qu'apparaissent les murs qui me plient en deux plus sûrement qu'une histoire belge. Nous cheminons sur un terrain de calcaires noirs lités entourés de marnes et je comprends enfin le sens étymologique du verbe marner.

Un palier-un mur, un palier-un mur... je ne compte plus les difficultés qui s'enchaînent. Mon dos trouve l'addition bien salée dans cette montée infernale où la vitesse de 4km/h est une victoire quand elle est atteinte. Etonnamment, je ne suis jamais loin des filles qui sont pourtant de fières escaladeuses. Quand j'ai la force de relever la tête, j'aperçois souvent leurs jupettes mais je n'ai plus la force d'imaginer ce qui se trame en-dessous.

Le Sénépy marque durablement un bon nombre de concurrents qui se reposent et parfois gisent  à même le sol. Je suis surpris de mon endurance mais il faut le dire, je n'ai pas le choix, Katia et Sandrine tracent la route pour moi et je ne puis les décevoir.


Nous voilà sur la crête, la vue est magnifique et nous rembourse de nos efforts :


 Superbe vue à 360° : Dévoluy, Ecrins,Taillefer, Obiou et toute la barrière du Vercors ainsi que le lac de Monteynard d'où, malgré la distance, nous parvient le son des hauts-parleurs de la ligne d'arrivée.


Las, l'arrivée est encore à une vingtaine de km et il faut descendre ce Sénépy avec des jambons qui viennent de prendre cher et qui refusent le moindre choc en descente. Les dames s'envolent et je sais que souffler n'est pas jouer donc il faut que je suive ces femmes tant bien que mâle. C'est dur.


Les filles ont parfois près d'un km d'avance sur moi et bien que je sois dans le plus grand alpage organisé de France, je m'efforce de ne pas brouter et de prendre le taureau par les cornes. Mes deux blondes m'attendent toujours à un moment et elles m’emmènent tranquillement au ravitaillement où, comme à l'accoutumée, nous sommes royalement accueillis par de nombreux bénévoles proposant un assortiment solide et liquide plus que suffisant. C'est au ravitaillement de l'alpage que Jean-Michel nous rejoint. Il est cuit à point mais sa longue expérience de trailer va lui permettre de mijoter encore un moment. Nous allons le distancer encore plusieurs fois mais il ne sera jamais loin. 


Le passage par Mayres-Savel nous permet de grimper encore un peu puis c'est la descente vers les passerelles. depuis la descente du Sénépy, nous tournons à une vitesse horlogère de 5,3 de moyenne ce qui nous permettra à coup sûr d'éviter la barrière de déviation de la Côte Rouge calculée sur 5km/h.

Encore heureux car deux jours avant, j'avais appris en discutant avec deux bénévoles que le trail qui devait faire 67,5 km avait été ramené à 64,5 km pour cause de coupe du Monde de foot. "Y'a plus que le foot qui compte" m'avaient-ils dit en haussant les épaules d'un air fataliste avant de reprendre leur travail.


Passerelle du Drac, je dis aux filles que le reste c'est du gâteau. Un peu dur le gâteau quand même car il fait très chaud et le les côtes du tour du lac sont comparables à ce qui se fait de plus dur chez moi. La vue sur le lac est magnifique. Rien que du bonheur le dos en compote et les jambes en palissandre.


Passerelle de l'Ebron, plus que la Côte Rouge et c'est du gâteau avec de la Chantilly par-dessus. Nous sommes en avance sur l'horaire, que demander de plus...


C'est au ravitaillement suivant que nous attend la mauvaise surprise : le chemin de la Côte Rouge est barré par des cerbères qui nous enjoignent de rentrer par la route. Devant notre incompréhension face à ce changement des règles en cours d'épreuve, ils nous annoncent sans rire qu'il n'y a plus de médecin de course* et qu'il faut rentrer au plus court. J'essaie de m'insurger et on me menace de disqualification, ce qui me fait ni chaud ni froid. Les filles me calment cependant et me convainquent de rentrer comme indiqué. Je suis colère, j'ai les abeilles et ça me redonne soudainement des jambes. Trop de jambes car s'il m'en est poussé une ou deux de plus, Jean-Michel n'en a plus beaucoup et nous l'attendons sur le chemin du retour, chemin sur lequel ne se trouve ni indication ni marquage. Nous nous sentons complètement livrés à nous mêmes. Nous ne sommes pas les seuls et les concurrents détournés arrivent de tous côtés, parfois au milieu des voitures.


Quand on est un lutin, il faut toujours essayer de faire contre mauvaise fortune bon cœur et nous faisons notre arrivée main dans la main, heureux de cette nouvelle aventure collective.

61,87 km et 3549m de D+
(Photo organisation)

C'est en arrivant que nous comprenons le pourquoi du raccourcissement de la course : le fameux match France contre un pays étranger est commencé et une grande partie du public et des bénévoles se presse dans la tente de ravito transformée en salle de projection du match de finale de Coupe du Monde. Seuls quelques rétifs au ballon rond nous applaudissent à l'arrivée et il est bien difficile de se frayer un chemin pour aller quémander un verre d'eau sous la tente surchauffée par la ferveur footballistique nationale. Je me garde bien de faire une remarque de peur d'être crucifié sur un montant de but, brûlé vif sur un barbecue ou noyé dans de la bière tiède.

Pendant que la fête du ballon bat son plein (c'est les Français qui ont gagné contre les pas Français), rejoints par le grand Jéjé déjà arrivé, nous allons nous rafraîchir les gambettes dans le lac pendant que ma chère femme nous attend sur la plage.

Jean-Michel, un (vieux) Lutin, Sandrine, Jéjé, Katia
Photo josette

Ma chère femme qui a eu l'idée géniale d'amener la voiture au bord du lac, nous évitant de grimper jusqu'aux parkings coureurs qui se trouvent à deux km de là. Riche initiative car le système de navettes prévu par l'organisation bat de l'aile, certains chauffeurs n'assurant plus les rotations, fascinés par le foot, les autres finissant par jeter l'éponge.

Après une heure de route en lacets, je me sépare de mes compagnes et compagnons de course en remerciant à nouveau les filles pour leur gentillesse et leur patience envers un vieux coach en fin de carrière. Elles me surclassent de très loin et j'en suis heureux car j'ai participé un temps à leur ascension même si c'est leur talent et leur opiniâtreté qui a fait la plus grande partie du boulot. 

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J'ai été bien coaché finalement car le lendemain je randonnais à plus de 2000m au Lac Fouchu en compagnie de ma Josette. J'avais presque retrouvé mes membres... enfin ceux qui me servent à marcher.



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* Après l'argument de l'absence de médecin que j'ai entendu à ce moment, j'ai ensuite entendu celui du manque de poches de sérum physiologique puis de la décision du médecin de raccourcir la course pour cause d'un trop grand nombre d'abandons. A mon départ du site, plus d'une heure après mon arrivée, des concurrents arrivaient encore de partout : par la route, par le sentier de la randonnée et même par le circuit de la Côte Rouge** sans qu'un seul bénévole ne les aiguille. En ce qui concerne le problème des navettes, j'ai surpris la conversation téléphonique animée d'un chauffeur qui disait bosser depuis 5h du matin et qui allait stopper ses rotations furieux du fait que certains collègues avaient déserté au profit du match de foot.

**A l'analyse des résultats on s'aperçoit que 30 à 50 coureurs classés sur le 65 km qui sont passés derrière nous n'ont pas été détournés car pour 3km de plus, ils finissent jusqu'à 2h30 après nous ce qui montre bien que la décision de détournement était arbitraire et, pire, temporaire.