lundi 10 juin 2019

Plus normande que suisse

31 mai 2019

La Normandie n'est pas plate mais comme les Normands, ses reliefs sont pleins de mesure. Ce sont les premiers touristes visitant ce pays situé à cheval sur le Calvados et l'Orne qui ont eu cette idée saugrenue de qualifier les vallées de l'Orne et de ses affluents de "Suisse Normande".


Restons dans l'Orne, le pays des derniers lutins normands. Nous démarrons notre randonnée au Mesnil-Villement et plus précisément au Pont-des-Vers témoin maintenant inerte du passé industriel de l'Orne qui a compté jusqu'à 450 000 habitants du temps de la splendeur des filatures (aujourd'hui 285 000 h). L'usine maintenant désaffectée a longtemps fabriqué les fameuses blouses grises des instituteurs et fonctionnaires ainsi que le tissu vichy des tabliers d'écoliers, blouses de femmes et même de la robe de mariée vichy rose-mauve de Brigitte Bardot en 1959.


Nous suivons d'abord le cours de la Rouvre qui serpente parmi les hautes collines dont la modeste splendeur printanière brille de tous ses feux. 


On est ici en plein pays de Faërie où grouillent les êtres magiques pour qui sait voir. En ces lieux, les Peuples sont tranquilles car peu nombreux sont les fâcheux parmi les collines.


Les prés ne sont que vie et douceur, certains semblent des constellations florales. Je déplore à ce moment le nombre trop restreint de papillons, eux qui couvraient la campagne par milliers lors de mon enfance au milieu du vingtième siècle.


Déjà 13 km parmi des sentiers parfois escarpés.  Nous faisons une pause sur le nez de la roche d'Oëtre qui domine la Vallée de Rouvre d'une bonne centaine de mètres. La vue est grandiose et le calme olympien. Le temps s'étire... Je pense à mon Mustang que j'avais poutré d'importance lors du trail local il y a dix ans et qui en avait fait un désopilant exercice de style à la Queneau.


Nous quittons enfin la Rouvre pour suivre les méandres de l'Orne, fleuve tranquille bordé d'immenses prairies parfois trouées de marécages. La balade est aisée sauf quand il faut escalader les falaises formées par le cheminement serpentin de l'eau. C'est lors d'une de ces longues montées que nous manquons de marcher sur une magnifique vipère péliade de cinquante bons centimètres de long qui semblait digérer son repas au soleil. Las, me voyant sortir mon appareil photo, le gracieux animal situé à moins d'un mètre se glisse entre les herbes et disparaît.


Arrivés sur le plateau surplombant l'Orne, nous marchons un bon moment parmi les cultures de blé, d'orge ou de fèves. Il fait très chaud pour des lutins... vingt-trois degrés au moins.


Le retour se fait par des routes de campagne le long du cours de l'Orne rejoint par d'aimables ruisseaux dont la présence nous donne à penser que cette belle journée n'est pas terminée.


Retour par le Pont-des-Vers et son viaduc SNCF dont les rails sont partis en Allemagne dans les années quarante. Nous avons parcouru 24 km dans la paix ensoleillée de notre beau pays d'Orne. Finalement, la vie est belle.


mardi 28 mai 2019

Ladyland

Dans la série "Les musiques auxquelles vous avez (presque) échappé", le Lutin d'Ecouves vous gratifie de "Ladyland" un hommage à Jimi Hendrix (dont on entend ici plusieurs fois la voix) cuisiné sur Music Maker 17 avec des échantillons trouvés ici et là puis triturés sans pitié ainsi que des sons générés par le logiciel. 

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Photos extraites de mon Flickr

dimanche 14 avril 2019

Trail des Châteaux de la Loire 2019 - 63 km

"Vertudieu ma Mie, il est temps que je me remette au desport car je suis encore frais et gaillard pour mes soixante-trois reverdies. J'ai lu dans la Gazette Normande que les féaux du Duc d'Orléans organisaient une  feste à courre dans les environs de la bonne ville de Blois.
- Grand bien vous en fasse mon ami, peut-être que cela m'amènera quelque peu de quiétude, vous qui ne pensez que mettre au Geoffroy dès que vous séjournez trop au logis !
- C'est que votre beauté fait pâlir Phoebus, ma Mie ! Je vais sans désemparer nous trouver un nid digne de notre hyménée, nous qui convolons désormais depuis quarante-et-une années."


Ce qui fut dit fut fait, je trouvai un gîte non loin du départ de la courre, un petit manoir sis dans un parc arboré. Une bien agréable demeure nonobstant des avanies de chauffage inhérentes aux vastes logis d'antan mais ce n'est pas un descendant de Theudric l'éboyauteur qui se répandra en jérémiades à ce propos. 


Dès mâtines j'étais sur le pied de guerre à Maslives où je trouvai divers commensaux aux harnois divers et colorés indiquant leur maison ou leur vassalité. Pour ma part, j'arborai ma tenue "gueule sur fond de gueule" propre à ma dynastie qui s'enorgueillit de ses racines franques fort anciennes quoique modestes si on les compare à celles des Ursidés d'Ecouves dont ma chère épouse et sa lignée sont les lointains hoirs.


La demeure du bon roi François est sise à Chambord au milieu d'un modeste parc de la taille de Paris intra-muros, nous passâmes un bon moment à courre dans cette réserve dédiée à l'art cynégétique des souverains. La plupart des jeunes hobereaux constituant la compagnie se sont mis à forlonger, partant au diable Vauvert comme si jà l'on avait sonné l'hallali. Foutrebleu ! Ces impertinents galopeurs ne seraient-ils pas présomptueux ?


Qu'ils escampent, peu m'en chaut ! pensai-je à cette heure, je ne ferai pas mon août en avril comme un jeunet sans expérience et mènerai mon train comme il se doit. C'est donc en petite compagnie du cul de la courre que je cheminai un bon moment, côtoyant femmes girondes et vieillards chenus à mon instar. Je pensais lors de ces instants à la tortue du bon La Fontaine qui cheminait à son train tout en ne perdant pas de vue son secret dessein d'élargir à terme le fondement de ce nigaud de lièvre.


Après quatre lieues et un arrêt ripaille au château de Saumery, je décidai de quitter la petite troupe pour aller chasser le gueux plus avant. Pour ce faire, il me fallut traverser maints pâturages et maintes cultures pour enfin apercevoir l'objet de mes poursuites. En ces instants, je sentis l'ennui poindre, le pays étant aussi plat et herbu qu'une Portugaise dénutrie. 


Tenace comme le blaireau qui défend sa mesnie, je progressai horlogèrement au point de revenir sur un groupe de sémillants trentenaires encadrant une donzelle au jarret ferme et à la cuisse avenante répondant au doux nom de Sabrina. Gentilhomme que je suis, je restai un bon moment en compagnie de cette jeunesse mais, sentant leur allure perdre de sa superbe, je décidai à terme de leur fausser compagnie, traçant ma route après l'étape du château des Grottaux où je procédai à mon avictuaillement.


Après un fort long périple plus que plat, j'arrivai sur les bords de la belle Loire. J'approchais des huit lieues et débutais mon desport favori : le trousse-faquin. Un par un ou deux par deux, je passais tous ces impertinents qui m'avaient laissé pour mort sur le champ de bataille. Et, ce n'était qu'un début... Une fois arrivés à Blois, il restait encore huit bonnes lieues à parcourir et bon nombre des outrecuidants m'ayant précédé avaient tiré leurs dernières flèches alors qu'ils abordaient la forêt de Russy.


La forêt de Russy et ses sentes drues et raides aux déversoirs chafouins durs aux manants... un régal pour un guerrier blanchi sous le harnois qui en a encore dans le pot au lait. Palsambleu, on allait voir ce qu'on allait voir : une lieue et demie à escandir et descandir sans dégoder. 

Diantre ! Alors que je m'apprêtais à crier "Montjoie Saint-Denis", deux novelets d'une trentaine d'ans, harnachés comme des barons, me dépassèrent sans même me saluer comme il s'eût dû... cela faisait au moins quatre lieues que je n'avais pas eu à subir cet affront. Le coup fut rude mais ma détermination n'en fut que renforcée : prompt à l'éperon que je suis, je me lançai à l'assaut des impudents la rage au ventre et la bave aux lèvres. J'étais bien décidé à faire rendre gorge à ces deux sanglerons avant la fin de notre périple.

La lance roide et bien calée, je me jetai à l'assault, bousculant les paltoquets qui rampaient sur mon chemin. Durant une lieue et demie, j'escandais et descandais sans débander de l'arbalète, laissant sur le carreau bien des guerriers présents.


Taïaut ! Alors que s'aplanit la selve, voici que j'avise les deux foutriquets qui marchaient tels des enfançons embrennés ! Je les passai comme un pet glisse sur une toile cirée. Point ne me regardèrent, prêts à débagouler qu'ils étaient. Vae Victis !

Les castels de Beauregard de Troussay puis de Conon furent vite passés, j'arrivai enfin au bout des seize lieues de ma chevauchée en ayant remonté soixante et six combattants et combattantes, nonobstant en m'excusant auprès de ces dames du léger affront fait à leur bel arrière-train.

Arrivé à Cheverny, je fus accueilli par Dame Josette, ma gente épouse qui me dit qu'elle avait vu arriver bien des paltoquets gémissants et tressuants de la précédente courre qui ne faisait que huit lieues ! Quel assoulagement pour ma Mie que de me voir trestout rafraîchi et la lance bien droite à l'issue de ce bataillement.



Alors que je cherchais un tavernier pour étancher mon assoiffage, j'eus l'heur et l'honneur de tomber sur le Seigneur Jean-Claude, éminent guerrier local dont les hauts faits relèguent mes passes d'armes au rang de calembredaines. Nous discutâmes un bon moment de ses exploits récents dont son assault de la Diagonale des Fols d'il y a deux ans alors qu'il avait déjà soixante et quatorze reverdies. 


Ragaillardi par cette belle rencontre, je retournai en mon castel en compagnie de ma chère épouse avec laquelle je passai la soirée à partager moult pintes de bon vin de Loire avant que de rejoindre ma couche pour une reposaille bien méritée.



vendredi 22 mars 2019

Le Matin des Magiciens

22 mars 2019


Voilà maintenant presque trois mois que j'ai rendez-vous chaque vendredi matin avec mon pire ennemi, en l'occurrence moi-même, en forêt d'Ecouves. Huit heures trente sont à peine passées quand je laisse mon automobile sur le parking de la mairie de Radon. Le ciel est blanc de brume ; je pénètre en Ecouves comme je m'enfouirais en moi.


Les bienfaisantes pluies de la fin d'hiver ont orchestré la polyphonie tintinnabulante des filets, rus et ruisseaux installés ou provisoires à laquelle se superposent les nombreux chants d'oiseaux parfois rythmés par les battements du pivert ou déchirés par le crissement métallique du geai.


Pins sylvestres et sapins pectinés sur sols pauvres, hêtres et chênes sessiles sur des terres plus accueillantes, je grimpe de parcelle en parcelle jusqu'à ce que le bleu du printemps nouveau-né vienne laver mon regard.


Craignant à juste titre quelques chausse-trapes et autres embûches concoctées par la boue chafouine, mes foulées circonspectes éclaboussent régulièrement le bruissant silence forestier. Je ne m'aperçois pas tout de suite de la beauté bleue qui s'élève au-dessus des frondaisons.


Je sors juste d'une parcelle de sapins, la brume s'élève du sol et vient ouater les chênes comme s'ils s'éveillaient progressivement d'un rêve profond. La paix de l'instant me guérit de bien des maux. Les larmes rendent enfin les armes, la vie continue...

Au moment de repartir, je ressens comme un appel, une impulsion qui me fait me retourner en direction des résineux que je viens de quitter. Ecouves a un dernier message à délivrer :


 Rayons de lumière,
A peine un souffle de vent,
Magie du matin.

lundi 4 mars 2019

Trois poèmes pour Philippe


Dans le bruit de ses pas, j’ai entendu la pluie,
Un souvenir d’été, une fleur épanouie
J’ai entendu l’automne au milieu des couleurs
J’ai entendu son rire, partagé sa douleur.

J’ai entendu l’hiver sur le flanc de l’alpage,
Le silence de la neige comme un livre sans pages.
Dans les traces de ses pas, je revois le printemps
Effacer toute peine, me guérir de l’instant.

******

Chardonneret, ciel changeant,
Hiver endormi.
Un froid soleil me sourit.

Dans la brume des sentiments,
Tu es encore près de moi.

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Je t’ai suivi parmi les monts brumeux
Sur des chemins que seuls aiment les fous.
Je t’ai suivi au pied des flots furieux
Sur des sentiers à se briser le cou.

Je t’ai suivi parmi les vents contraires
Dans la nuit noire sans penser au matin.
Je t’ai suivi, tu n’étais pas mon frère
Mais simplement, tu me tendais la main.

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mardi 5 février 2019

Ce que me disent les arbres



Pas une âme, pas un souffle, l'hiver a enseveli Ecouves dans un silence de cristal et je chemine au Bord du Monde.


Aux environs de la Pierre-Chien, les arbres m'interpellent : As-tu entendu le doux silence engourdi des douleurs qui sommeillent ? Viens-tu nous visiter avant que ne tombe le soir, avant que ne chute l'espoir ?


Sur les sentiers de la Croix, ils dressent leurs aiguilles, fiers et droits, sombres et indifférents, les sapins me laissent passer trop occupés par la musique des cimes jouée par le vent aux dents de verre.


Mon pied est d'argile, mon souffle est blanc, je suis seul, ils sont si nombreux perdus dans l'embrouillamini de l'incessant réseau des sentiments. Ils se touchent, ils se caressent, ils se blessent, ils se brisent, ne laissant derrière eux que le souvenir amer d'anciens sentiers autrefois si prometteurs.


Sur le chemin des étangs, j'entends les pins sylvestres célébrer le matin par leurs chants azurés. Légers, graciles et doux, ils sont oublieux des tempêtes et attendent d'autres temps, je les envie. Ils me saluent et m'offrent une éclaircie miraculeuse, tendre illusion, merveilleux sourire.


Perdu dans mes pensées, je m'enfonce à nouveau dans la brume puis descends vers la stèle de ceux qui ne sont pas revenus ; j'y croise un ami cher : Regarde-moi, je suis le chêne, le lierre m'a pris et je m'en vais fier et droit.



Il est temps de rentrer. Déchirant des voiles de tristesse, je m'enfuis enfin. Arrivant près du Verdier, gravissant les durs flancs de la Dalle, je m'arrête un instant sur son sommet de grès. Ni homme, ni bête, durant ces longues heures glacées. Je descends le Vignage, le sud d'Ecouves m'appelle.


Au bord du monde, je suis un funambule
Perdu dans la lumière des sentiments
Sur les chemins de ma vie somnambule
Je marche et puis vacille un court instant

Aimez-moi, aimez-moi encore un peu
Et si m'aimer vous fait souffrir...
Oubliez-moi



Février 2019