lundi 17 septembre 2018

Orgie pudibonde

Si douce est ta toison que le soleil inonde
Avide de la sève dans ta gorge profonde
Bouton rouge dressé en ta chevelure blonde
Si belle et si sauvage, mon orgie pudibonde

 Alençon 17-09-2018

L'orgie pudibonde ou calliteara pudibunda (tribu des Orgyiini de la famille des Erebidae de la sous-famille des Lymantriinae) est un papillon de nuit dont la chenille polyphage (feuilles de chênes, saules, érables, hêtres, noisetiers, tilleuls, sorbiers, poiriers, pommiers...) présente sur le corps un ensemble de houppes de couleur allant du jaune citron au jaune clair en passant parfois par le vert clair ou le beige rosâtre. Elle possède à l'arrière un pinceau rougeâtre étroit et allongé. L'imago grisâtre ne se nourrit pas.

J'espère bien que les alexandrins que j'ai composés en l'honneur de cette magnifique chenille ne prêtent nullement à confusion. N'y voyez donc aucune salacité lubrique ou autre grivoiserie égrillarde...


lundi 13 août 2018

On a les montagnes qu'on peut...

Ben oui, quand on vit près du point culminant de la Normandie (Signal d'Ecouves 413 m), ce n'est pas toujours facile de trouver des terrains pour préparer des trails en montagne. Or, Katia et Sandrine accompagnées du grand Jéjé préparent la fameuse Diagonale des Fous avec ses 165 km et surtout ses 9500m de dénivelée positive. 

Habituellement, nous arpentons les pentes d'Ecouves, c'est ce que l'on a de plus pentu cheu nous mais ce beau samedi d'août, nous avons choisi les pentes bien raides de St Léonard des Bois, un joli village sarthois situé à 20 min d'Alençon.

 4 août 2018

Nous sommes cinq : Katia, Sandrine, Jéjé ainsi que Thomas qui est chargé de faire la trace, sans oublier le Lutin qui fait des photos. Il est 8h30 sur le parking de la Cave à Bière, le soleil se pointe sur le Haut Fourché, une des deux collines qui enserrent la vallée de la Sarthe. C'est justement cette pente raide que nous empruntons sur le champ pour débuter la balade.


Arrivés en haut de la colline, nous basculons vers St Céneri le Gérei situé dans l'Orne mais toujours sur les rives de la Sarthe. La descente du chemin des Gaulois est périlleuse mais l'arrivée au village vaut le coup d’œil :


Le coin est magnifique mais nous ne nous attardons pas, nous dirigeant vers le Moulin de Trotté, faisant une très brève incursion dans le département de la Mayenne lors de la traversée du Sarthon. Un entraînement couvrant trois départements, ça en jette...


A chaque fois que l'on s'éloigne du cours de la Sarthe, il faut à nouveau grimper les falaises de grès armoricain par des chemins de terre parfois hérissés de rocs et de racines. Le soleil donne...


Le but de la manœuvre c'est de faire un maximum de dénivelée, nous descendons à nouveau dans la vallée pour grimper aussitôt la colline située au-dessus du Gasseau dont nous apercevons le pierrier. Une première grimpette parmi les brandes sur un chemin au tracé symbolique plus emprunté par les suidés que par les humains.


Nous descendons ce que nous venons de monter puis c'est l’escalade par une autre voie de la même colline : un de ces fameux pierriers de grès avec ses blocs instables et ses vipères grincheuses. Ces pierriers typiques de mon pays, je les connais bien et je grimpe celui-ci en peu de temps, sachant qu'il se forme d'à peine visibles chemins en lacets que seuls les anciens lutins peuvent percevoir. Je me moque un peu de mes camarades qui trébuchent, c'est de bonne guerre...


Au sommet, la vue sur la Sarthe et la plaine est sublime. Il fait très chaud et chacun ruisselle, un ravito s'impose. Nous descendons ensuite vers la cluse de St Léonard pour gravir le Haut Fourché pour la deuxième fois. 


Une fois de plus, nous passons par des chemins qui n'ont de chemin que le nom... 


C'est au sommet du Haut Fourché que nous passons ma Josette et sa copine Annick qui arpentent le site en mode marche nordique. Rendez-vous est pris pour la bière mais il faut encore descendre pour monter l'autre lèvre de la cluse : le Narbonne coupé en deux par la vallée de la Misère. Mes souvenirs d'escapades adolescentes me reviennent sur ces pentes à la végétation méditerranéenne : le Narbonne si raide à monter, la descente vers l'ardoisière et ses pentes glissantes de schistes du Pissot, l'énigmatique mare sombre de la carrière, la vallée de la Misère et ses racines si nombreuses et sinueuses, la remontée puis la descente acrobatique vers le moulin de Linthe. 


Ce devrait être le dernier mur à monter mais zut alors, nous n'avons pas encore rempli notre objectif temps. Nous arrivons bientôt au pont mais Thomas a la bonne idée de nous faire traverser la Sarthe à gué.


 En ces temps de canicule, l'eau est presque chaude mais elle délasse quand même les muscles. C'est les pieds trempés que nous abordons la dernière difficulté : la re-re-grimpette du Haut Fourché et de ses 100m de dénivelée par rapport à la rivière. J'ai une idée subite : nous allons faire cette dernière montée en la courant en intégralité, histoire d'avoir le cœur au bord des lèvres au sommet. Floc, floc, les chaussures trempées attaquent la pente. Les garçons s'envolent,  je me fais mal pour rester avec Sandrine qui, avec ses 42 kilos, n'a aucun mal à escalader le site. Plus lente mais incroyablement endurante, Katia reste en retrait mais s'astreint à courir tout du long.


Arrivé au sommet, j'attends Katia en compagnie de Sandrine puis nous dévalons la colline par son autre extrémité et rejoignons le village.


On a les montagnes qu'on peut mais nous avons cumulé 900 m de D+ en 23km, ce qui n'est pas si mal pour notre région...

Et maintenant direction la Cave à Bière...

mardi 24 juillet 2018

Trail des Passerelles du Monteynard 2018

Après m'être fait sortir au 50ème km du Tour des Glaciers de la Vanoise pour cause de gastéropodisme, j'avais une revanche à prendre et je décidai dès la fin 2017 de m'inscrire à un trail légèrement plus court (à 62 balais, faut pas tenter l'diable)  mais au dénivelé sensiblement identique : ledit Trail des Passerelles, ses 67 km et ses 3700 m de dénivelé positif. Enfin, cette fois-ci, ce sera de la dénivelée positive car j'avais semble-t-il quelque chose à expier en ce qui concerne la gent féminine en l'occurrence de nombreuses années de domination indue et machiste sur deux jolies blondes qui, à force de volonté et de travail acharné, avaient fini par me surclasser de la tête, des épaules et de la brassière. 

 Jéjé, Katia, Sandrine, Jean-Michel

Les deux donzelles, quinze jours après avoir effectué les 177 km de l'Ultra-Marin en 30 heures, ont décidé de me coacher durant ce trail histoire de se dégourdir les jambes avec la ferme intention de m'obliger à finir l'épreuve coûte que coûte. Je les soupçonne cependant d'avoir une revanche à prendre sur toutes ces années passées à m'entendre bavasser, jacter, crier, tonitruer, vociférer, beugler après elles sur piste comme sur route ou chemin. Le fait que Jéjé et Jean-Michel dûment masculins nous accompagnent dans l'aventure ne me rassure guère, ils ne font pas vraiment le poids face à ce commando de démones avec lesquelles on ne sait jamais à quoi on Satan...

Départ de La Mure à 5h30 du matin, je prends immédiatement mon train de sénateur. Grand bien m'en fasse, comme d'habitude j'ai trop mangé et le petit (!) déjeuner se manifeste un bon moment par la plomberie du haut comme du bas, je sais que le moindre écart de rythme peut être fatal à mon calbut. Coup de bol, des bouchons se forment dans la montée forestière vers les Signaraux, me laissant digérer tranquillement mes tartines pendant que je me fais bouffer par d'opiniâtres moustiques dont quelques-uns finissent cependant sous la claque de ma main hargneuse et vengeresse.


Un bon moment, l'orage nous tourne autour sans vraiment prendre la peine de nous arroser. Dès le premier ravitaillement, le grand Jéjé prend le large, me laissant avec mes deux championnes qui vont à ce moment adopter leur stratégie de course consistant à gambiller devant en devisant gaiement et à s'arrêter régulièrement pour constater si le Lutin est encore vivant.


Quant à Jean-Michel, il n'est pas à son meilleur niveau (bien supérieur au mien d'habitude) et il gère tranquillement sa course à peu de distance derrière nous. Première attraction du parcours : la Roche Percée qu'il faut traverser par le milieu, exercice délicat car manifestement le roc est constitué de savon de Marseille et je manque par deux fois d'étaler ma barbaque ainsi que ma dignité.


Deuxième attraction au bout de 20 km : la visite de la fameuse Mine Image de la Motte d'Aveillans où nous sommes accueillis par d'anciens mineurs hilares fiers de présenter un échantillon de leur monde à des coureurs dont la plupart ne se représentent pas la richesse de la culture minière qui fut longtemps, avec le train, le fer de lance d'une classe ouvrière qui a fait notre pays. Maintenant, on a les start-up et les mineurs sont en Chine. O tempora, o mores.


Entre Vercors comme décor et Ecrins comme... écrin, nous cheminons cinq bonnes heures sans encombre, admirant la nature qui se révèle à nous au fur et à mesure que le ciel se débarrasse de ses dessous brumeux, nous promettant de torrides ébats pour l'après-midi.

Au loin, le Mont Aiguille et son décor western...

Hop hop, nous trouvons le rythme pour une petite balade sur le ballast, bondissant d'une traverse à l'autre ; des bénévoles nous aiguillent mais ne nous raillent point. Nous passons ainsi à proximité du barrage de Monteynard-Avignonnet où, rejoints par Jean-Michel, nous faisons une petite station photographique.

 Oui, je sais, le Lutin est derrière l'appareil !

Encore une trentaine de minutes et nous commençons la vraie course après 31 km en cinq heures. La difficulté du Trail des Passerelles ne réside pas dans son terrain constitué d'aimables chemins dépourvus de chafouines chausse-trapes mais plutôt dans une dénivelée puissamment érectile propre à incendier les cuisses et à gerber les poumons.

Nous descendons à 558 m d'altitude, à peine plus que ma forêt d'Ecouves, et nous allons gravir le Sénépy presque de face en 9 km pour atteindre la cote de 1769 m. 


C'est là que les Athéniens s'atteignirent et que les Romains ramèrent avant que les Spartiates ne partent. 

Avant que le Sénépy n'empire, il me faut prendre mon courage à deux mains et ne pas remettre à demain la montée vers ce Golgotha boisé au sommet quasiment chauve à l'instar de mon crâne de sexagénaire. D'ailleurs, je ne génère à ce moment qu'ahanements et halètements poussifs. J'ai décidé que l'effort est trop intense pour que je le fractionne. J'avance avec ma tête, poussant sur mes cuisses tel un damné durant exactement 2h25 sans débander. Sans débander mes muscles, s'entend, car l'afflux de sang est à ce moment réservé aux cuisses et non aux pauvres corps caverneux qui se font à ce moment discrets comme des hyènes.


Un cliché quand même en début de côte puis je range mon appareil dès qu'apparaissent les murs qui me plient en deux plus sûrement qu'une histoire belge. Nous cheminons sur un terrain de calcaires noirs lités entourés de marnes et je comprends enfin le sens étymologique du verbe marner.

Un palier-un mur, un palier-un mur... je ne compte plus les difficultés qui s'enchaînent. Mon dos trouve l'addition bien salée dans cette montée infernale où la vitesse de 4km/h est une victoire quand elle est atteinte. Etonnamment, je ne suis jamais loin des filles qui sont pourtant de fières escaladeuses. Quand j'ai la force de relever la tête, j'aperçois souvent leurs jupettes mais je n'ai plus la force d'imaginer ce qui se trame en-dessous.

Le Sénépy marque durablement un bon nombre de concurrents qui se reposent et parfois gisent  à même le sol. Je suis surpris de mon endurance mais il faut le dire, je n'ai pas le choix, Katia et Sandrine tracent la route pour moi et je ne puis les décevoir.


Nous voilà sur la crête, la vue est magnifique et nous rembourse de nos efforts :


 Superbe vue à 360° : Dévoluy, Ecrins,Taillefer, Obiou et toute la barrière du Vercors ainsi que le lac de Monteynard d'où, malgré la distance, nous parvient le son des hauts-parleurs de la ligne d'arrivée.


Las, l'arrivée est encore à une vingtaine de km et il faut descendre ce Sénépy avec des jambons qui viennent de prendre cher et qui refusent le moindre choc en descente. Les dames s'envolent et je sais que souffler n'est pas jouer donc il faut que je suive ces femmes tant bien que mâle. C'est dur.


Les filles ont parfois près d'un km d'avance sur moi et bien que je sois dans le plus grand alpage organisé de France, je m'efforce de ne pas brouter et de prendre le taureau par les cornes. Mes deux blondes m'attendent toujours à un moment et elles m’emmènent tranquillement au ravitaillement où, comme à l'accoutumée, nous sommes royalement accueillis par de nombreux bénévoles proposant un assortiment solide et liquide plus que suffisant. C'est au ravitaillement de l'alpage que Jean-Michel nous rejoint. Il est cuit à point mais sa longue expérience de trailer va lui permettre de mijoter encore un moment. Nous allons le distancer encore plusieurs fois mais il ne sera jamais loin. 


Le passage par Mayres-Savel nous permet de grimper encore un peu puis c'est la descente vers les passerelles. depuis la descente du Sénépy, nous tournons à une vitesse horlogère de 5,3 de moyenne ce qui nous permettra à coup sûr d'éviter la barrière de déviation de la Côte Rouge calculée sur 5km/h.

Encore heureux car deux jours avant, j'avais appris en discutant avec deux bénévoles que le trail qui devait faire 67,5 km avait été ramené à 64,5 km pour cause de coupe du Monde de foot. "Y'a plus que le foot qui compte" m'avaient-ils dit en haussant les épaules d'un air fataliste avant de reprendre leur travail.


Passerelle du Drac, je dis aux filles que le reste c'est du gâteau. Un peu dur le gâteau quand même car il fait très chaud et le les côtes du tour du lac sont comparables à ce qui se fait de plus dur chez moi. La vue sur le lac est magnifique. Rien que du bonheur le dos en compote et les jambes en palissandre.


Passerelle de l'Ebron, plus que la Côte Rouge et c'est du gâteau avec de la Chantilly par-dessus. Nous sommes en avance sur l'horaire, que demander de plus...


C'est au ravitaillement suivant que nous attend la mauvaise surprise : le chemin de la Côte Rouge est barré par des cerbères qui nous enjoignent de rentrer par la route. Devant notre incompréhension face à ce changement des règles en cours d'épreuve, ils nous annoncent sans rire qu'il n'y a plus de médecin de course* et qu'il faut rentrer au plus court. J'essaie de m'insurger et on me menace de disqualification, ce qui me fait ni chaud ni froid. Les filles me calment cependant et me convainquent de rentrer comme indiqué. Je suis colère, j'ai les abeilles et ça me redonne soudainement des jambes. Trop de jambes car s'il m'en est poussé une ou deux de plus, Jean-Michel n'en a plus beaucoup et nous l'attendons sur le chemin du retour, chemin sur lequel ne se trouve ni indication ni marquage. Nous nous sentons complètement livrés à nous mêmes. Nous ne sommes pas les seuls et les concurrents détournés arrivent de tous côtés, parfois au milieu des voitures.


Quand on est un lutin, il faut toujours essayer de faire contre mauvaise fortune bon cœur et nous faisons notre arrivée main dans la main, heureux de cette nouvelle aventure collective.

61,87 km et 3549m de D+
(Photo organisation)

C'est en arrivant que nous comprenons le pourquoi du raccourcissement de la course : le fameux match France contre un pays étranger est commencé et une grande partie du public et des bénévoles se presse dans la tente de ravito transformée en salle de projection du match de finale de Coupe du Monde. Seuls quelques rétifs au ballon rond nous applaudissent à l'arrivée et il est bien difficile de se frayer un chemin pour aller quémander un verre d'eau sous la tente surchauffée par la ferveur footballistique nationale. Je me garde bien de faire une remarque de peur d'être crucifié sur un montant de but, brûlé vif sur un barbecue ou noyé dans de la bière tiède.

Pendant que la fête du ballon bat son plein (c'est les Français qui ont gagné contre les pas Français), rejoints par le grand Jéjé déjà arrivé, nous allons nous rafraîchir les gambettes dans le lac pendant que ma chère femme nous attend sur la plage.

Jean-Michel, un (vieux) Lutin, Sandrine, Jéjé, Katia
Photo josette

Ma chère femme qui a eu l'idée géniale d'amener la voiture au bord du lac, nous évitant de grimper jusqu'aux parkings coureurs qui se trouvent à deux km de là. Riche initiative car le système de navettes prévu par l'organisation bat de l'aile, certains chauffeurs n'assurant plus les rotations, fascinés par le foot, les autres finissant par jeter l'éponge.

Après une heure de route en lacets, je me sépare de mes compagnes et compagnons de course en remerciant à nouveau les filles pour leur gentillesse et leur patience envers un vieux coach en fin de carrière. Elles me surclassent de très loin et j'en suis heureux car j'ai participé un temps à leur ascension même si c'est leur talent et leur opiniâtreté qui a fait la plus grande partie du boulot. 

******

J'ai été bien coaché finalement car le lendemain je randonnais à plus de 2000m au Lac Fouchu en compagnie de ma Josette. J'avais presque retrouvé mes membres... enfin ceux qui me servent à marcher.



******

* Après l'argument de l'absence de médecin que j'ai entendu à ce moment, j'ai ensuite entendu celui du manque de poches de sérum physiologique puis de la décision du médecin de raccourcir la course pour cause d'un trop grand nombre d'abandons. A mon départ du site, plus d'une heure après mon arrivée, des concurrents arrivaient encore de partout : par la route, par le sentier de la randonnée et même par le circuit de la Côte Rouge** sans qu'un seul bénévole ne les aiguille. En ce qui concerne le problème des navettes, j'ai surpris la conversation téléphonique animée d'un chauffeur qui disait bosser depuis 5h du matin et qui allait stopper ses rotations furieux du fait que certains collègues avaient déserté au profit du match de foot.

**A l'analyse des résultats on s'aperçoit que 30 à 50 coureurs classés sur le 65 km qui sont passés derrière nous n'ont pas été détournés car pour 3km de plus, ils finissent jusqu'à 2h30 après nous ce qui montre bien que la décision de détournement était arbitraire et, pire, temporaire.

vendredi 6 juillet 2018

Trail des Rescapés

Port du Palais

Il est des lieux qui vous appellent, il est des îles auxquelles on appartient. Il y a pile dix ans, je découvrais Belle-Ile-en-Mer lors du Trail des Naufragés, une "petite" course de 72 km (et 1900m de D+ !!!) entre amis organisée en l'honneur du grand Pascal dont c'était alors les 50 ans. J'en avais deux de plus et je pétais le feu ; heureusement car j'avais effectué les 30 derniers km en m'hydratant exclusivement à la bière. Il fallait oser. J'avais fini limite malaise vagal mais j'avais fini.

De ce trail, j'avais gardé un souvenir émerveillé et je m'étais juré de remettre le couvert à l'occasion. Oui mais voilà, en cette fin mai 2018, il s'agissait de fêter les 60 ans du même grand Pascal. Le temps avait passé ou plutôt le temps nous avait passé dessus et ça allait être une autre paire de manchons...



20 mai 2018

De G à D : Christian, Pascal, Eric, Thierry le jeune, Thierry le vieux, Gaëtan, Ricounet, Joël, Ricounette, Jérôme, Katia, Sandrine, Mireille

Il est 6h30 du matin, tout le monde sourit sauf moi, je me demande ce que je vais encore inventer comme excentricité pour me faire mal. J'ai un don pour cela. Bien que je ne me considère pas digne d'un don, je sais pertinemment qu'il y aura toujours quelque chose qui cloche.

Du Gouerc'h à Port Guen, c'est un tout petit bout de route, le reste se fera sur le chemin des douaniers dans le sens inverse d'il y a dix ans. Le soleil montre vite son nez rouge : la journée sera chaude. Le groupe reste uni durant un moment.


La première étape nous emmène à Port Maria à une quinzaine de km de là. Les falaises ne sont pas encore bien hautes mais cependant la Belle ne se livre pas sans efforts de notre part. 


Port Maria, notre Team Assistance auquel je rends un vibrant hommage nous attend pour ce passage délicat. En effet, un effondrement du sentier nous oblige à un peu d'escalade ou à cheminer dans l'eau. No problem, je n'ai pas le vertige.

Photo Barbara

Le ravitaillement suivant et repas du midi se trouve à Kérel après 31 bons km. Nous nous constituons en petits groupes et je cours un bon moment avec Eric, Jérôme, Katia et Sandrine. Ces dernières préparent le 61 km d'Ecouves début juin  (dans deux semaines !) avant de courir les 177km de l'Ultramarin du Morbihan à la fin du même mois. Excusez du peu. Katia me rassure, elle feront ça cool car c'est le hors-d’œuvre avant le Trail des Passerelles (65km) mi-juillet, la TDS du Mont-Blanc en août (125 km) et surtout la Diagonale des Fous en octobre qui ne fera que 164 km cette année avec à peine 10 000 m de dénivelé. Ouf, je suis rassuré les filles ! 


Au bout d'un moment, je distance mon groupe pour gambader seul sur les fabuleuses falaises frangées par un océan allant de l'outremer au turquoise. Une infinité d'azurs propres à soigner les bleus à l'âme. La solitude n'est pas mon amie mais je me surprends à apprécier ce jeu de montagnes russes sur les sentiers de cette magnifique île qui, j'en suis sûr, est hantée par un esprit puissamment féminin, esprit auquel je ne puis résister. Et si Vindilis comme on appelait Belle-Ile au temps des Romains était le nom de cette île du bout du monde où Calypso retint Ulysse durant dix années ? 



J'arrive très joyeux au ravitaillement du midi sur la plage de Kérel. En peu de temps, une grande partie de la petite troupe nous rejoint pour le déjeuner. 

 Photo Barbara

C'est à ce moment que l'euphorie ambiante me fait accomplir l'excentricité du jour : je me confectionne et engloutis deux énormes sandwiches aux rillettes avec plus épais de rillettes que de pain. Je tasse cela avec du taboulé et du riz au lait. J'ai les dents du fond qui baignent dans le gras et j'ai encore un marathon à effectuer sur des chemins plus que raides.

Et d'ailleurs, la remontée en plein soleil après Kérel est très pénible. Je sens illico la charcuterie instaurer un dialogue tendu avec mon estomac et ma vésicule biliaire, discussion qui va, au fil du temps, s'enflammer et dont mon œsophage gardera une cuisante trace tout au long de la semaine qui suivra.

J'ai retrouvé mes quatre camarades du début et je les suis encore avec aisance, je tiens à les faire s'arrêter un instant pour admirer les aiguilles de Port Coton chères à Claude Monet :



Puis c'est la belle plage de Donnant avec ses dunes et ses surfeurs :


Restant un moment sur place, nous sommes bientôt rejoints par le reste de la bande. Au redémarrage, mon système digestif me fait comprendre qu'il va être nécessaire de lever le pied avant d'être obligé de baisser pavillon. C'est à ce moment que le grand Pascal et son chaperon Joël me dépassent frais comme des gardons, gambillant comme des poulains nouveaux-nés. Nous approchons de l'Apothicairerie et du 50ème km.

Le grand Jérôme, s'apercevant de mon état plus qu'incertain marche un moment avec moi pour me soutenir. J'ai les tuyaux en feu mais la marche me fait du bien. De l'Apothicairerie à la Pointe des Poulains, j'ai décidé de ne pas courir et mon système digestif semble d'accord.


Au bout d'un moment, je finis par dire au long quadra qu'il a plus à faire avec des blondes qu'avec un sexagénaire clopinant ; Jérôme rejoint donc les filles et je me dirige tranquillement vers le Phare des Poulains et la célèbre maison de Sarah Bernhardt. A nouveau, cette étrange impression de sérénité m'envahit, je suis seul mais calme, ça ne me ressemble pas.


Des Poulains à Sauzon, il n'y a que cinq km que je parcours seul hormis le moment où je retrouve le grand Pascal, notre impétrant presque poutré toujours accompagné du fidèle Joël, 66 ans et toutes ses jambes. Comme je me sens nettement mieux, je me remets à courir en approchant de Sauzon.


Le dernier ravitaillement a lieu sur le port, je me contente d'eau alors que Pascal qui arrive peu de temps après s'essaie à la cervoise qu'il ne finit pas. On n'est pas encore à la mise en bière car le néo-sexa est solide mais la chaleur et le terrain ont plus qu'entamé sa fraîcheur. Nous ne sommes plus que huit sur le circuit : Eric est parti bien vite, la fumée lui sortant des oreilles, il va arriver les jambes en marbre et le carter à court d'huile mais il va arriver... Jérôme, Katia et Sandrine filent vite effectuer les 13 km de montées-descentes continuelles qui restent rapidement rejoints par Thierry le jeune. Et moi, j'ai bizarrement retrouvé la forme. Il faut dire que les rillettes ont terminé leur voyage de six heures dans mes tuyaux surchauffés. Je me sens ragaillardi, requinqué, ravigoté. Je pourrais suivre mes fées blondes mais je connais la difficulté de la fin du voyage et il fait encore bien chaud... 



Et puis, dix ans avant, j'avais achevé mon périple avec Pascal alors néo-quinqua. C'est donc en sa compagnie que je décide de finir l'aventure. En sa compagnie et celle de son fidèle Joël qui ne l'a jamais quitté. Nous voilà trois sexagénaires marchant en direction du Palais ; Pascal mutique ne produisant qu'un grincement mécanique au niveau d'un genou, Joël et moi devisant sur le temps qui passe et la philosophie de la vie. Ces trois dernières heures sont pour moi un moment de temps suspendu propre à la rêverie où la poésie du temps qui passe adoucit les angles du destin. Belle-Ile me parle à nouveau et ses féminines rondeurs me soulagent de bien des maux.


Pascal est las, éreinté, vidé, rincé, lézardé, fourbu, moulu, recru de fatigue mais pas abattu. Je lui parle de temps en temps et il me répond par de lents gestes économiques. 


Le port du Palais et son petit phare à toit vert sont en vue, la boucle est bientôt bouclée mais il me reste une photo à faire en arrivant à la cité Vauban, ultime étape de notre tour de Belle-Ile-en-Mer :


Qu'elle est longue la route et bien sombre la porte
Ton cœur empli de doute, tu ne sais ce qu'apporte
Cette vie, cette lutte, dure et tendre à la fois
Tu n'en sais pas le but, tu n'as fait que des choix
Dans le rouge du soleil, tu te retournes enfin
A nouveau t'émerveilles : Qu'il est beau le chemin !



Un grand merci à notre Team Assistance : Josette, Mireille et les deux Cathy sans lesquelles cette aventure n'aurait pas eu lieu.