mercredi 23 octobre 2013

Marathon de Vannes 2013

De retour au pays du soleil couchant


 Vendredi

Quelle belle journée, ce vendredi 18 octobre ! Je quitte l'école en T-shirt pour rejoindre ma Josette qui a préparé notre voyage en Bretagne. La météo est prometteuse et mon humeur primesautière. C'est sûr, ce weekend a des promesses d'été indien. Il va faire beau et, en plus, je vais donner une leçon à mon petit camarade François qui s’enorgueillit de son temps de 3h29 au marathon de la Liberté. Oh, pas une correction, non ; il est trop mignon, mon François. Juste une petite minute d'avance pour lui montrer qui est le Lutin.  C'est vrai, il a douze ans de moins que moi et je ne me suis pas entraîné sur un objectif de 3h30, préparant les filles pour 4h00 au marathon de La Rochelle mais quand même, je suis sûr de moi : le gamin, il va me cirer les pompes dimanche soir.

François nous a trouvé un petit cabanon confortable sur une hauteur à 150m du départ du marathon :


Le chafouin veut faire son modeste et cherche à nous faire croire qu'il s'agit d'une location effectuée par ses soins mais je finis par m'apercevoir à l'extrême déférence du personnel envers mon compagnon et son épouse qu'il s'agit en réalité de sa propre résidence de vacances en Bretagne. Je ne me laisse pas impressionner, j'ai moi-même une caravane Sterckeman dans un hangar près de Soulac, et c'est une quatre places !

Vicomte François-Pierre de Séez

Cela dit, le service et l'accueil sont remarquables en tous points et nous nous apprêtons à passer d'excellents moments avec François et Murielle.

Samedi

Vannes est vraiment une très jolie ville et nous décidons de passer la matinée à la visiter entre deux légères averses.

 

Pas de panique, je me dis, il faut mieux que ça tombe aujourd'hui que lors du marathon, et puis en Bretagne, c'est bien connu, il fait beau plusieurs fois par jour.

Et l'après-midi me donne raison lors de la balade dans le Golfe aux 365 îles :


Vraiment, la Bretagne est une terre de contrastes à la beauté toujours renouvelée qui m'inspire constamment un sentiment de reconnaissance pour sa générosité.


C'est sûr, tout va bien se passer demain et mon petit François aura sa leçon ...

Dimanche

La chose est convenue : je m'abreuverai à chaque station alors que François se fera ravitailler en vol par son épouse.


Nous ne courrons pas vraiment ensemble mais nous allons nous croiser régulièrement au moment des ravitos. Hi hi, je me gausse car, évidemment, ma stratégie est la meilleure mais laissons la jeunesse faire ses expériences ...

Le départ :

 

Damned ! Le François part sec et je m'évertue à le suivre à un bon 12,3 km/h de moyenne. Dès après le cinquième kilomètre, nous nous retrouvons à courir parmi les chemins du Golfe poursuivis par un hélicoptère qui nous assourdit de longues minutes. Le terrain n'est pas facile car constitué de sable stabilisé, surface qui a l'inconvénient d'absorber une bonne partie du rebond de la foulée. Heureusement qu'il ne pleut pas car ce revêtement pourrait alors se transformer en crève-marathonien au deuxième tour, pensè-je en voyant le panneau du trentième kilomètre qu'il faudra bientôt recroiser.

Retour dans le port pour un dixième kilomètre en 48 minutes. C'est raisonnable. Jusqu'au semi en 1h43 minutes, tout se passe comme je l’avais prévu. François et moi nous jouons au yoyo et je suis sûr que je vais le poutrer gravement en lui montrant ce qu'est un negative split.

Dix et semi :

 

C'est peu de temps après le semi que la météo nous rappelle que nous sommes en bord de mer ...


La vache ! Ils appellent ça des embruns ? Moi, j'appelle ça une claque ! Quand je suis atteint par la première averse, je ne puis m'empêcher de pousser un cri de saisissement. Je suis instantanément transformé en serpillière à l'instar des coureurs de mon entourage. Les bretons rigolent et je serre les dents. Les chemins sont devenus spongieux et je pioche pour garder le rythme qui s'avachit progressivement à partir du vingt-cinquième kilomètre. Vais-je partir comme une bouse délavée ou vais-je tenir ? A chaque passage devant les épouses, j'essaie de faire bonne figure mais je me suis fait sèchement reprendre par la météo ... si je puis dire.

Allez Lutin, dis-toi bien que le François, il en bave autant que toi. Le gamin n'est pas plus étanche que toi, non ?

Au trentième, la pluie redouble pour nous accompagner jusqu'à la fin. J'ai l'impression de courir sur des éponges et je ne sais où je trouve l'énergie de pousser sur les quilles pour maintenir une moyenne de 11,8 km/h. Il n'est pas vaillant le Lutin mais il survit, ce n'est pas si mal ...
 Je ne souris pas, j'ai mal.
François s'est envolé et, malgré mon mauvais esprit, je ne peux m'empêcher d'être content pour lui, preuve que je suis mentalement diminué.

Je n'ai même pas une pensée pour nos héroïques épouses qui supportent comme nous la furie des éléments et qui nous encouragent à chaque point de rendez-vous. Mon esprit est trop détrempé pour cela.

De vingt-cinq à quarante kilomètres :

 

 Mais ça n'en finit pas ces terrains imbibés et tous ces "Floc Floc" ! Par pitié, du goudron ! Enfin, deux petits kilomètres de surface dure, je suis trop épuisé pour retrouver mon rythme et ce n'est que sur le stade d'arrivée que je monte à plus de treize à l'heure, me bottant verbalement les fesses pour m’obliger à accélérer.

3h35'58" dans la douleur : le chrono ne serait pas humiliant si le François ne m'avait poutré de presque six minutes !!! Mais à quoi ça sert d'être vieux et expérimenté ?

Pas moyen d'attendre les épouses dehors, il pleut trop. Nous nous réfugions dans le gymnase où elles finissent par nous apporter des vêtements raisonnablement secs. François ne mesure pas encore la portée de sa perf qui correspondrait à 3h25 dans des conditions normales ; quant à moi, je suis plutôt sonné. A nous voir, on pourrait penser que le marathon nuit gravement au QI :


Lundi

Ce n'est qu'après une nuit réparatrice que nous retrouvons figure humaine. La Bretagne, bonne fille, nous délivre quelques rayons de soleil lors de notre dernière promenade commune. Je retrouve enfin l'esprit Lutin qui m'a manqué la veille.


Raccompagnant François et Murielle à la gare, je rumine la leçon que je viens de prendre, oscillant entre la résignation qui me pousse à ne plus avoir que des objectifs à ma portée et l'envie de m'attaquer à nouveau aux impossibles montagnes du temps qui passe inexorablement.

Bon, pour le moment, le Lutin est petit et François est grand ...

... pour le moment !

 

Merci à ma Josette pour ses photos et sa patience
Merci à François et Murielle pour l'aventure et l'amitié
Merci à la Bretagne pour être ce qu'elle est


5 commentaires:

  1. c'est un récit vivant,en temps qu'ancien marathonien si tu appliques la régle tu as 3 mn de retard sur le semi pour faire 3h30,mais il y a les conditions climatiques à prendre en compte, cela reste une belle perf.pour un mec de 57 ans....Riah50

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  2. BRAVO A TOI car par ce temps pas facile a ds une semaine sur les cross .....lydie et christian

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  3. Bravo pour votre blog, il me donne envie de m'y remettre.
    José.

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