mercredi 7 mai 2014

Trail Landes et Bruyères 2014

De Grès ou de Force


"Cap Fréhel-Cap d'Erquy : 33 km sur la côte de grès rose avec seulement 450m de dénivelé, c'est cadeau !" C'est ce que je me disais à Plévenon en attendant le départ.


Ayant enfilé des chaussettes aux couleurs du terrain, je m'apprête à accompagner bonhommement mon cher Erick qui est venu soigner son tendon d'Achille en courant ce trail à une moyenne maximum de 8 km/h mais mon rognologue préféré, prudent et pragmatique, m'a gentiment signifié que courir avec un lutin aux basques n'est pas chose prudente pour un convalescent dans son ETA. Il me faut donc changer mon fusil d'épaule et reprendre mon costard de gynécoach en accompagnant Katia, tâche plus ardue comme je vais le découvrir in fine.


"Tiens, salut le Lutin !" C'est Robocop41 qui m'interpelle. On s'est vu en 2011 au marathon de Cheverny. Le Jean-Claude est un sacré gaillard qui finira 1er V4 de la course. Il a l'air d'être au courant de ma prochaine retraite et de mon futur statut de grand-père. En voilà encore un qui lit mon blog, ça fait plaisir !

Départ : 14h00


Quatre kilomètres de campagne pour étirer les quelque mille coureurs, je laisse Katia prendre un rythme de 11 à l'heure, sachant que sous les 12 de moyenne, on ne va pas l'éviter le bouchon.

Et le voilà le bouchon ! Bon, on ne va pas chipoter pour deux minutes d'attente car c'est ici que débute Landes et Bruyères, un des plus beaux trails de France.


De Fort La Latte au Cap Fréhel, c'est la chenille qui redémarre. Le paysage est splendide mais gare à celui qui admire le paysage car il faut faire gaffe où l'on met les pieds...


Intermède 1 : le Fort La Latte
Photo Lutin

Le château de la Roche-Goyon dit "Fort la Latte" fut construit au XIVe siècle par le seigneur de Matignon, Étienne III Gouÿon. La construction du château commença dans les années 1340, son donjon date des années 1365-1370.
En 1379, suite au retour d'exil du duc de Bretagne Jean IV, le château fut assiégé par Bertrand Du Guesclin. Le château est attaqué et pris une seconde fois lors des guerres de Religion au XVIe siècle, cette défaite marquant un temps d'abandon de l'édifice. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle, sous Louis XIV, que le château reprend son intérêt stratégique et est bastionné.
Il servira jusqu'à la fin du Premier Empire où l'évolution des techniques militaires conduisit à son inadaptabilité. À partir de 1892, il fut vendu à divers propriétaires privés avant d'être acheté par un passionné en 1931 qui entreprit de lourds travaux de restauration qui s'achevèrent dans les années 1950. (Texte : Source Wikipédia)


Katia n'est pas difficile à coacher car pourvue d'une volonté peu commune héritée de ses origines catalano-bretonnes. Je la laisse gérer son allure comme elle l'entend, donnant juste quelques conseils techniques et lui indiquant certaines cibles pour la motiver comme ces deux talentueuses jeunes jumelles alençonnaises que nous allons poursuivre une bonne moitié de l'épreuve.



 Nous atteignons le premier quart de la course à un bon 11 de moyenne, le terrain est facile si l'on prend soin d'éviter les nombreuses roches affleurantes. Malgré un bon litre d'eau embarqué dans son Camelbak, Katia s'arrête dès le premier ravitaillement du Cap Fréhel pour s'hydrater. Sage décision que beaucoup n'observeront pas au vu des nombreuses crampes dont nous entendrons les  couinements jusqu'au Cap d'Erquy.

Intermède 2 : le Cap Fréhel



Le Cap Fréhel présente sur son littoral des falaises de grès rouge majestueuses qui dominent la mer à plus de 70 mètres de haut et vous offrent un magnifique panorama.
Au détour d’une balade sur le flanc Est, au-dessous de la falaise, vous apercevrez l’énorme rocher de la Grande Fauconnière, en forme de tour penchée, une multitude d’oiseaux car l’espace du Cap Fréhel est une réserve ornithologique ( guillemots, pingouins, huîtriers pies, cormorans huppés, mouettes tridactyles,  goélands marins et  goélands bruns).
La lande du Cap Fréhel est un des sites les plus visités de Bretagne. Le Cap est classé depuis 1967. Aujourd’hui toute construction est interdite et le site est protégé. (Texte : Source office de tourisme de Fréhel)

la Grande Fauconnière (photo Lutin)

Et c'est reparti...


Quatre kilomètres de sentier des douaniers, nous terminons notre pain blanc avant d'aborder les premières difficultés, en l'occurrence les passages sur les plages qui seront au nombre de sept, un bon casse rythme qui nous sera finalement assez favorable. Pointée dans les 530 vers le 15ème km, Katia va gagner environ 80 places dans la deuxième partie plus technique de la course.


Excellente surprise, alors qu'elle vient d'avaler deux plages de sable, Katia est accueillie par son fan-club familial. "Allez Maman !" crient ses quatre enfants (dont trois ont dû me supporter comme maître d'école). 


C'était le carburant qu'il fallait, Katia passe en quatrième et je suis obligé de faire plus attention à mon rythme. Jusqu'ici, je faisais le kéké, m'arrêtant pour prendre des photos, piquant des sprints  tout en commentant le paysage ; à partir de ce moment, les 16 années qui me séparent de ma camarade commencent à me peser.


Mitan de la course. C'est à ce moment que nous rattrapons les jumelles qui auront le bon goût de terminer 75 places derrière nous. 


Entre Pléhérel et Sables d'Or, la course emprunte un bois sur près de 2000 m pour contourner la dernière carrière de grès rose de la région ; un peu d'ombre est bienvenue.

Intermède 3 : le grès rose d'Erquy

Photo Lutin

Contrairement au granit rose (ne pas confondre !), issu du refroidissement du magma, le grès rose d'Erquy est le fruit d'une superposition de couches de sables, datant de 470 millions d'années. Sa couleur rosée, due à la présence d'oxyde de fer, et sa dureté en tant que roche siliceuse, en font un matériau noble surtout employé au début du XXe siècle dans la construction et le pavage des rues. Il donne un charme tout particulier au bâti local ancien. (Source : Erquy tourisme)

La dernière carrière exploitant cette très belle pierre est la carrière du Routin située sur la commune de Fréhel à proximité de Sables d'Or les Pins. La concession d’exploitation court jusqu'en 2022, date à laquelle l'extraction cessera.

Photo Lutin

De plages en remontées sur le sentier des douaniers, nous arrivons bientôt en vue de la chapelle St Michel après avoir traversé l'estuaire de l'Islet. Katia passe la cinquième au moment où je commence à ressentir les premiers signes de fatigue.


Ma camarade, boostée par les encouragements répétés de sa famille régulièrement postée aux endroits stratégiques, semble en pleine forme alors que la chaleur est en train de me transformer en chamallow vieillissant. Je ne suis pas le seul, nous croisons de nombreux flandrins calcinés et perclus de crampes.

  
C'est en remontant de la plage du Guen que nous rejoignons Jean-Claude, notre Robocop41. Il reste 6 km et Katia va réussir l'exploit de prendre plus de 2 min au km à ce sportif exceptionnel de longévité. Il faut dire que nous abordons le Cap d'Erquy et qu'il s'agit de son terrain d'entraînement de vacances, sa famille habitant la commune. A partir de cet instant, notre bretonne laisse parler sa Fúria Català. Rien ne lui résiste et surtout pas les quatre ou cinq filles qui la précèdent.


Intermède 4 : L'azuré des mouillères

Dans la lande humide du Cap d'Erquy, vit un petit papillon  dont la chenille a de drôles de mœurs !



  Photo François Spill

Ce papillon vit dans les milieux humides où pousse la Gentiane pneumonanthe. Sous leur brève forme d’adultes, les papillons s’observent pendant la période de floraison de cette gentiane, de mi-juin à fin septembre.
La chenille a une technique pour se nourrir tout à fait étonnante ! Les premières semaines de sa vie, tranquillement installée dans la fleur, elle mange les graines en formation de la Gentiane pneumonanthe puis se laisse tomber au sol où elle reste jusqu’à ce qu’une fourmi du genre Myrmica croise sa route. La chenille sécrète une substance imitant à la perfection les phéromones émises par les fourmis. Elles la considèrent donc comme l’une des leurs et l’emportent dans la fourmilière où les ouvrières la nourrissent comme s’il s’agissait d’une de leurs larves. 1 à 2 ans après, devenue papillon, l’Azuré des mouillères est beaucoup moins vorace et se contente de nectar de fleurs. (Source texte : Aveyron environnement)


 

Je peine de plus en plus à suivre Katia qui effectue moult descentes acrobatiques à décoiffer les chauves. Nous passons devant les lacs bleus puis effectuons une dernière boucle durant laquelle nous doublons une dernière féminine puis nous plongeons littéralement à 14 à l'heure vers le port.


3h27min56s : 10ème V1F sur 70. Katia vient d'effectuer la meilleure performance de sa récente carrière de coureuse à pied. Si elle a besoin d'un petit moment de récupération, je m'aperçois pour ma part que je suis à la limite de la surchauffe. Pas toujours facile de faire le coach.

Quant à mon cher Erick, il boucle ses 33,5 km en 4h08' à exactement 8 km/h comme annoncé. Ravi, il m'annonce qu'il en a pris plein la vue sur ce magnifique trail.



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