mercredi 1 juin 2016

Marathon de Poitiers-Futuroscope 2016

On dit toujours que la vie ne nous fait pas de cadeau, et c'est vrai. On ne peut pas vivre tant de décennies sans plonger à un moment ou à un autre dans l'encre noire de la tristesse, du désespoir ou du deuil. Et pourtant, je continue de l'aimer cette vie parfois si ingrate car, si l'issue est bien connue, le chemin reste à découvrir et ce chemin passe parfois par un ruban magique de 42,195 km de long.


Il y a deux ans, j'avais promis à Carole que pour ses cinquante ans (qui correspondent à mes 60, malheur de moi !), je l'entraînerai et l'accompagnerai pour son premier marathon. A sa demande, nous choisîmes un objectif atteignable : 4h30 et trois mois de préparation à raison de trois séances par semaine :

Dimanche : le long (1h30 à 3h00) en campagne


 Lundi : la récup (55min) en ville


Jeudi : la piste (1h00 à 1h20)


"With a little help from my friends" aurait pu être l'hymne de ces trois mois car il y eut toujours du monde pour nous accompagner dans ce trimestre de préparation. 

En tant que coach, j'ai une fois de plus beaucoup appris car chaque individu est unique et chaque plan d'entraînement doit s'adapter à la personnalité du sportif. Cette fois-ci, les réglages furent assez longs à trouver jusqu'à ce que je comprenne que Carole avait besoin d'une certaine liberté de gestion de sa propre course, le but étant de finir le marathon en bon état sans tension ni contrainte.

Le Jour J



Nous sommes onze Alençonnais à nous élancer sur le marathon, les plus pressés se sont mis devant, quant à Carole et moi, nous avons choisi l'arrière du départ ainsi que Thierry, son compagnon et Cathy qui accompagne Véro qui court elle aussi son premier marathon. L'ambiance est bonne mais je sens cependant une certaine tension..

 Le départ :
 


Le départ en forme d'entonnoir nous permet de prendre notre temps (7'10 au premier km) et nous nous retrouvons un moment derrière le fanion des 5h00 qui me paraît de toute façon aller un peu vite puis nous le doublons. Je laisse Carole progresser librement au rythme qu'elle a acquis à l'entraînement en l’avertissant de temps en temps quand elle passe les 10 à l'heure. Nous passons ensuite les deux meneurs d'allure des 4h30, j'estime à ce moment que courir dans un groupe générera plus de gêne que de sécurité à Carole. Il faut dire qu'avec deux Thierry à son service, elle peut se sentir en sûreté. Dès le troisième km, nous tournons entre 6'00 et 6'10 au km. Le métronome est en marche et j'en profite pour me distraire en causant un peu. On fait toujours de belles rencontres durant un marathon...

Parcours en ville
5 au 15ème km



Enfin la campagne ! Le parcours en ville, succession de côtes et faux-plats n'a apparemment pas entamé Carole qui progresse sans effort apparent. Nous continuons de côtoyer divers coureurs, réguliers comme nous, avec lesquels je taille évidemment le bout de gras comme Robert et Véronique qui courent en couple ou la jeune Hélène qui court elle aussi son premier marathon accompagnée de son chevalier servant.

Nous arrivons bientôt au semi-marathon en 2h12'30. A partir de ce moment,  Carole se met à doubler régulièrement des concurrents dont les jambes deviennent lourdes alors qu'elle touche toujours aussi légèrement le sol. Je la laisse gérer elle-même les arrêts aux ravitos qu'elle préfère relativement longs (autour de la minute) ce qui ne change absolument rien à son rythme puisqu'elle rattrape ensuite systématiquement les groupes qui se sont ravitaillés en vol. 

Le fameux 30ème km arrive vite et je sais que la partie est gagnée...

Du semi au 30ème km

 

Quand je lui en fais la remarque, je m'aperçois que Carole, toute en concentration, ne réalise pas qu'elle passe son temps à rattraper des tas de coureurs ou marcheurs comme Maxime qui est parti à 11 à l'heure et qui, maintenant, plafonne à 9 km/h, ce qui reste une exploit en marche athlétique. 

J'aperçois bientôt le t-shirt rouge de notre ami Mickaël qui marche avec une paire de semelles à la main. Il nous explique qu'il souffre d'une inflammation de la plante des pieds et qu'il a enlevé ses semelles de propreté. Je l'enjoins à nous accompagner, ce qu'il fait volontiers, les panards fumants mais le moral en hausse.

L'organisation a prévu un grand nombre de ravitaillements et Carole décide de s'arrêter à tous, il se met à faire effectivement un peu lourd. A chaque fois que je crie "Thierry ravito", Thierry pique un sprint pour pouvoir servir sa compagne dès qu'elle arrive. Entre le 30ème km et la fin, Carole se ravitaillera ainsi sept fois. Au total, Thierry a piqué 16 "ravito-sprint", quel dévouement !

 Du 32ème au 40ème km

 

Comme s'il n'y avait pas eu suffisamment de petits casse-pattes au début du marathon, les quatre derniers km alignent une série de raidillons sur lesquels marchent de nombreux concurrents. Je précise bien à ce moment à Carole que le marathonien est fier et qu'il ne s'arrête que pour se ravitailler, en conséquence, elle est priée de courir dans chaque côte, ce qu'elle fait consciencieusement, passant par là-même des petits groupes épuisés mais cependant satisfaits de sentir l'écurie à proximité. J'encourage systématiquement les personnes dépassées à repartir derrière nous, ce que font certains comme Ramdane qui profitera du petit train pour finir juste derrière moi.

Carole m'avouera plus tard qu'elle n'a souffert que dans ces quatre derniers kilomètres casse-pattes et étouffants. 

Photo ma Josette

L'arrivée est ponctuée par les encouragements de la famille et des amis, nous sommes d'abord rejoints par Thomas qui vient accompagner sa Maman en ce jour de fête des mères puis par ma Josette et la jeune Jane qui encouragent chaleureusement la nouvelle primo-marathonienne.

Contrairement à mon habitude qui consiste à coacher comme un barbare en hurlant à la fin du marathon, je me mets en retrait et me contente de filmer l'arrivée en prodiguant juste quelques encouragements :

Les derniers mètres

 

4h25'16 de temps officiel, 4h23'42 de temps perso et seulement 16 secondes de différence entre le premier semi et le second malgré les nombreux ravitos de la fin. Mission accomplie !


Une médaille, un coupe-vent et deux pieds de melon...


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On dit toujours que la vie ne nous fait pas de cadeau et c'est vrai. Et pourtant, il est des chemins où l'on gagne encore plus à donner qu'à recevoir. C'est la vertu du ruban magique de 42,195 km que l'on appelle communément le marathon.




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