samedi 9 octobre 2010

Trail d'Ecouves 2009

Je suis une daube
Je suis une daube
Je suis une daube
Je suis une daube
Je suis une daube
Je suis une daube
Je suis une daube
  
Mon fils m'a dit l'autre jour : "Toi et tes copains ultra trailers, on dirait que vous jouez à qui aura la plus longue avec vos courses de plus en plus difficiles..."
Moi qui ne poutre qu'en dessous de 30 bornes, qu'est-ce que je fiche dans ces trails surdimensionnés taillés pour des surhommes et non pour des lutins courtauds d'âge canonique au mental en chamallow ? Mais qu'est-ce que je fais dans cette galère !
Le week-end avait commencé avec l'accueil de quatre kikoureurs dans ma caverne de lutin. 

Bambi l'Impératrice, Marioune la Loutre,
Tiga le calme et Tintinmar le nerveux qui poutre

Là, j'ai senti que ça allait partir de travers : les filles étaient trop belles et les gars trop sympas. J'ai été dévoré de jalousie tout le week-end !
Mais mon calvaire ne faisait que commencer !!!
Je passerai sur la pasta-party lors de laquelle je me suis ridiculisé par des pitreries déplacées, comme d'habitude. Je vais plutôt raconter ma course :


Caramba, encore raté !

 
Et pourtant, la veille je n'avais bu que de la bière, de la clairette et du champagne ! Je m'étais privé de rouge à table. Effort surhumain, euh... surlutin !
C'est donc confiant que je me suis présenté sur le lieu de départ en compagnie des kikous courant le 61 km. D'ailleurs, ça se voit que je suis confiant, j'ai l'air dominateur, on le constate sur la photo :

Breizhman, le grand Pascal, le GGO qui tient le Lutin, Al27, Mustang, Tintinmar, -loulou-

Je prends le départ en queue de peloton, non par prudence mais pour avoir le plaisir de dépasser les autres. Et c'est parti pour 61 bornes ! 


Les premiers quinze kilomètres du trail sont les plus roulants mais je ne me laisse pas entraîner, connaissant le terrain. Il fait beau et je musarde quelque peu en compagnie de la Mouette qui finit par s'envoler quelques temps après. Sûr de plumer le volatile au bout d'un moment, je laisse filer l'animal en jouissant par avance de sa mine déconfite quand je le repasserai au bout de 20 bornes. Las ! La Mouette terminera 40 minutes devant moi, le sourire au bec et la plume fraîche. J'enrage !
Pour le moment, il fait beau, je suis en forme et je progresse dans une nature qui m'est familière.


Rien à signaler jusqu'au parc animalier où je constate que les animaux se sont planqués à l'annonce de mon arrivée.


Après, ça se gâte un peu... Trop confiant que je suis, je rate une bifurcation et je file tout droit dans une combe que je remonte ensuite, constatant au bout d'un moment que la rubalise se fait rare... J'ai entraîné une autre coureuse avec moi et fait un bon kilomètre supplémentaire. Revenu sur le bon chemin, je m'apprête à m'excuser quand je constate que la dame regarde partout sur le sol si elle peut y trouver quelque caillou à me jeter. Je préfère m'éclipser...


Il fait toujours beau et j'ai assez de jambes pour rattraper mon retard. Je cours un moment avec un kikoureur qui m'identifie en tant que Lutin. Je confirme son impression en me vautrant aussitôt dans une belle flaque de boue. On ne se refait pas !
Ça va bien et j'ai une bonne surprise : j'aperçois une silhouette familière :


Le Mustang ! Quatre semaines après le 100 km de la Drôme, le canasson n'est pas trop frais. Il est à ma portée, l'équidé ! Je me rapproche.


Arrivé à proximité, je constate que l'animal a les carters qui cèdent et les pistons qui grippent. Je vais enfin pouvoir le poutrer sur une longue distance ! Je jouis !!!
A ce moment, je m'interroge cependant. Dois-je passer le percheron en ricanant, histoire de lui casser le moral définitivement ou alors dois-je l'accompagner les trente-cinq kilomètres qui restent, montrant ainsi que le Lutin est un héros superbe et magnanime; me plaçant par là-même moralement au-dessus de la mêlée grouillante des coureurs ordinaires.
Ma méchanceté naturelle me fait finalement choisir la première solution, laissant le Mustang agoniser doucement dans une sévère montée. Peu de temps après, j'arrive au ravitaillement de la Verrerie où j'essaie de convaincre Marioune de jeter des pierres au canasson qui ne va pas tarder à arriver. La Loutre n'a pas l'air d'accord. Tant pis, je repars vite car je viens d'apprendre que la Mouette n'est qu'à cinq minutes.
Tudieu, La météo se gâte ! L'orage annoncé se manifeste. Tant mieux, j'aurai moins chaud. La flotte c'est bon pour les Lutins (sauf au RAID28).


C'est la renâpée ! Je me courbe en avant et affronte l'adversité. L'orage est moins violent sur ce versant qu'à Radon et cela reste supportable. Bientôt, le soleil revient puis disparaît à nouveau, et ainsi de suite. C'est un temps de Lutin quoi !


Depuis un moment, je suis les jumeaux, deux frères qui ne se quittent jamais et qui commencent à avoir une sacrée expérience de l'ultra. C'est en leur compagnie que je grimpe la "cheminée du Mustang" où je suis accueilli par l'épouse du quadrupède qui m'annonce que son mari a bien récupéré et que son moral est au beau fixe. Je suis désappointé, je suis extrêmement désappointé !


Grrrr ! La Bête est à ma poursuite, je le sais ! Ma vilenie va encore se retourner contre moi, je le sens ! C'est contrarié que j'arrive au ravito du 40ème kilomètre.
Quarante bornes ! C'est aussi la limite au-delà de laquelle je passe de l'état de Ferrari rutilante à celui d'étron ramollo au mental de fondue savoyarde. Tiens, ça commence, j'ai mal aux pattes !
Je passe les étangs de Fontenai dans un état de plus en plus bizarre : je n'arrête pas d'uriner et je finis par m'apercevoir que j'ai les doigts qui gonflent tellement que je ne peux plus serrer les poings. V'là aut'chose ! Je n'ai pas l'habitude de les voir gonfler ces membres-là ! C'est quoi ce bazar ?
Deux fois de suite, des concurrents me font remarquer que j'ai une foulée de canard arthritique : "T'as l'air entamé, les jambes se font raides !"
Je me retiens de les frapper à cause de mes mains gonflées et je serre les dents. Je laboure, je rampe, je bave mais je suis devant le Mustang ! 
Tant bien que mal, j'arrive au ravito du 52ème et je repars en couinant. J'arrive enfin sur ma descente préférée : Le Rocher du Vignage.


Tu parles d'une descente ! Je trottine comme une vieille bique tuberculeuse. Je suis tellement usé que j'ai les génitoires qui tapent dans les cailloux du chemin. 
Enfin, je suis en bas et il ne reste que cinq bornes, je pourrais faire le chemin les yeux fermés.
Soudain... un hennissement. Enfer et tarte aux prunes, c'est le Mustang ! Et en pleine forme ! 


Le surhomme m'a rattrapé et maintenant il m'encourage à le suivre. "Laisse-moi mourir doucement, le cheval" dis-je la queue entre les pattes et le moral à l'intérieur des pompes.
"Que nenni, hennit l'ami  Mustang, je t'emmène jusqu'à Radon !" Et le voilà qui me fait passer de 7 à l'heure à 10 puis 12 km/h !
Je souffle, il rit. Je grince, il m'encourage. Je gémis, il est un ami...


Dans les films, il y a plusieurs façons de punir le Méchant. En général, il disparaît dans une explosion spectaculaire ou est écrabouillé par une machine quelconque. C'est propre, c'est net. Mais la pire chose qui puisse arriver au Méchant, c'est que le gentil lui pardonne et lui tende la main pour le mener vers la rédemption 

Voilà ce qui m'est arrivé ce dimanche à Radon : J'ai couru comme une bouse, j'ai fait preuve du sens moral d'une hyène chafouine et j'ai été obligé de remercier un héros de m'avoir montré le droit chemin. J'aurais mieux fait de me vautrer et d'exploser en bonne et due forme, j'aurais au moins fait pitié !

La course est finie, je baisse les yeux et interroge mes chaussettes roses qui ne me quittent jamais en compétition : "L'année prochaine, fais donc le 33 km espèce de nain merdu, t'as rien à faire dans la cour des grands !"  


"OK les chaussettes, on fera comme ça mais avant, rendez-moi mon moral." 

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