SOS Lutin service !
Hier,
arrivant juste du travail, v'là-t-y pas que je trouve sur la table de
la cuisine un drôle d'individu dans une boîte en plastique :

Un petit martinet noir qui était tombé du nid situé sous le toit côté façade sud de ma maison. Costaud le petit gars, il avait fait une chute de 7 mètres heureusement amortie par un bac de terreau.
Ma
Josette qui aime toutes les bestioles (même les araignées, les phasmes,
les cafards et les mulots...) avait ramassé le vigoureux gamin et vite
compris que, à moins de s'appeler Spiderman, il serait impossible de
remettre le volatile à ses parents.
Qu'à
cela ne tienne, un autre couple de martinets noirs a fait un nid côté
nord, là où le rebord du toit n'est qu'à trois mètres. Chaque soir, nous
les observons quand ils arrivent à pleine vitesse et pénètrent
miraculeusement dans leur logis sans s'écraser contre la paroi.

Euh
au fait, les martinets pratiquent l'adoption ? Bon, on va voir... De
toute façon, je n'ai pas le choix, on m'a préparé un échafaudage top
sécurité : un escabeau sur une table en plastoche :

C'est
le moment, les adultes sont partis en chasse. Allez gamin, on grimpe !
Ah, il y a deux petits dans le nid, ça te donne une chance ; les
martinets noirs élèvent deux à trois petits par portée. Je fourre le
gosse qui gigote et proteste. Les autres chouinent un peu mais ne le
virent pas.
Maintenant, on va voir si nous n'avons pas fait une ânerie. Nous nous installons sur
la terrasse et nous observons. Au bout d'un moment, un adulte revient.
Dans sa gorge, il emporte une boulette qui peut contenir jusqu'à un
millier d'insectes qui vont servir de nourriture aux petits.
Suspense,
le petit intrus va-t-il gicler ? Non, l'adulte nourrit les jeunes puis
repart. Nous restons là un moment à observer le manège des martinets
très nombreux dans notre secteur. La nuit va bientôt tomber et les
adultes vont aller dormir.
Chaque
soir, les adultes s'élèvent en bandes puis disparaissent dans le ciel,
montant jusqu'à 1500 ou 2000m d'altitude où ils vont passer la nuit dans
des poches d'air chaud, planant et dormant selon une technique bien à
eux : ils battent des ailes durant 4 secondes puis
dorment 3 secondes puis battent à nouveau des ailes 4 secondes pour
reprendre de la hauteur puis dorment à nouveau, et ainsi de suite... Ça
c'est du micro sommeil !
Aussi
bizarre que cela paraisse, le martinet ne se pose jamais (hors élevage
des petits), ses courtes et puissantes pattes l'en empêchent. C'est un
planeur exceptionnel capable de performances étonnantes : il peut
atteindre les 200 km/h en piqué, il peut avaler jusqu'à 20 000 bestioles
par jour et ses petits, quand ils quittent le nid, passent deux années
entières sans se poser, le temps d'atteindre leur maturité sexuelle.
Impressionnant.

Le
lendemain matin, une petite inspection nous a permis de constater que
le jeune squatter n'avait pas été expulsé. Apparemment, la greffe avait
pris. Les parents auront juste un surcroît de boulot.
A
l'âge de 40 jours, les petits quitteront le nid, parfois plusieurs
jours après le départ des parents pour l'Afrique. Ce planeur de ciel
bleu s'en va dès les premiers jours d'août, évitant ainsi les
turbulences prévisibles de la deuxième partie de l'été.
Par
deux fois, j'ai tenu un martinet noir adulte dans mes mains à la suite
d'accidents de rase-mottes. J'ai été fasciné par la plastique de cette
merveille de la nature et surtout par ses yeux ovales d'un noir intense,
intégrés à la tête dans une parfaite aérodynamique. Par deux fois, j'ai
réussi à rendre cette noire perfection à l'azur auquel elle appartient.
Et j'ai l'impression d'avoir servi la Beauté.
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