samedi 19 mars 2011

Agora

Cela faisait longtemps que je n'avais pas écrit une chronique DVD. En voici une à propos d'un personnage et d'un film qui m'ont beaucoup impressionné.

 
Hypatie d'Alexandrie
(370-415)


Hypatie était la fille de Théon le dernier directeur du musée d'Alexandrie qui l'éduqua en la formant aux mathématiques et à la philosophie.

Après ses études à Athènes, elle retourna à Alexandrie pour y enseigner aux frais de l'Etat. Sa maîtrise des sciences et de la philosophie était telle qu'elle en imposait à tous ceux qui la côtoyaient.

Mais voilà, on est à l'époque où l'empire romain est en train de se fractionner en deux et où les empereurs ont fait alliance avec la nouvelle foi chrétienne qui est la religion montante de l'époque.

Entrée en conflit avec le patriarche chrétien Cyrille d'Alexandrie qui lui reprochait à la fois sa religion polythéiste et son influence sur le préfet romain Oreste, Hypatie fut capturée par les hommes de Cyrille et traînée dans une église où elle fut lapidée à mort.

Portrait romain d'Egypte
(début ère chrétienne)

Le film

Le réalisateur espagnol Alejandro Amenábar dans ce film entièrement tourné à Malte nous livre non seulement un splendide portrait d'une femme libre mais aussi un film éminemment politique dans lequel il démontre de manière magistrale comment une société pluraliste perd progressivement ses équilibres pour basculer dans le totalitarisme le plus obscurantiste.

L'actrice Rachel Weisz y campe une Hypatie plus que crédible. Une femme libre chérie par son père (Michael Lonsdale) et adulée par ses élèves.

 Hypatie et son père

En dehors de la philosophie, Hypatie a une obsession durant tout le film, c'est de comprendre et perfectionner le système cosmologique  héliocentriste d'Aristarque de Samos.

Autour d'elle gravite la haute société gréco-romaine d'Alexandrie dont Oreste, futur préfet de la province et Synesius, futur évêque de Cyrène. Ces hommes lui resteront fidèles jusqu'à ce que la contrainte du réalisme politique de l'époque les pousse au renoncement.

Hypatie et ses élèves

 Le film décrit de manière magistrale comment une religion (le Christianisme ) autrefois minoritaire et persécutée va réussir à se développer dans une société par divers moyens allant de l'action humanitaire envers les plus pauvres à la violence la plus extrême.

Certaines scènes sont très impressionnantes comme  le saccage de la bibliothèque d'Alexandrie contenant des œuvres considérées comme impies puisqu'écrites par des païens ou l'expulsion des Juifs de la ville à la suite d'un massacre perpétré par les hommes de l'évêque Cyrille.

Hypatie, dans sa recherche de la vérité scientifique semble le dernier rempart contre une religion qui ne vit que par son Livre Sacré et qui rejette toute pensée indépendante.

C'est par le livre qu'elle est atteinte quand Cyrille, jaloux de son influence sur l'intelligentsia Alexandrine, va lire l'épître de Saint Paul aux Corinthiens devant les notables et les obliger à se soumettre aux Saintes Ecritures en les faisant se prosterner devant lui : 

1Co 11:3-Je veux cependant que vous le sachiez : le chef de tout homme, c'est le Christ ; le chef de la femme, c'est l'homme ; et le chef du Christ, c'est Dieu.
1Co 11:5-Toute femme qui prie ou prophétise le chef découvert fait affront à son chef ; c'est exactement comme si elle était tondue.
1Co 11:6-Si donc une femme ne met pas de voile, alors, qu'elle se coupe les cheveux ! Mais si c'est une honte pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou tondus, qu'elle mette un voile.

L'évêque Cyrille

Le récit ne tombe cependant pas dans la caricature anti-chrétienne puisque les Polythéistes et les Juifs sont aussi montrés en train de faire acte de violence envers les autres communautés. De plus, Synésius, devenu évêque de Cyrène soutient Hypatie jusqu'à ce que la pression politique et religieuse le fasse renoncer tout comme Oreste devenu préfet D'Alexandrie qui lâchera finalement celle qu'il aime depuis toujours pour préserver sa vie et son autorité.


Agora n'est pas seulement, comme je l'ai déjà lu, une leçon de tolérance. Il est surtout un avertissement contre le renoncement aux principes de la Raison devant la menace de ceux qui veulent gouverner par la parole de Dieu, la domination des femmes et la lapidation. Quelle que soit leur religion.



Bande annonce originale :

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