mercredi 16 mars 2011

Naguère, des écoles - Episode 2

Etudes ?


Je l’avoue, je ne savais pas trop bien pourquoi j’étais là. En fait, je savais trop bien pourquoi j’étais là : l’Etat me payait à ne pas faire grand-chose dans des locaux chauffés.

Et je lui en sais gré. Je ne vais quand même pas cracher dans la soupe… enfin, juste un peu mais pour rire.


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Deux semaines après le concours, je suis parti sous les drapeaux dans une base aérienne où mes relations m’avaient trouvé un emploi de bureau dans lequel j’en faisais encore moins qu’au bahut. Cette parenthèse achevée, j’ai réintégré l’institution scolaire que je n’avais jamais vraiment quittée depuis la maternelle. 

Un tiers de garçons pour deux tiers de filles, je me trouvais  à presque 23 ans dans une classe d’une vingtaine de personnes dont la majorité n’avait guère plus de 18 ou 19 ans. Ils avaient bien travaillé à l’école… eux !

Une Ecole Normale pleine de filles cuites à point, c’eût pu être une aubaine pour un mâle normalien. Détrompez-vous, il s’agissait de futures maîtresses d’école, ce n’était pas la peine d’essayer. La plupart était du genre à porter des chaussettes en laine et à  lire du Simone de Beauvoir. Et puis les rares belles étaient maquées... comme ma femme, quoi.

Ben oui, je m’étais marié durant mon séjour à l’armée, ce qui m’avait rapporté une grosse semaine de congés supplémentaires. Moins on en fait au boulot, plus on apprécie les vacances ; c’est bizarre mais finalement logique.

Donc, jeune marié, je n’avais pas la fibre infidèle en dehors de l’infidélité oculaire qui ne me quittera jamais. Cela dit, je n’avais pas besoin de traitement au collyre vu qu’à l’époque, les élèves institutrices s’habillaient généralement dans des sacs et  n'étaient pénétrées que par des considérations pédagogiques.

Rien pour me perturber, l’équivalent d’un SMIC par mois, j’avais tout pour faire de confortables études. Oui, mais pour étudier quoi ?

Je ne ferai pas le détail des enseignements reçus en cette bonne institution  mais le peu que j’en ai retenu me fit l’usage d’une boussole qui indiquerait le sud. Il suffisait de prendre le chemin à rebours pour être dans la bonne direction.

Heureusement, il y avait les stages. 

La première année, c’était essentiellement dans les classes de maîtres formateurs formés à nous former de façon fort molle. Endormant…
Au mieux, ça refaisait le coup de la boussole qui indiquerait le sud.

La deuxième année, c’était une autre paire de manches. Deux fois six semaines seul dans une classe. L’immersion.

La première fois, c’était avec des moucherons de deux à trois ans, la plupart récemment arrivés d’Afrique et ne comprenant pas un mot de français. 

Jusqu’ici, je n’avais jamais approché un tout-petit et d’ailleurs, on n’en avait jamais parlé à l’Ecole Normale. Le tout-petit, c’est ce qu’il y a de plus proche de l’animal avec le naturel et les déjections qui vont avec. Contre toute attente, le stage s’était bien passé. J’avais découvert qu’avec du bon sens et des tripes, on s’en tirait assez bien en maternelle. A la fin du stage, j’avais le cœur gros de voir partir mes petits arabes fanas de voitures miniatures et mes petites africaines à tresses.

Rentré pour peu de mois en classe, j’avais une vision plus claire de mon futur métier et je prenais encore plus de distance avec ce que j’entendais en cours.

Deuxième stage, cette fois-ci en primaire. Etant visité par les profs de l’EN chargés de valider mon stage, je dus jongler entre le nécessaire bon sens que j’étais en train d’acquérir avec le temps... et les exigences d’une pédagogie qui, à cette époque, était censée changer la société. Mes profs avaient fait 68 et moi, j’étais arrivé en retard pour la révolution. J’avais trop redoublé. 

Donc, concrètement, je planquais les dictées et les règles d’orthographe quand on m’inspectait et je faisais croire que l’enfant s’appropriait les connaissances par imprégnation grâce à une situation judicieusement préparée selon les enseignements dispensés aux futurs instituteurs. Enseignements d’ailleurs si imprécis et si flous que je n’y comprenais que dalle. 

Encore un stage qui s’était bien passé. J’étais rassuré, le métier me convenait et j’aimais bien les gosses. C’était une bonne surprise.

De la fin de cette deuxième année de scolarité, je ne me rappelle pas grand-chose. Bien noté en stage, je n’avais pas brillé dans les matières théoriques car je n’y avais rien fichu. Pas question de finir premier à l’examen de sortie, là, il y avait un travail à évaluer. Je sortis donc de l’ENA* pile en milieu de classement.

Ma vie de glandeur s’arrêta là. J’avais maintenant un métier qui me plaisait.


*ENA : Ecole Normale d'Alençon 


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