mercredi 17 août 2011

Une histoire de Goult

Au nord-ouest d'Ecouves...


Là où, telle Fangorn, Ecouves tente de marcher vers la plaine, se trouve la terre des seigneurs de Gul. Nommée Goult par les contemporains, cette contrée boisée n'a pas l'aspect aimable du versant sud familier aux Alençonnais. On sent une certaine rudesse dans cette contrée où il y a une ou deux générations, les bûcherons et les petits agriculteurs survivaient à près de 400 mètres d’altitude, sur le modeste toit de la Normandie.

Chapelle du prieuré de Goult (début XIIème)

C'est là que ma Josette m'a entraîné ce jour d'août dans une sorte de pèlerinage sur les terres de sa famille maternelle. Tout d'abord, nous grimpons sur le fameux camp romain qui n'a de romain que le nom. 


Partie de la fortification du camp


En fait, le site est beaucoup plus ancien et a été créé à l'époque néolithique puis réutilisé un bon nombre de fois à l'époque gallo-romaine ainsi qu'au Moyen-Age.


Direction le Bois de Goult avec ses immenses conifères. Le terrain reste humide malgré la saison, les précipitations préférant ruisseler sur ces terres pauvres à base de grès armoricain.



Témoins de cette humidité, de nombreux champignons jalonnent notre promenade, peu dérangés par les trop rares touristes mycologues.



Avant d'aller à l'ancienne ferme familiale, nous faisons un détour vers le site du Hêtre Tortillard, cet étonnant lieu qui me fait penser à la Chambre des Ents du Seigneur des Anneaux.



Autour de cet imposant ancêtre, les arbres se jaugent, discutent et parfois s'embrassent dans d'étonnants accouplements.


Après une longue remontée vers le sommet du bois de Goult, nous dévalons parmi une végétation presque méridionale pour enfin arriver à la ferme des Montgommeries où vivaient les grands-parents de mon épouse. Il y a encore trente ans, on y accédait par un chemin creux à talus herbeux central. Certains hivers la ferme était inaccessible à cause de la neige. 

Là, vivaient un célèbre braconnier et sa famille sur quelques hectares de prés et de bois. Une vie dont la dureté marqua les traits et les âmes.


Le sol de boue a été dompté et les bâtiments ont perdu leur caractère rustique mais le lieu résonne encore de ces fins d'été lors desquelles le clan se réunissait autour de tréteaux chargés de victuailles : quatre-vingts personnes issues des six enfants du couple de fermiers. 

Cette terre reflète encore un peu les cris des enfants et les éclats de voix des adultes mais ces échos ne sont plus que des vagues lointaines dans le cœur de mon épouse. Je la laisse quelques instants s'imprégner des dernières irisations mémorielles de ces dimanches révolus.

Il est temps de rentrer mais nous faisons un détour vers les Petits Riaux, une tourbière sise au pied de Goult. 


Jamais l'eau ne tarit aux Petits Riaux et cela permet à une flore spécifique de se développer comme de petites orchidées qui fleurissent en mai ou la narthécie ossifrage qui fleurit jaune avant de fructifier en orange :


Mais la star de la tourbière est sans conteste la drosera à feuilles rondes, plante carnivore caractéristique de ces milieux.


Les poils enduits de glu de ses feuilles capturent les insectes qui sont ensuite doucement digérés.


Il ne reste plus qu'à rejoindre notre véhicule après 17 kilomètres de rando-course au pays de Gul non sans un dernier salut  à la discrète faune des Riaux.

Lézard vivipare des tourbières



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