mercredi 19 septembre 2012

Trail d'Ecouché 30 Km - 2012


" La puce, par ici ! Yes, bravo ! La puce ! OK, c'est bon. Bravo !
- Merci les bénévoles !
- La puce ! De diou, avec les lacets, c'est moins facile !
- Je m'excuse !
- Pas grave, on y arrive ! C'est bon ! La puce, ici ..."

Plié en deux sur ma chaise au premier rang des Dépuceurs, je passe une heure et demie la pince à la main à couper des liens en plastique ; à ma droite et à ma gauche, mes collègues ne chôment pas non plus. Il faut dire que les Galopades du Patrimoine sont un succès avec plus de 1000 participants. 

J'ai choisi de ne pas courir ce vendredi soir pour garder de l'énergie en vue du trail d'Ecouché de dimanche. En arrivant au départ, juste après ma réunion de parents d'élèves, j'ai eu l'impression que j'allais tourner cinglé à voir les copains sur la ligne. Une bière plus tard, ça va mieux et je prends même plaisir à ma tâche qui me fait voir mon sport sous un autre angle.

"- La puce ! Yes, bravo pour ta course !
- Hé le Lutin, qu'est-ce que tu fais là ?
- File ta pompe ! Mais non, l'autre ! C'est bon ..."

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Tout le monde se retrouve chez Françoise, la plupart ont couru mais c'est moi qui ai soif. Pourtant, au bout de deux bières, je me sens bizarre. Tiens, v'là le Mustang qui arrive bon dernier à la soirée avec la recette de la course. On le chambre un peu en lui disant qu'on va lui faire les poches.

Me sentant fatigué, je rentre à la maison en compagnie de ma Josette et, arrivé sur place, je me couche aussitôt.

Bizarre ... je fais quoi sur le trône à quatre heure du mat' ? C'est quoi ce liquide qui me sort du fondement en exhalant une odeur passablement exotique ? On est samedi, j'ai un trail dans trente heures à peine et mes intestins me jouent "Le Retour de la Fidèle Gastro". Génial !

Une journée dans le brouillard ... Je me vide toutes les trois heures jusqu'au moment où, en panne de liquide, je me mets à jouer "Autant en emporte le vent".

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Dimanche matin. Josette me fait promettre de choisir le trail court de 18 km si mes intestins se réveillent pendant le voyage vers Ecouché. Dans la voiture, je me préoccupe surtout de la boîte à frites qui veut déborder à chaque virage.
"Doucement Ricounet ou j'vais me vider de l'autre bord !"

Ricounet me regarde d'un air méfiant, le Lutin est décidément un client pénible ! A l'arrière, Ricounette et Germaine discutent de la course de ce matin. Germaine, ma cousine, est une débutante à ce niveau et elle va inaugurer son beau maillot Trail 61 (notre groupe FSGT) sur le trail court.  Elle est un peu stressée. Je lui ai donné des conseils de coach Lutin : "Ne cours pas dans les premières côtes mais, en fin de course, si tu vois d'autres filles devant toi, double-les à fond même en côte, quoi qu'il t'en coûte..." J'appelle ça de l'intoxication : enfumer les adversaires pour les décourager de vous suivre. C'est pas beau, je sais.


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Tiens, je suis déjà en train de courir. Ça fait six ans que je n'ai pas participé à ce trail mais cette année, il supporte le championnat de France FSGT de trail. Je me devais d'être là pour ma structure Trail 61. 

La gastro a dû me déranger les boyaux de la tête car, dès le début, je n'adopte aucune de mes stratégies habituelles. Premièrement, à aucun moment, je ne consulte mon GPS, deuxièmement, je ne suis personne, pas de tête de Turc aujourd'hui. 


Les jeunes du club, Gaëtan, Anthony et Jean-Michel me brocardent en me passant dans les premiers prés. Je plaisante un peu avec eux : "Vous verrez quand vous aurez mon âge !".

Conscients du côté peu exotique de la région, les organisateurs ont décidé de nous faire profiter de toutes les petites difficultés du coin et nous zigzaguons dans des petits bois ou entre des haies avant de nous diriger vers le château de Sérans. Dès qu'une descente se présente, je peste à mi-voix contre ces gars qui ne savent pas dévaler et obstruent ainsi le passage.



Je vois bien que mon rythme est assez élevé mais le terrain est facile et je ne ressens aucune douleur, ce qui m'encourage à continuer ainsi. Quant à mes intestins, avec ce que j'ai avalé comme plâtrage ce matin, il ferait beau voir qu'ils se manifestent !

En route vers Ménil-Glaise, je suis passé dans un chemin par Jean-Paul qui fut mon partenaire au relais de Condé. Ayant participé aux Galopades vendredi, il a pris un départ prudent à l'arrière du peloton. Maintenant, il tourne à vue de nez à plus de 13 km/h et je ne cherche pas à le suivre malgré mon inexplicable bonne forme. Excellente initiative de ma part, Jean-Paul va payer cash sa course de vendredi et ce rythme trop élevé en terminant 16 min derrière moi.

Tout cela ne m'empêche pas de me faire plaisir en descente mais pas d'envie d'enfumer autrui aujourd'hui ; pour une fois, j'apprécie de courir avec moi sans que cela tourne à l'auto-pugilat. 


Ménil-Glaise et son château sur une falaise qui surplombe le cours de l'Orne. Je vais devoir marcher un peu pour aller là-haut. 

Bientôt dix kilomètres, le peloton s'est détricoté depuis longtemps, je passe beaucoup de temps à courir seul, ne trouvant pas de partenaire ayant mon rythme. Qu'importe, le tracé habilement mijoté par les organisateurs nous emmène dans une série de bois entrecoupés de pâturages, rendant la promenade fort agréable en ce dimanche de lumière au seuil de l'automne. Je ne ressens pas de grande fatigue et commence à me douter, au vu des vitesses obtenues en descente, qu'il me reste encore une bonne réserve d'énergie.

Un premier ravitaillement. Prudent, j'avale un coca (c'est bon pour les intestins) et m'élance aussitôt le long de l'Orne sans état d'âme, l'esprit curieusement absent. Pas de gamberge, je ne me reconnais pas. 



Les sauts de puce de bois en bois continuent. Les dénivelés restent modestes, ce qui me permet de trottiner en montée, m'excusant presque auprès de ceux que je double : "Je suis nul en marche, c'est pourquoi je cours ; tu me rattraperas sur le plat...".

Cela dit, je rencontre peu de monde. Ce n'est qu'après une belle descente, comme à l'accoutumée violemment négociée, que je me retrouve au deuxième point de ravitaillement où je vois confusément qu'il s'y trouve pas mal de concurrents mais je suis dans mon monde et ne prends que quelques secondes pour avaler mon verre de coca. C'est certainement dans cette partie du bois de Montgaroult que je passe quelques camarades sans m'en apercevoir. Au moment de sortir de cette "colline aux loups", Jean-Michel et Anthony arrivent à mon niveau un peu étonnés de me voir ici. Piqué au vif, Jean-Michel redouble d'efforts pour effectuer une brillante dernière partie de trail tandis qu'Anthony, trop cuit, lève finalement le pied. 

Le retour vers Ecouché est monotone mais il fait beau. Pas de difficulté, pas de challenge ; je ne double personne et personne ne me double.


De champs en prés, de prés en petits bois, je débouche bientôt sur la dernière modeste côte que je grimpe en accélérant avant de déboucher dans les champs jouxtant le bourg. Les personnes que j'ai doublées dans la montée sont loin et j'arrive seul dans le bourg.


Quelques centaines de mètres, je me promène presque. J'ai la bonne surprise d'être accompagné par Sidonie sur son vélo. Je lui fais part de mes bonnes impressions et regarde pour la première fois mon chrono. Moins de 2h50' ! Moi qui voulais au mieux ne pas dépasser les 3h00' ! 


Les bonnes sensations continuent après la douche froide et une bonne bière. Je retrouve Ricounet et Ricounette (1ère V1 du 30 km) qui sont arrivés quelques temps après moi. Nous faisons les comptes, notre organisation, Trail 61 remporte 10 podiums sur les deux courses ainsi que les deux premières places par équipe sur le trail long.

Cerise sur le gâteau, Germaine que j'entraîne depuis peu a terminé 4ème féminine au scratch et 3ème V1 du 18 km : "J'ai fait comme tu as dit, quand j'ai vu deux filles devant moi dans la dernière montée, j'ai couru à fond et je les ai enfumées ..."

Je savais bien que l'esprit Lutin n'était pas perdu pour tout le monde.

Germaine à droite avec Véro la championne au centre



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