dimanche 21 septembre 2014

Le Lutin aime aussi les chiroptères

Vendredi matin, je suis alerté par un barouf venant de la pharmacie jouxtant mon domicile. J'avise la pharmacienne qui me désigne une bestiole emberlificotée dans son joli décor kitsch de vitrine :

 Photo de mon Lulu

On a beau être une femme de sciences, on n'en est pas moins allergique aux bébêtes. 

"Une chauve-souris s'est prise dans le filet et je ne sais pas comment la faire partir...

- Dans ce cas, ma petite dame, on appelle SOS Lutin."

La bestiole est bien prise dans le berlificot en fil de coton et elle est en train de s'étrangler en se débattant. Je m'équipe d'abord de gants de jardinage car je ne suis pas fou : les chauves-souris sont possiblement vecteurs de la rage et, si elles ne sont pas agressives, elles peuvent mordre si elles sont manipulées. Dans ce cas, il est indispensable de contacter le centre anti-rabique le plus proche.

Donc, armé de mes gants, je découpe un paquet de filet autour du chiroptère (en grec : qui vole avec les mains) et j'extrais la bête. 

 Il s'agit d'un superbe oreillard. La pauvre bête a plusieurs tours de fil autour des ailes et du cou dont un pris dans la gueule, ce qui me permet d'observer ses petites dents pointues.



J'emmène l'animal dans mon jardin où, aidé de mon assistante Josette, j'entreprends de délivrer l'insectivore. Celui-ci se laisse faire alors qu'il s'agitait dans le décor de la pharmacie ; est-il en état de choc ou sait-il qu'il a affaire à un Lutin et qu'il ne craint rien ?


L'opération est délicate car il faut à chaque fois passer dans la fourrure sous les fils sans toucher la peau. L'oreillard ne se débat pas, ce qui me facilite grandement le travail. Il faut dire que je lui ai expliqué que je suis un mammifère comme lui et, qu'entre nous, une certaine solidarité s'impose. J'ai le temps d'examiner l'animal, il ne semble aucunement blessé.

Au bout de quelques minutes, je finis par couper le dernier brin de coton et, se sentant enfin libre, la chauve-souris déploie soudainement ses ailes pour s'envoler vers un abri. Cette nuit, elle me remerciera en mangeant un max de moustiques.

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Précisons que les chauves-souris et particulièrement les oreillards sont des animaux protégés car menacés d'extinction. L'emploi de pesticides, la disparition d'abris et même la spéléologie sont des causes indirectes de la raréfaction des espèces françaises (rhinolophes, oreillards, barbastelles, murins, pipistrelles).

La spéléologie ??? Eh bien, si. Ce sport apparu au vingtième siècle a décimé des tribus entières de chiroptères. Il faut savoir que ces mammifères volants font des réserves en fin d'été pour passer cinq mois d'hiver en hibernation mais l'animal n'a pas les capacités de stockage de l'ours, il mange juste ce qu'il lui faut pour survivre. S'il est réveillé en saison hivernale par le faisceau d'une lampe ou par le bruit causé par des balourds d'humains, il va se mettre à voler dans tous les sens et, même si on le laisse ensuite tranquille, le temps qu'il reprenne son hibernation, il aura trop entamé ses maigres réserves et mourra de faim avant l'arrivée du printemps. Déranger des chauves-souris en hiver, c'est les condamner à mort.




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