jeudi 4 février 2016

Courir 4

Le forum


C'est mon ami Philippe qui m'amena, peut-être à son corps défendant, sur ce brave et honnête forum réservé aux sports d'endurance qu'est Kikouroù. Totalement ignorant des us et coutumes des forums internet, j'y débarquai avec une bonne dose d'assurance et même d'impudence. Heureusement que j'avais passé la cinquantaine et que le temps avait légèrement patiné ma personnalité à l'origine quelque peu abrupte.

J'étais tombé au bon endroit et au bon moment sur des gens civilisés et passablement tolérants nonobstant quelques bagarres homériques et la présence de divers trolls bien moisis qui finirent par se dissoudre dans l'ambiance parfois Bisounours du site. Plus chaotique de nature que rassembleur, j'ai cependant appris à lisser mon propos et ai fini par devenir un acteur reconnu à travers mes nombreux récits de course à pied et les articles de mon blog qui servent de déversoir à l'immense foutoir que j'ai accumulé dans ma psychologie torturée durant mes années d'existence.

Nier le fait que cette activité régulière m'a transformé ne serait que billevesées ; je dois beaucoup à ce site qui m'a permis de m'exprimer comme jamais je ne l'avais fait sans que quiconque me juge hormis quelques blaireaux vite retournés dans leurs terriers malodorants. Mais surtout, grâce à l'impulsion de mon ami Philippe, j'ai beaucoup voyagé, traversé la France et rencontré moult Kikoureurs (plus d'une centaine) tous aussi sympathiques qu’accueillants.

Ce forum était et est toujours principalement un lieu d'échanges entre coureurs à pied et plus spécifiquement entre traileurs, ces êtres surhumains qui courent des jours et des nuits à la recherche du dépassement personnel et de la communion mystique avec la Nature (Tada !). Moi, je suis à voile et à vapeur, passant du trail au marathon, de la course sur route au cross ; je regarde les extra-terrestres de la Diagonale des Fous ou de l'UTMB avec une certaine admiration mais aussi un certain amusement. C'est pour eux que j'ai un jour composé ces alexandrins :

Où vont tous ces traileurs dont pas un seul ne rit ?
Pauvres hères enfiévrés au faciès amaigri ?
Ces filles au si beau cul qu'on voit cheminer seules ?
Ils s'en vont galoper des heures et puis dégueulent.

Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Avec leurs deux jambons  le même mouvement.
Accroupis sous les arbres,  ils chient en gémissant,
Puis repartent, libérés, à l’assaut du Mont Blanc.

Innocents en montagne, anges au bord de la mer,
Ils avancent, ils randonnent, ils rampent sur la Terre.

Je n'ai jamais bien taquiné que les personnes pour lesquelles j'ai de l'affection, Philippe en sait quelque chose...


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