jeudi 7 avril 2016

Courir 9

Longue distance


Je ne suis pas fait pour la longue distance, je m'en aperçois dès le trentième kilomètre mais comme je le répète à l’envi, en ce qui concerne la course à pied, je suis à voile et à vapeur... et au gaz aussi, j'entretiens l'illusion que je peux être polyvalent. Ne résistant pas aux sollicitations de mes camarades, je me suis souvent engagé dans des aventures à la fin desquelles l'addition fut souvent salée. Mon ami Joël avait trouvé une expression décrivant bien mon état à la fin de ces épreuves : "Tiens, j'ai encore vu le Lutin sur le bord du chemin avec le capot ouvert et le radiateur qui fume" ; il faut dire qu'en tant que modèle des années 50, je ne bénéficie pas d'un système de refroidissement performant.

Incapable de gérer mon effort efficacement, j'explosai dès les premières éditions du 61km d'Ecouves, course pourtant à la portée de beaucoup vu son dénivelé modeste. Je partais systématiquement trop vite, espérant vainement gagner quelques dizaines de minutes pour compenser l'inévitable naufrage qui devait de toute façon survenir, me laissant soit terminer physiquement en haillons soit abandonner piteusement sous les lazzis moqueurs de mes camarades plus robustes et plus opiniâtres.

Pourtant, je persistai en enfilant divers longs trails entre 60 et 80 km et quand je dis en enfilant, je devrais utiliser la forme passive vu l'état dans lequel je me trouvais à l'arrivée. Une de mes pires expériences fut la Saintélyon, course de nuit de 10h23' lors de laquelle j'ai vraiment eu l'impression que j'allais y rester à force d'épuisement, de froid et de chutes répétées. Il faut dire que pour courir 68 km de nuit par moins 8 degrés sur une patinoire en pente raide, il ne faut pas être net...

Bref, je ne suis pas fait pour cela. Quoique...

Quoique... il y eut cependant trois petits miracles : le 80 km en Off autour de Belle-Ile qui me fit tomber amoureux de cette merveille géologique et lors duquel je fis les 30 derniers kilomètres en ne me ravitaillant qu'à la bière ; l'Eco-Trail de Paris où je n'ai pas touché terre grâce à la présence de deux fées au physique de walkyries qui m'amenèrent miraculeusement à effectuer les 80 km en 9h41' ; et enfin la course mythique s'il en est : les 100km de Millau que je m'étais promis de courir l'année où je prendrai ma retraite. Malgré la chaleur et la distance, je pus ce jour-là gérer efficacement mon effort et, après 80km, je me surpris à un moment à pousser des cris de jubilation dans le noir en m'apercevant que je courais encore dans la côte au retour de Ste Affrique. Contrairement aux courtes distances, je n'avais pas couru avec mes tripes mais avec ma tête, organe pourtant mouvant dont je me méfie par-dessus tout.

Paradoxe : à l'heure où j'écris ces lignes, je suis inscrit au 24h00 de la No Finish Line de Paris. C'est quoi la No Finish Line ? Comme son nom l'indique, c'est une course de malades qui consiste à tourner sans fin sur un tout petit circuit (souvent autour d'un km), ce qui vaut aux adeptes de cette discipline barbare le sobriquet de "hamsters", le but étant évidemment de couvrir la plus longue distance possible. Vraiment, je ne suis pas fait pour cela !

© Julian Rad, Austria.

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