mardi 12 avril 2016

No Finish Line © Paris 2016


Le plan était parfait, j'avais réussi à entraîner le Mustang dans un piège dont il ne pouvait sortir que diminué : alors qu'il avait proposé que nous participions quelques heures à la No Finish Line de manière dilettante histoire de faire une bonne action envers les n'enfants (1€ du km versé par des sponsors), j'avais surenchéri en m'inscrivant à l'épreuve de 24h consistant à courir deux tours d'horloge sur un circuit de 1300m jusqu'à ce que mort s'ensuive... 

Je le connais le bourrin, il ne résiste à aucun défi, quel que soit son état ; or, si l'animal a repris du crin de la bête depuis quelques temps, le Lutin a gravement poutré récemment en enfilant un semi-marathon en 1h36 et en faisant son meilleur classement sur Alençon-Médavy, el clásico de mi ciudad. 

Sachant que je ne suis cependant pas un  coureur d'ultra, j'annonçai prudemment que mon but était juste de passer mon record de distance qui est de 100km tout en espérant secrètement obtenir la qualification FFA pour ce type d'épreuve qui est de seulement 120km... facile. Le Mustang qui ne m'avait pas battu sur une épreuve depuis le septennat de Georges Pompidou allait me servir de faire-valoir. Un plan parfait, vraiment.


Royalement hébergés le vendredi chez Jo le Parigot au pied de Montmartre, c'est tout frais que nous allons en direction du Champ de Mars en empruntant le Métropolitain tout plein de Parisiens habillés de couleurs sombres qui regardent leurs godasses histoire de ne croiser aucun regard. A l'injonction du Mustang, je résiste à l'envie de lancer de sonores saluts en entrant dans les wagons comme nous sommes accoutumés de le faire quand nous croisons du monde en forêt d'Ecouves. Autres lieux, autres us...

 Le canasson apporte une touche printanière


Notre arrivée sur le Champ de Mars se fait sans fanfare ni acclamations, je sais le Parisien timide, cependant, l'accueil dans la tente Kikouroù est fort sympathique.


Kikouroù étant partenaire de la No Finish Line, nous avons notre tente et notre équipement : lits, fûts de bière, danseuses nues, cannabis... nan, je rigole !

Nous retrouvons avec plaisir notre ami François 91,799 x pi ainsi que le Bagnard, le Namtar, Bert, Kloug, Riri 75, Troutrou 92, Foufoune 69 euh... en fait j'suis pas sûr de tous les pseudos.

 Mais boudiou, le Percheron il est sur toutes les photos !

Bon ben, il va bien falloir prendre le départ et c'est à 10h04 que la course commence. Prudent, je ne dépasse pas le 8,5km/h, rythme peu naturel pour moi mais nécessaire en l'occurrence. Le Mustang m'accompagne et je dois parfois le réfréner tellement il est euphorique. En mon for intérieur, je me dis qu'il peut toujours gambader le bestiau mais que la nuit va bien se charger de transformer ce Pur-Sang en Shetland écumant.

En attendant, en bon ethnologue lutinesque, j'observe le milieu et ses populations...


Une étude poussée m'a permis de constater qu'au Champ de Mars, 80% des fondements féminins de 16 à 40 ans sont enserrés dans le même collant noir manifestement acheté chez Décalhson. Tous ces sourires verticaux me semblent de bon augure pour la suite...

 Encore lui !!!

Les tours s'enchaînent avec passage régulier aux stands où nous sommes servis par des bénévoles toujours aimables. Les coureurs du 24h et les extra-terrestres du 5 jours ont leur propre ravito  correctement fourni et varié, on sent l'organisation qui commence à être bien rôdée. 

Nous saluons de nombreux Kikous dont certains sont très impressionnants telle Mico34, engagée sur les 5 jours, qui marche dans sa bulle avec une régularité robotique. 

Deux averses plus tard, je commence à ressentir un peu de moins bien... et ça se voit à mon élégante foulée. Le Mustang, lui, reste fringant ; henni soit qui mâle y pense.

Encadrés par Arcelle et Caro (photo organisation)

La nuit approchant, je m'aperçois que je ne tiendrai pas si je ne fais pas quelques réglages. Dès 20h00, je vais enchaîner les arrêts au stand Kikouroù, des arrêts de plus en plus longs... Je commence aussi à me couvrir car le froid se fait de plus en plus pénétrant.

 Photo Christine

Superbe surprise, Hervé notre ami et néanmoins athlète de notre club A3 Alençon passe nous encourager avec sa petite famille. Qu'il ait fait le déplacement pour nous voir tourner nous réchauffe le cœur, cependant, je sens bien qu'il y a un rat dans la soute et la différence avec le Mustang finit par se voir au fil des heures.

C'est vrai, mon sourire est plus crispé...



©Hergé

Minuit, j'ai effectué 73 km et le Mustang 87 km. Je sens le flop arriver malgré le retour de Caro en petite robe sexy accompagné de Mickey ainsi que la bise échangée quelques temps auparavant avec Béné38. Quand je pense que j'étais persuadé de renvoyer le Mustang à l'écurie... Tiens, je ferais mieux d'aller me coucher ! Ce que je fais d'ailleurs.

Photo Hervé

Et c'est pas fini ! Quand je reprends la course, je fais deux tours en trottinant et ma batterie se met à clignoter : bientôt plus de jus.


Je me mets à marcher à l'instar de 80% des personnes présentes sur le circuit. Le Mustang aussi marche, et c'est accompagné de François qui a déjà largement dépassé les 100 km qu'il me rejoint. Le cheval, grand marcheur, n'a pas les deux pieds dans le même sabot et il progresse deux fois plus vite que moi. Quant à François, il se calcine lentement mais sûrement mais bouclera ses 24h avec un score de 140km. Ouais mais d'abord c'est un jeune de 48 berges...

Quant à moi, je tiens moins de deux heures et retourne me coucher. Boudiou qu'il fait froid dans cette tente. D'ailleurs, il fait froid partout et j'ai beau rajouter des couches (de vêtements, ben oui !), j'ai de plus en plus la caillante de chez Findus. Il ne me reste plus qu'à m’enfoncer un balai dans le troudu et on va pouvoir m'appeler Miko. Je sors marcher un moment sur le circuit mais rien ne va plus, les vieux sont faits... enfin surtout moi : à soixante ans, je démarre une carrière de bonhomme de neige.

Je réalise enfin que, pour la troisième fois de ma carrière de coureur, je fais une hypothermie. La fée aux dents bleues m'a mordu et m'a pénétré jusqu'aux os. Après avoir bu une x-ième soupe chaude (merci les dames du ravito pour votre sourire Outre-Mer), j'avise une bénévole et lui demande où l'on peut décongeler un Lutin. Elle m'envoie dans la tente Siemens où sont affalés une douzaine de concurrents hagards qui se réchauffent autour d'un gros ventilateur à air chaud. Je m'allonge et me laisse brosser par le flux bienfaisant. Il me faudra une heure et demie pour que la situation revienne à la normale.

A la normale, enfin j'ai juste froid... Il est 6h30 et je tourne en marchant, juste dépassé par quelques aliens comme Stéphanos qui devise avec Forest Alex le vainqueur de la 1000 kil (si, ça existe !).


Un petit matin glacial se lève, je capte chaque rayon de soleil pour réchauffer ma carcasse. Le Mustang me rejoint ; comme moi, il marche depuis longtemps mais il est en bien meilleur état que moi. Cette fois-ci, il se calque sur mon rythme et nous finissons ensemble, déposant conjointement nos dossards et réglettes au signal de fin de course. Nous sommes rejoints par un officiel : le Mustang a parcouru 132 km et le Lutin 107 km.


L'organisation a prévu un copieux brunch d'après course et je me permets même un verre de rosé. De retour dans la tente Kikouroù, je complète avec deux bières. Les visites de quelques kikous tels JLW, L'Castor Junior, Astro, Exprimelimones... achèvent de me réchauffer. Nous avons ensuite droit à une navette qui nous emmène à la douche dans un gymnase (Rhâââ !). 

Nous terminons l'après midi sur la ligne d'arrivée en matant les sourires verticaux et en saluant les connaissances.


Quand nous partons, plus de 40 000 euros sont déjà collectés. Nous avons fait notre part.


Epilogue : Un peu fourbus avec leur gros sacs, les deux sexagénaires perdus dans la foule de la gare Montparnasse. Des milliers de gens, des anonymes comme nous... ça circule, ça bourdonne, ça vit. Je regarde le tableau d'affichage, le TGV pour Le Mans va bientôt partir.

"Continuez vos blogs le Lutin et le Mustang.
Je me retourne et aperçois un jeune gars fort avenant qui attend lui aussi son train.
- On se connaît ?
- Non, non,  mais je vous lis régulièrement sur Kikouroù, continuez le Mustang et le Lutin !"

Petit instant magique de la vie. Après ça, comment voulez-vous qu'on s'arrête, hein ? Alors on continue... No Finish Line.



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