samedi 2 octobre 2010

Entre deux "O" 2008


 Entre deux "O"


Ce samedi soir de fin novembre, Allain (Riah50) et sa Béatrice nous ont emmenés, moi et ma Josette dans leur camping-car et que nous nous sommes garés dans une impasse juste derrière le stade Hélitas où a lieu le départ le lendemain. Ce dont je me rappelle bien, c'est qu'à Caen, il faisait un froid de loup et que pour nous réchauffer, nous avons descendu des bières au Bar des Touristes. Comme il faisait chaud en ce lieu, on s'est dit qu'on pourrait y manger, vu qu'on nous proposait un menu à base de rillettes et de steak-frites, le tout arrosé de Beaujolais nouveau. Tout ce qu'il faut pour une veille de course !

Bien chargé par ce bon repas, je me suis endormi comme à l'accoutumée en trois minutes une fois allongé dans mon lit; ce qui énerve toujours les autres qui doivent dégratter leur niche quinze fois avant de trouver le sommeil. Ça m'amuse !
 
On va causer de la course : Alors, il s'agit d'un truc où qu'y a des types qui agitent les jambons en espérant ne pas vomir et en priant pour ne pas avoir la diarrhée. Je résume, bien sûr mais on n'est pas loin de la réalité.
 
Ce matin-là, il faisait un froid que même les canards ils ne voulaient pas sortir de leur terrier (oui, chez nous il fait si froid en hiver que les canards creusent des terriers pour s'abriter). Bon, ben c'est pas un petit vent glacé qui va faire peur à un Lutin ! Le Allain, il est plus prudent. Son truc, c'est le Marathon des Sables, lui. Alors il se couvre. Et puis, l'année prochaine il est V3, alors vous savez, les personnes qui ont de l'âge, elles se couvrent plus, hein ?

  Tu veux un calbut en fourrure en plus, le Allain ? 

Le Lutin, il va courir avec un tshirt sous le débardeur, sinon quand sa Maman va lire son récit, elle risque de le gronder pour ne pas s'être assez couvert.

C'est pas le tout, on va s'échauffer sur la piste du stade histoire de faire passer le litre de thé, les deux cafés et la dizaine de tartines du petit déjeuner. Mince, c'est plein ! Qu'est-ce qu'ils ont tous à tourner dans le même sens ? Je décide de ne pas me faire remarquer en prenant le flot à contre-sens et je m'insère dans la foule. Je me lasse au bout de trois tours et j'avise une haie déjà bien pourvue de coureurs qui font pleurer la gamine. Comme d'habitude, je me pisse sur les doigts et je m'essuie sur mon t-shirt. Saleté de tissu technique, ça n'essuie rien ! Ah, tiens, un gars habillé en T-shirt Kikouroù qui me tend la main avec un grand sourire. Je suis un peu gêné mais je lui serre la pince car je suis un gars poli. C'est Massia, un type très sympa mais scandaleusement jeune. Qu'est-ce qu'ils ont sur Kikouroku ? C'est tous des morveux à peine sortis de la cour de récré ! Ils ne perdent même pas leurs tifs. C'est pas juste ! 

Tiens, la course féminine démarre, à sa tête se trouve Véro la terreur des mottes de terre, l'Attila des taupinières, en bref, la meilleure coureuse de cross de chez moi. Le plus beau  fessier du peloton de la région d'Alençon. Une championne, quoi ! Comme elle a été malade, la semaine précédente, elle va d'abord  gérer tranquillement sa course puis, au bout d'un moment, elle va s'envoler, laissant les autres faire du tricot sur le bord de la route; bouclant les 13 bornes en 53 minutes sans trop forcer.

 Elles sont où les autres ?

Le Lutin, il a beau être du même pays que Véro, il n'a pas le même niveau. D'abord, c'est un vieux kroumir ! Donc, je prends le départ à fond comme d'habitude.

Au bout de quelques bornes, le jeune Massia me rattrape en me faisant remarquer que je poutre sévère. Je le rassure : "Ne t'en fais pas, je vais bientôt vomir !"

Finalement, je serre les dents et je garde mon petit déjeuner à l'intérieur. Massia me distance de quelques centaines de mètres. Je ne peux pas le suivre mais je garde un bon rythme cependant. Un vent glacial et de petites chutes de grésil m'encouragent à ne pas lâcher. Le terrain, 3/4 trail roulant, est très agréable. Les organisateurs ont la bonne idée de nous faire passer dans des marais. Malheureusement, le chemin est facilité par des passerelles en bois. J'eus préféré courir dans la boue, c'est là que je poutre le mieux, avec la neige...

Au dixième kilo, je me retourne et qu'est-ce que je vois ? Le Allain 30 secondes derrière moi ! Mais il veut ma mort le merlan ! Manquerait plus que le Mustang se pointe derrière mon dos ! Non, le Canasson il n'est pas là, c'est vrai. Hé les gars, j'ai dit que jusqu'à vingt bornes, c'est moi devant ! Au dessus, je dis pas, vu qu'à partir de trente bornes, je joue la wassingue usagée...

Un bon coup de collier pour distancer le Allain qui m'a tout appris en course à pied, histoire de bien montrer que je n'ai aucune reconnaissance et que j'ai une mentalité de chiottes.

Pour le coup, je sens les rillettes de la veille me faire signe du fond du côlon. Saleté de tube digestif à double sens ! Je me remets à la peinture abstraite aujourd'hui ? Boudiou, je me sens mal ! Et ça monte ! C'est quoi ce viaduc ? C'est qui ces mecs qui courent dessus. Zut, il faut que j'aille là-haut ! C'est pas fini, v'là une côte qui fait bien un bon kilomètre. Je jardine, j'ai envie de gerber, je me fais passer par un bon tas de types. Alors que je faisais chaque paquet de cinq bornes en 22 minutes, j'arrive au quinzième kilomètre en presque 68 minutes. Je suis dans un état lamentable. 

 Vous comprendrez que je ne peux pas vous laisser
voir la déchéance de ce pauvre Lutin, c'est trop cruel...

Et le Massia, il est content, il poursuit sa course à l'aise grâce à sa bonne gestion. Il va finir loin devant moi. Saleté de jeunes !

 Peuh, c'est facile quand on a moins de 70 ans ! 

Et le Allain, il continue comme si de rien n'était, comme d'habitude. Imperturbable. A l'arrivée, son sourire me dira : "Tu es encore parti trop vite petit scarabée". 

 Ça va, t'as pas trop froid ? 

Une descente ! Miracle ! Par Saint Emilion  ! Par la Sainte Croix du Mont ! Le Lutin reprend forme, il se regroupe. Je me repoutre le grenier, je ravale mes ruminations défaitistes et le bol alimentaire qui va avec. Je m'accroche à deux solides gars du cru et je fais les derniers kilos à plus de quatorze, rattrapant partiellement mon retard. Et vas-y que je repasse des gars qui m'avaient vu lécher les bouses de vache quelques bornes plus tôt. Lutin pas mort ! 

Je boucle les pile 20 bornes en 1h29'28''. Ce n'est pas un record mais ce n'est pas un terrain pour faire de la vitesse. Allain arrive en 1h32'15''. Plus frais que moi... Le Massia est là et nous félicite pour nos perfs : "C'est vrai les gars à votre âge, c'est beau !"  Bon, je ne le claque pas le collégien, il est trop sympa. Faut dire que c'est un Kikou...

Juste le temps de prendre l'appareil photo dans le camping-car et les deux naines arrivent en deux heures pile. Béa s'arrête un peu pour attendre ma Josette. Toujours ensemble ces deux-là. Y'en a toujours une prête à tenir la porte de toilettes de l'autre. A cinquante comme à douze ans, les filles, c'est les filles. C'est pour ça qu'on les aime. 

 Vous aviez emporté de  l'équipement pour l'UTMB les filles ?

En résumé, Entre deux "O" est une course superbe, bien organisée mais pas si roulante. Les trailers y trouveront leur compte et les routards aussi. Bon, je m'aiguise les jambons pour le cross de samedi à Champfrémont où je retrouverai Véro et les autres. Ça devrait tourner vu que je sais qu'après le cross, j'ai un couscous qui m'attend. Miam !

Merci au site Normandiecourseapied pour ses photos.

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