jeudi 9 décembre 2010

Saintélyon 2010

Dimanche dernier, j'ai fait mon Kéké en accompagnant Béatrice sur son premier marathon. Comme tout bon coach, je me suis  fait reluire l'Ego : remerciements, embrassades, félicitations. Je suis génial ! J'ai presque oublié que je ne suis qu'une serpillière au mental de yaourt...

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C'est comme dans un rêve, vous savez que vous allez vers des problèmes mais vous y allez quand même...

Quand je me suis inscrit à la Saintélyon, je savais que ça ne le ferait pas  après le marathon de La Rochelle mais je me suis cependant inscrit car j'avais dit au Mustang que je l'accompagnerai cette année. 

Fidélité ou bêtise ?

La Saintélyon
Course nocturne de 68 km (Gasp !)


Quand le Mustang lance une invitation pour traverser la France, il y a toujours des Trailers d'Ecouves qui répondent. En ce début décembre, nous sommes neuf :

 L'Essuin, Ricounette, Thierry, Sébastien, Ricounet
Vomito, Mustang, Le Lutin, Le Fox

Grâce à Kikouroù, certains d'entre nous (inscrits sur le site) vont bénéficier d'un régime spécial dans une salle proche du marché aux bestiaux où sont entassés les autres coureurs : ambiance feutrée, serveuses topless, larbins obséquieux, champagne, foie gras ; vraiment Mathias et l'association avaient bien fait les choses. Le Boss de Kikouroù a même eu la gentillesse de poser à côté de moi pour montrer que je ne suis pas si petit :

Pas facile de tenir longtemps sur des talons aiguille

Donc, pendant que nos quatre autres malheureux amis gelaient dans un hangar bruyant et mal chauffé, régulièrement importunés par des rustres locaux qui les molestaient pour leur voler leurs maigres rations alimentaires, la bande du Seigneur Mustang se détendait sur la moquette du Flore, notre club VIP :


Dans cette vidéo, Mustang fait allusion à Fulgurex qui vient à ce moment de terminer la Lyonsainté avant de repartir avec nous dans l'autre sens, bouclant ainsi les 136 km de l'aller-retour. Le Fulgu, un peu poutré nous a averti des conditions plutôt rudes dues au climat et au terrain. A ce moment, je me dis que j'ai des chances de faire jeu égal avec ce champion du Bas-Dijon au pinceau aussi alerte que les jambons.

L'arrivée du Fulgu

Je ne suis finalement pas trop stressé car je suis persuadé qu'après tout, cette course ne fait que 68 km, que la neige m'est un terrain plutôt favorable et qu'avec un peu de chance, je vais faire pleurer le Mustang en lui mettant une bonne heure comme cela m'est déjà arrivé lors de certains périples hivernaux.

Et puis, il y a mon Sébastien. Il a encore le Grand Trail du Nord (154 km) dans les pattes et il fait 90 bons kilos. Je ne me gêne pas pour le brocarder et lui faire remarquer que la barrière horaire est de 15 heures. Sébastien, le prend bien grâce à son humour aussi ravageur qu'inextinguible. Sébastien, c'est mon assurance de ne pas finir dernier du groupe.

Donc, tout va bien pour moi....


La course

 
Départ de Saint-Etienne

Les sept premiers kilomètres se font sur une route assez large pour s'exprimer mais je fais l'effort de ne pas partir trop vite. A ce moment, je crois tous mes camarades devant moi et espère bien en doubler quelques-uns en ricanant.

Mais quelque chose cloche : j'ai trop chaud. Je m'apprête à retirer mon superbe coupe-vent Lidl à douze euros quand j'avise l'affichage lumineux d'une entreprise : il annonce moins 9 degrés. Bon, finalement, je vais rester comme ça...

Et puis... et puis je sens mes jambes. D'habitude, j'ai mal plus tard, mon point d'explosion se situe normalement vers les 40 bornes. Serait-ce ce satané marathon de dimanche dernier ?  Y aurait-il un rapport de cause à effet ? Mustang aurait-il raison en me disant que j'allais me planter en cumulant ainsi les compétitions ? Serais-je une daube inconsciente doublée d'un exhibitionniste à l'Ego boursoufflé ?

 La montée vers Sorbiers se fait sur une route très enneigée qui finit en chemin, nous dominons Saint-Etienne et la vue est superbe :



Malgré des muscles qui s'expriment prématurément, je suis aux anges car la neige me convient parfaitement. Dès que je le peux, je double, je double et je redouble, pestant après ces locaux qui ne savent pas descendre. A ce moment, je pense que tout le terrain est ainsi. Grave erreur !

St Christo

Dès Saint Christo, les choses se gâtent. D'abord, je suis rejoint par Ricounet et Ricounette  que je croyais devant. J'ai beau m'échapper dans une descente, ils me rattraperont plus tard...


Il y en a un autre qui ne va pas tarder à me rattraper, c'est le Mustang ! Zutre de zutre ! D'habitude le cheval n'aime pas la neige ! 

Je finis par arriver à Sainte Catherine avec des envies d'abandon. Je ne me sens pas au mieux et je commence à dérailler un peu...


  
Ce que je ne sais pas, c'est que ça va sérieusement se gâter : le terrain se modifie, la couche de neige devient de plus en plus fine découvrant ce qui va être mon cauchemar durant les huit prochaines heures :
En effet, la douce neige disparaît de plus en plus pour révéler de traîtreuses plaques de glace aux lèvres gercées relevées sur les dents givrées du sourire sardonique d'un hiver dont le glas sonne aux oreilles frigorifiées de ses futures victimes. En résumé, va y'avoir de la viande d'étalée !

Première chute entre Sainte Catherine et Saint Genoux. Les descentes deviennent de plus en plus dangereuses. Une ou deux fois, je me fais rattraper par un coureur qui me tire par la veste. Les uns les autres, on s'avertit des difficultés, on se soutient et on retombe les uns après les autres.

Pendant ce temps-là, les premiers relayeurs nous passent à toute berzingue sans même toucher le sol. Et nous qui progressons comme des vieillards cacochymes essayant de préserver l'intégrité de notre col du fémur...
Avant St Genoux, ça se calme un peu. Je commence à voir l'agglomération lyonnaise si loin et si proche... Nous sommes au milieu de l'épreuve.


C'est ensuite au tour du Fulgurex de me passer. Il doit déjà avoir atteint les cent bornes et il galope, il galope !
En me doublant, il s'adresse à moi :

"Tu m'excuseras, je ne m'arrête pas, là j'suis bien, j'continue..."

Il est bien... il est bien ! Et moi alors ! A force de me contracter pour ne pas tomber, j'ai les carters qui cèdent, le pot d'échappement en vrac et le joint de culasse qui fuit.

Marre de cette P... de campagne, vivement la route. Tiens, v'là justement la route, et elle descend la route. J'vais pouvoir rouler un peu, tiens.

Schlack ! C'est comme le bruit d'un battoir sur un quartier de viande, et la viande, c'est moi ! Cette b... de m... de route, c'est une patinoire. Je gueule un coup et je repars. J'ai, en bon judoka, assuré une chute latérale droite. Résultat : j'ai l'avant-bras droit qui se met à gonfler sur une vingtaine de centimètres de long et quelques centimètres d'épaisseur. Je m'inquiète un peu et tire sur le membre pour voir s'il n'est pas cassé. Ben non, ça ferait crier sinon...

Je passe les 42 km en six heures. Record battu sur marathon ! Manquerait plus que le Sébastien me rattrape, tiens !

A Soucieu, je dois m'arrêter un moment pour récupérer un peu. J'éprouve à nouveau la solidarité des trailers quand un petit groupe me fait une place sur son banc.

J'ai vu des tas de types à la dérive enroulés dans leurs couvertures de survie qui cherchaient après un point de rapatriement. Je pense à nouveau à l'abandon puis je me dis qu'à 23 bornes de l'arrivée, c'est ballot !

Je repars donc en grinçant et claudiquant. Et sur qui il tombe le Lutin quasi décédé ? Sur le Sébastien ! La bête est blessée mais encore vivante. Il crampe comme un vieux parapluie rouillé mais il avance. Et il m'appelle "mon Lutin" et ça... Il suffit qu'on soit affectueux avec moi et j'arrive en remuant la queue.

  
Plus question de courir hormis en descente, et ce n'est pas par plaisir car descendre, ça fait très mal quand on a les guiboles en chêne mais il faut bien courir un peu pour maintenir une moyenne de 7 km /h. 

"Ça va nous faire 3h00 pour les 21 km, mon Lutin, me dit le Sébastien, on sera à l'heure pour notre train !"


Entre les râles, je raconte ma course au Seb et je lui explique comme je suis tombé et... schlack ! Je me viande à nouveau comme une vieille pelure. Là, c'est la hanche qui a pris et je suis sonné. Mais je repars.

Incompréhensible. Je ne sais plus pourquoi je progresse. En temps normal, je me serais arrêté mais je continue comme un lemming se jette vers sa perte.
Ce doit être le choc... ou plutôt Sébastien. Le mastard dégage une quantité peu commune de chaleur humaine et j'y suis très sensible.
Il y a encore un mont à grimper après Chaponost et c'est raide de chez raide ! Il va falloir assurer une bonne moyenne pour arriver en moins de onze heures. Après Beaunant, le Seb met sa viande en position tracteur et se lance à sept à l'heure sur le plat, vitesse que je suis incapable de suivre en marchant.


Et c'est ainsi que je vais le suivre, mi-trottinant, mi marchant, me faisant distancer régulièrement.

Lyon, la capitale des Gaules et moi qui suis loin de l'avoir. Tiens, au fait, ça me fait quand même encore un truc souple !

En fait de Lyon, c'est Sainte Foy et sa montée. Mais c'est des dahuts dans ce pays !


Deux kilomètres de mur pour basculer enfin vers Lyon. Le Sébastien colle au bitume comme le morbaque s'accroche au poil pubien, il grimpe nettement plus vite que moi et je vais suer sang et eau pour le rattraper en trottinant comme un mouton qui se serait échappé du méchoui, la broche encore dans le rectum.
Eh bien, nos malheurs ne sont pas terminés. Les employés municipaux ne nous ont pas balayé les trottoirs et c'est cinq bornes de glace qui nous attendent ensuite.


Je marche sur des oeufs. Comme fait exprès, le vent se lève. Un joli vent bien glacial qui va finir par nous hurler aux oreilles. Je suis poutré de chez poutré. J'ai mal, je me sens nul, j'en ai marre, et je dois encore courir car Seb ne peut plus s'arrêter pour m'attendre, cela lui ferait trop mal pour repartir. Il marche si vite que je le perds plusieurs fois de vue.

C'est moche, c'est long, c'est glissant et pourtant ce n'est pas dans mon futal : c'est le chemin du canal juste avant Gerland. Et en plus, le vent s'en donne à coeur joie. C'est bon de souffrir !


Je tourne enfin à gauche et je retrouve mon balèze. Il a encore assez d'énergie pour me sourire. Cette fois-ci, je l'accroche comme la patelle suce son rocher. Cette soixante-huitième borne est le plus long kilomètre de ma vie.
Pour l'honneur, nous courons les cent derniers mètres :

 
 10h23 minutes

Je finis dans les bras de mon compagnon ; sur le coup, j'ai envie de pleurer. Je ne sais si c'est par fatigue ou affection. 

Il ne nous reste plus qu'à rejoindre nos compagnons. Ils ont tous bien marché, surtout Thierry qui a mis 8h15. Quant au Mustang, avec ses neuf heures de course, j'ai calculé qu'il me faudra entre 40 et 60 cross pour rattraper le retard accumulé ce jour-là.

Le bilan de cette nuit d'errance : un joli avant-bras violet qui tourne en ce moment au noir, un T-shirt finisher que je devrais encadrer et encore un peu plus de respect pour mon cheval ainsi que pour le Sébastien qui m'a donné une leçon de camaraderie et d'opiniâtreté.



1 commentaire:

  1. Le retour de Findus71 ?

    Je suis pas sût que ce soit pour toi ces longues courses hivernales.

    signé : Le_fantôme_du_raid28

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