jeudi 24 novembre 2011

Didon et Enée


En cette fin novembre ensoleillée, j'ai proposé à ma Josette d'aller assister à la représentation de l'opéra de Purcell : Didon et Enée à l'auditorium d'Alençon.

Un opéra dans une salle de 250 places, damned ! On allait bien voir... Quand on est amateur de musique et que l'on habite dans une ville de 27 000 habitants, on ne se fait pas d’illusion et on ne fait pas le difficile.

Toujours l'Amour !

Le livret, tiré de l'Enéide de Virgile, raconte comment Enée, venu de Troie, fait escale à Carthage où il ne trouve rien de mieux que de tomber amoureux de la reine Didon. Malheureusement, des sorcières complotent contre les tourtereaux et lui rappellent qu'il a du boulot, en l'occurrence, il s'agit d'aller fonder Rome. Ce benêt d'Enée lâche son amoureuse qui se suicide dans la foulée.

Les sorcières

Tout cela ne met qu'une heure et est mené tambour battant par l'allègre partition de Purcell. C'est gai, enlevé, plein d'humour mais aussi émouvant.

Connaissant cet opéra depuis trente ans et entendu plusieurs interprétations de l’œuvre sur instruments anciens (j'en ai même une en vinyle), je tendais un peu le dos. Allais-je être déçu ?

 Scène champêtre

Eh bien non ! Dès l'ouverture, les musiciens de la Pelegrina frappent fort et impriment un rythme d'enfer à l'ouverture qui débouche vite sur le premier chœur et là, surprise ! Les chanteurs émergent du fond de la salle et chantent avec une précision et une balance parfaite.

Il s'agit du Chœur d'Orphée dirigé et mis en scène par Nelly Heuzé, des voisins du Mans.

Chœur des marins

J'ai les oreilles qui jouissent ; au milieu d'une mise en scène inventive, j'assiste à une des plus belles exécutions de l’œuvre. Pourquoi belle ? Parce qu'interprétée avec ferveur par des passionnés. 

Rien n'est surfait, tout tombe juste, que ce soit les scènes du Palais, les interventions des sorcières, des marins et même les parties chantées par Jean-Christophe Grégoire qui interprète ce gros balourd d'Enée (seul rôle masculin) avec ce qu'il faut d'humour et de sobriété.


Mais celle qui mérite la palme, c'est bien Muriel Souty dans le rôle de Didon qui, dans le dernier duo et dans le lamento "When I am laid in earth", fait basculer le souriant opéra dans la tragédie la plus poignante.

Là, on atteint le céleste. Je n'avais pas entendu de Didon aussi juste et sans afféteries depuis celle de The Boston Camerata en 1980. La mort de Didon qui clôt l’œuvre, accompagnée par le chœur parachève un spectacle d'une qualité exceptionnelle.

Mort de Didon

N'ayant pas obtenu (Car ne l'ayant pas demandé, c'est malin !), d'autorisation de filmer des airs, je vous propose l'ouverture de Didion et Enée par le grand Harnoncourt et son Concentus Musicus dans une interprétation proche de ce que j'ai entendu. A une réserve près : la Didon d'Harnoncourt avec son léger vibrato et sa petite surcharge de pathos n'arrive pas à la cheville de Muriel Souty. C'est dire si ce spectacle était de qualité...


Ouverture
Concentus Musicus (1983)

6 commentaires:

  1. Eh bien, Mr le Lutin d'Ecouves...comment vous remercier ? Vous êtes un connaisseur, un photographe hors pair, une fine plume, et en plus un fan d'Harnoncourt...et maintenant un fan du choeur d'Orphée.
    Et en plus un fan de nature, de montagne (tiens je reconnais bien le fond du Valgaudemard...).
    Continuez à nous supporter, on ne demande que ça !
    Merci, merci.
    Un "marin de Didon".

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  2. Merci , félicitations pour vos commentaires qui font très chaud au coeur et au choeur.Je suis ravie que notre interprétation et configuration de ce magnifique bijou baroque aient plu aux alençonnais initiés comme vous ou non habitués au lyrique. Il faut ajouter à cela la présence de 200 enfants au cours de la générale qui ont été envoûtés par la représentation : un moment empreint d'une grande émotion.
    Je souhaiterais pouvoir récupérer les photos que vous avez prises. En échange je vous transmettrai un extrait audio de la mort de Didon par Muriel Souty ( spectacle du Mans).
    N'hésitez pas non plus à consulter notre site choeurdorphée.free.fr
    Bien à vous et à très bientôt cher Lutin normand.
    Nelly Heuzé , chef du choeur d'Orphée et metteuse en scène ( nelly.heuze@free.fr)

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  3. Merci au lutin d'Ecouves pour le commentaire passionné et ... passionnant. Merci pour l' l'extrait choisi en complément, c'est une très bonne idée! J'aurais aimé assister au concert, mais j'habite loin ( sud de la Belgique).
    En voici un bel aperçu, j'en suis très heureuse.

    Bien à vous,

    Une sympathisante du choeur

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  4. Je ne m'attendais pas à tant de commentaires. Cela fait réellement plaisir... de faire plaisir.
    Merci aux chanteurs et musiciens pour ce moment d'exception.

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  5. Je vous découvre cher Lutin d'Ecouves et avec plus de passion encore que je suis moi-même choriste amatrice et nous travaillons quelques choeurs de cet opéra si parfait !
    de Chanter Drooping the wings.. j'en ai eu les larmes aux yeux lors de notre dernière répétition. Votre plume et érudition furent un régal à ma lecture.. je suis tombée sur vous en cherchant un extrait à soumettre à des amies que j'entraîne dimanche 12/12 en l'église ND du Travail à Paris..
    Zyeuter donc cette église... elle vous ravira par son non conformisme et son élégance toute particulière.. moi la 'pas cul béni' je m'y plais, je m'y ressource dans cette bâtisse qui sent la sueur et l'âme des hommes qui y sont passés.
    Merci pour tout cela..

    Tita

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    1. Merci chère Tita. Ce genre de commentaire fait toujours plaisir car c'est toujours agréable d'être lu par des gens qui partagent la même passion que soi. Bon concert à vous et vos amis pour le 12/12. J'en entendrai peut-être l'écho au fond de ma forêt.

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