jeudi 15 décembre 2011

Pourquoi tant de violence ?

Artemisia Gentileschi
(1593-1652)


Cette jeune femme, qui se représente elle-même ci-dessus, fut une de ces rares femmes à se faire une place dans le monde de la peinture baroque naissante.

Son talent réel et sa situation de femme dans un milieu essentiellement masculin devraient suffire à asseoir sa renommée mais c'est surtout à un tableau que son nom est associé : Judith décapitant Holopherne (1620).


Observez avec quelle détermination sans faille les deux femmes, maîtresse et servante, égorgent le tyran Holopherne. Ce qui se lit sur leur visage va au-delà de l'histoire biblique qui fut le sujet de l’œuvre. L'implication physique des deux femmes et la puissance de leur expression tranche (c'est le moment de le dire) avec l'interprétation qu'en fit Le Caravage, 22 ans plus tôt :


Ici, servante et maîtresse ne sont pas unies par un même but et chacune garde son rang ; mais surtout, l'attitude mi-dégoûtée, mi-effrayée de Judith en dit long sur la perception masculine de la femme qui garde sa fragilité féminine même lors d'une action si violente.

La Judith du Caravage est une femme telle que l'homme la conçoit alors que celle d'Artemisia Gentileschi est vécue de l'intérieur.

L'on comprendra mieux la puissance du tableau d'Artemisia quand on saura le pénible événement qu'elle dut subir alors qu'elle n'avait que 19 ans :

Fille de peintre, elle avait appris les rudiments de son Art avec son père et produit sa première grande œuvre vers 17 ans. Habitant Rome, elle ne put avoir accès à l'enseignement de l'Académie des Beaux-Arts, cette institution étant fermée aux femmes.

Son père, conscient de la valeur de sa fille, lui trouva un précepteur en la personne du peintre Agostino Tassi. Malheureusement, le professeur outrepassa ses droits pédagogiques et se livra à une tentative de viol sur son élève.

Artemisia se défendit comme elle put, griffant son tortionnaire et lui mordant même un bout du pinceau qui en fut fort meurtri. Elle empoigna ensuite un couteau pour se venger et le violeur dut battre en retraite.

Plus furieuse que honteuse, la jeune fille porta plainte auprès de la justice qui enquêta ; et il fallut beaucoup de courage à la demoiselle car elle dut prouver qu'elle avait bien été violée. Elle eut à supporter divers examens gynécologiques et même subir la Question : on lui enserra les doigts dans des fils de fer qu'on serra de plus en plus fort, traitement qui faillit mettre un terme à sa carrière. On se doutera bien que le choix même de ce procédé d’interrogatoire n'était pas innocent...

Résistant à la torture, Artemisia prouva ainsi sa bonne foi et obtint gain de cause, Tassi fut condamné à un an de prison et à l'exil des Etats Pontificaux.

Un mois après la conclusion du procès, Artemisia Gentileschi se maria avec un peintre florentin qu'elle suivit dans la cité des Médicis.  

L'on peut penser que son mari (dont elle se séparera pour vivre une existence de femme libre) n'eut de cesse de respecter son épouse qui savait si bien exprimer ses sentiments comme le montre un autre de ses tableaux moins connu et nettement moins expressif, Giale et Sisara :

Un bon coup de burin pour t'apprendre à respecter les dames !


2 commentaires:

  1. j'aime ces tableau, surtout leurs réalisme dans la vie de le femme Artemisia Gentileschi que j'admire pour son courage et sa féminité défendue, grâce à vous je le découvre alors merci

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