samedi 2 mars 2013

Låt den rätte komma in (Morse)


Cette belle histoire d'amour commence lors d'un des ces sombres hivers scandinaves au pied d'une HLM suédoise. Oskar, douze ans, très jeune ado livré à lui-même, fait la connaissance d'Eli qui habite un appartement mitoyen.


Au collège, Oskar est en butte aux brimades quotidiennes d'une bande de petits caïds mais il tait sa souffrance à sa mère et s'enferme dans la solitude. La rencontre avec Eli va tout changer ...


Eli vit avec ce qui semble être son père mais on sait depuis le début du film que l'homme a d'étranges occupations nocturnes : il égorge les gens pour en recueillir le sang qu'il destine à celle qui n'est peut-être pas sa fille.


Le film du cinéaste suédois suédois Tomas Alfredson (2008) est l'exacte antithèse du sirupeux, pour ne pas dire pénible "Twilight". L'action se passe dans une banlieue sombre parmi une classe populaire fort justement décrite, sans caricature. Le "protecteur" du vampire est maladroit et peu sûr de lui et le vampire lui-même est une très jeune fille écartelée entre sa violence naturelle et ses sentiments d'adolescente éternelle.

L'image magistralement photographiée, la musique savamment distillée et les dialogues taillés au rasoir font de cet objet cinématographique une pure merveille loin du cinéma tape-à-l’œil que nous sert trop souvent Hollywood. Peu de trucages ici mais ceux-ci, quand ils interviennent, sont saisissants ; et la violence (jamais gratuite), si elle est parcimonieuse et souvent elliptique, n'en a que plus d'impact.

  
Un mot enfin des deux jeunes acteurs : Kåre Hedebrant compose un Oskar fragile et hypersensible suintant d'une rage qu'il ne peut exprimer et Lina Leandersson interprète une Eli dont la sauvagerie à fleur de peau contraste avec la sincérité de son amour pour Oskar. On peut parler de véritable performance d'actrice pour cette très jeune fille qui rend crédible un personnage aussi complexe qu'improbable.


Le film est l'adaptation du livre de John Ajvide Lindqvist qui en a aussi écrit le scénario. Une adaptation américaine a été tournée (Let the right one in) mais l'ajout de références à Dieu ainsi que l’évacuation de l'érotisme sensible mais platonique de l'original en font une version ... évitable. Quant au titre français "Morse", il s'agit d'une évidente faute de goût, les éditeurs hexagonaux du DVD ayant jugé que la traduction "Laisse entrer le juste" était incompréhensible pour nous autres.

Je conseillerais pour une fois le visionnement du film en VO sous-titrée, les dialogues en suédois étant consubstantiels de la bande son, complément indispensable de la photographie. Vous aurez compris qu'il s'agit là d'un chef d’œuvre du cinéma indépendant dont la portée va au-delà du simple cinéma fantastique.

Bande annonce :
 

Récompenses glanées par le film (source Wikipédia) :
 
  • Meilleur film et meilleur photographie au 31e festival international du film nordique de Göteborg
  • Meilleur film au Festival du film de TriBeCa 2008
  • Méliès d'argent au 8e festival international du film fantastique de Neuchâtel
  • Meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure photographie au festival FanTasia 2008
  • Meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure photographie aux European Independent Film Critics Awards
  • Prix de la critique et meilleur réalisateur au 12e festival international du film fantastique de Puchon
  • Prix de la critique au festival NatFilm 2008
  • Prix de la critique au festival international du film de Toronto 2008
  • Méliès d'or du meilleur film fantastique européen de 2008
  • Grand Prix du festival Fantastic'Arts de Gérardmer en 2009
  • Prix de la critique au festival Fantastic'Arts de Gérardmer en 2009
  • Silver Scream Award au Festival du film fantastique d'Amsterdam en 2009
  • Meilleur film étranger au British Independent Film Awards 2009 

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