jeudi 16 avril 2015

Hypermétamorphose

 Meloe proscarabeus

Trouvé à St Léonard des Bois (merci à Lucas pour son œil exercé)

Au détour d'une promenade, vous aurez peut-être la chance d'apercevoir ce beau coléoptère  noir bleuté. Il s'agit d'un méloé. Ne craignez rien, même si l'animal a une bonne taille (trois bons cm), il n'a ni croc ni dard. Il peut juste, s'il se sent maltraité, produire par saignée réflexe de la cantharidine, une substance huileuse vésicante qui tache et sent mauvais.

 Trop tard Lutin !

Cette substance est à l'origine du nom anglais de l'animal "Oil beetle". Comme l'écrit le grand Jean-Henri Fabre (source d'une bonne partie de ce billet) : " Ce coléoptère serait donc sans grand intérêt si ce n'étaient ses métamorphoses et les pérégrinations de sa larve..."

En effet, plutôt que de pondre des œufs dont sortent de simples larves qui nymphosent pour donner des adultes, le méloé pond d'abord des œufs... beaucoup d’œufs, plus de 4000 ! 

Quand les larves éclosent un mois plus tard, elles grimpent sur les plantes à leur portée, privilégiant les fleurs possédant du jaune, histoire d'être plus discrètes.

 Raté pour la discrétion... (Photo Aramel)

Dès qu'elles sentent une vibration, ces larves appelées triongulins se jettent sur le visiteur supposé et s'y accrochent.

 A l'attaque ! (Photo Aramel)

Malheureusement, les triongulins n'ont aucun discernement et s'accrochent à tout ce qui bouge : mouches, araignées, coléoptères, papillons, lutins...

Toutes ces larves sont vouées à une mort certaine sauf celles qui ont eu la chance de s'accrocher à une abeille solitaire du genre Anthophore.

 Attention, c'est plein de larves ! (photo O.Guetin)

Agrippées à la toison de l'abeille, les larves se laissent ensuite emmener vers le nid de l'hyménoptère où elles attendent qu'il ait pondu son œuf (dans un trou empli de miel prévu à cet effet) pour se glisser sur l’œuf qu'elles dévorent. Puis, elles s'attaquent au miel avant de passer par une suite compliquée de métamorphoses.

Hypermétamorphose de Sitaris, un autre méloïde (document Fabre)


Après cette suite de transformations (6 ou 7 chez certaines espèces), le méloé est enfin parvenu à l'âge adulte où il va bientôt chercher un partenaire pour se reproduire.

Il s'agit ici d'un mâle, ça se voit aux antennes coudées.


Note : les larves des méloïdes (triongulins) ont été longtemps appelées "poux des abeilles", Pediculus Apis (Linné). On pensait que c'était une espèce à part qui parasitait les hyménoptères jusqu'à ce que Newport (1803-1854) et Fabre (1823-1915) mettent en évidence le fait qu'il s'agissait d'un stade de développement d'un coléoptère.



2 commentaires:

  1. Reinhard Lauterbach21 avril 2015 à 20:34

    Je me souviens d'un séjour de vacances quelque part dans les années soixante, où on a visité l'harmas de Fabre à Sérignan près d'Orange. Il faisait chaud, j'avais soif et m'en foutais pas mal des insectes, le tout sous le chant des cigales...
    Merci de votre musique, c'est une écoute agréable.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci...
      J'ai aussi visité l'Harmas : http://lelutindecouves.blogspot.fr/2010/10/chez-monsieur-fabre.html

      Supprimer