mercredi 13 avril 2011

Naguère, des écoles - Episode 6

 Histoire et patins à roulettes


Peut-on enseigner quelque chose que l’on ne maîtrise pas ? La réponse est oui. J’en eus la preuve avec ma meilleure réussite pédagogique en terme de sport.

Je ne sais pas pourquoi mais je n’ai jamais tenu plus de cinq minutes sur des patins à roulettes. Or, cette année-là, Madame le Maire nous ayant fait goudronner la cour, je lui proposai d’acheter un certain nombre de rollers qui, à cette époque, avaient évolué mais gardaient encore leurs roues parallèles.

Devant l’enthousiasme des gamins qui se mirent à tourner des récréations entières sur une moitié de cour aménagée, je décidai d’intégrer les rollers à ma pédagogie sportive, adaptant nombre de jeux connus au déplacement sur roulettes. Cela allait du béret à la passe à dix en passant par le ballon chasseur.

Si mon épouse, qui s’occupait de la classe enfantine, était plutôt habile sur ce genre de véhicule et conseillait les enfants, je ne me risquai pas une seule fois à chausser les terribles rollers de peur du ridicule.

Ce n’était d’ailleurs pas nécessaire et, le succès aidant, la mairie nous fournit encore plus de patins car le matériel, tournant toutes les récrés et pendant les séances de sport, s’usait rapidement. Un atelier de réparation avait même été créé par des CM2 qui réparaient les rollers usés ou bien faisaient de nouvelles paires avec des pièces de récupération.

Au bout d’un moment, les petits du primaire s’y étaient mis et même la grande section s’initiait à ce sport. Il fallait les voir ces petits montés sur leurs patins, des bâtons en plastique à la main, en train de faire du ski à roulettes, fiers de faire comme les grands !

Avec l’aide de ma femme et grâce à la bienveillance de la mairie, nous avions juché une école entière sur des patins et constitué une super équipe de hockey en achetant l’équipement nécessaire.

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C’est aussi à cette époque que ma classe de CE2-CM1-CM2 participa à un concours académique sur le thème de l’époque de Guillaume le Conquérant qui était mort des conséquences d’une malheureuse chute de cheval il y avait juste neuf cents ans.

Cette fois encore, j’eus besoin de l’aide de mon épouse, plus curieuse et plus imaginative que moi.

Grâce à l’enthousiasme de Madame la Maire, nous élaborâmes une exposition sur l’histoire normande du village qui se trouvait, à l’époque de Guillaume, à la marche du duché.

Nous mîmes ainsi en évidence la présence des restes d’une motte féodale déjà répertoriée et la consultation du cadastre napoléonien des archives départementales nous permit de faire le rapport entre une route et l’existence d’un fossé fortifié long de plusieurs dizaines de kilomètres dont le but était de se protéger des barbares percherons.

A la suite de nos travaux, le conseil municipal décida de renommer cette route du nom exact de la fortification ainsi que de faire planter un panneau commémoratif au carrefour  appelé "le poteau" où nous avions découvert qu’il s’appelait comme cela car on y pendait les délinquants jusqu’au XIVème siècle.

Tout cela déboucha sur une exposition retraçant l’histoire normande avec force textes et dessins et le clou en fut incontestablement une reproduction en maquette du château du premier seigneur du village que nous avions réussi à identifier. Histoire, géographie, français, maths, dessin, travail manuel et débrouillardise, toutes les connaissances et énergies étaient mobilisées.

Peu manuel, je laissai mon épouse diriger une équipe d’enfants habiles et motivés qui réalisèrent une superbe forteresse en bois avec sa motte, son donjon, son enceinte, sa basse-cour et sa haute-cour.

Tout cela faisait un bon mètre de long et pesait son poids. Sa conception et sa construction avaient permis à certains enfants de révéler de surprenantes capacités dans ce que j’appelle l’intelligence manuelle. Je pense particulièrement à M…, faible en français et dont le niveau spéléologique en maths était très préoccupant mais qui possédait une compréhension supérieure des volumes et perspectives qui en faisait un surdoué dans ce genre d’activité  alors qu’il se traînait comme un pauvre malheureux dans les matières classiques. 

L’œil et la main, voilà ce que je n’avais jamais eu et que j’admirais chez cet enfant. Et c’est lui que la société considérait comme étant en échec.

Tout cet enthousiasme nous a valu un voyage d’une journée entièrement payé par un sponsor du concours lors duquel nous visitâmes les châteaux de Falaise et de Caen ainsi que la tapisserie de Bayeux que nous avions fini par connaître sur le bout des doigts.

Sans vraiment y penser et surtout sans intervention de notre administration, nous expérimentions la pédagogie du projet qui, à cette époque, commençait à se mettre en place au niveau national.

Quelques années plus tard, le Projet d’Ecole prit deux majuscules et devint une obligation administrative, tuant par son caractère obligatoire, toute initiative spontanée et parfois foutraque comme ce fut le cas pour nous en cette année 1987.


 Ici, le duc Guillaume dans un grand navire



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