mercredi 29 septembre 2010

Défense de la langue



Lors d’une discussion entre amis, il n’est pas rare d’entendre prononcer le terme cunnilingus qui est généralement utilisé à toutes les sauces :
« Et je lui ai proposé un cunnilingus… ma tante aimait le cunnilingus tout comme ma mère… les Chinois ont une connaissance approfondie du cunnilingus… de mon temps, on savait faire des cunnilingus… ».

Mais, le saviez-vous ? Le terme est impropre !  Encore eût-il fallu que vous le sussiez ! Je sens le rouge de la honte grimper le long de vos vaisseaux faciaux. « Quoi ! J’aurais ainsi violé sans le savoir notre belle langue française en utilisant un substantif inadéquat ! »

Non, rassurez-vous, la langue de Molière n’a subi qu’un léger outrage quand  la vôtre fourcha.  Ce fut plutôt celle de Virgile qui, en l’occurrence, prit ce mot barbare en plein bas-ventre.

A l’origine de notre terme se trouve le mot cunnus (ou cunus) désignant le sexe féminin en latin, mot qu’il ne faut pas confondre avec cuniculus (lapin dans la langue de Cicéron) que l’on retrouve dans cunicule qui désigne un étroit couloir sombre = terrier (Et il songeait que maintenant elle était là, dans ce cunicule obscur, proie sans défense à la bestialité des gardiens… [Henryk Sienkiewicz : Quo Vadis   chapitre LXV] ).

Cependant, la proximité phonologique (et sémantique) des deux termes fit qu’au moyen âge, les mots con (cunnus = sexe ) et connin (ou connil = lapin) subirent nombre d’interpénétrations, d’autant qu’à cette époque, connil signifiait aussi conduit ou tuyau (en référence aux galeries souterraines  [cunicules] du terrier de notre sympathique lagomorphe*).

Tout cela pour dire que la confusion fréquente entre cuniculus et cunnilingus est parfaitement compréhensible; d’ailleurs, l’un des surnoms de l'attribut féminin est justement lapin  dans plusieurs langues (d’où le sous-entendu sexuel du petit terme affectueux : mon lapin). La mode évoluant, cette acception de lapin a fini par disparaître pour laisser la place à des termes plus modernes comme Ticket de métro  ou même Cul de poulet  dans les cas les plus extrêmes.

Le deuxième membre du terme mis en cause est lingus  qui signifie langue dans l’acception langage. Et c’est là que nous touchons à impropriété du mot. En effet, cunnilingus signifierait stricto sensu "parle à mon c…, ma tête est malade".

Le gentleman cultivé et bien élevé préférera donc pratiquer le cunnilinctus composé de cunni (cunnus déjà évoqué) et de linctus n. m. (au génitif singulier) qui signifie sucement, c'est à dire : action de sucer (Pline 1er siècle après J.C.).
Nous noterons, bien sûr que ce nom dérive du participe passé du verbe lingere (lécher, sucer).

Ainsi monsieur, lors de votre prochaine sortie en société, vous pourrez briller à double titre en employant le terme cunnilinctus qui fera de vous à la fois un homme soucieux du confort de ces dames ainsi que de la défense de notre belle langue française.

Le Professeur Lutin vous remercie de votre attention.


* J'en profite pour préciser que, contrairement à ce que l'on croit généralement, les lapins ne sont pas des rongeurs mais des lagomorphes (littéralement : de la forme du lièvre), terme qu'il ne faut pas confondre avec lagopède qui ne désigne pas un lièvre homosexuel mais un oiseau alpin (et non lapin) de la famille des galliformes qui a pour caractéristique de laisser dans la neige des traces ressemblant à celles du lièvre (lagopède, littéralement : pied de lièvre).

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