lundi 18 octobre 2010

Histoire du Torche-Cul


Pour une fois, je ne vais pas parler de sexe mais l’objet de cette fort sérieuse étude se situe cependant à peu d’encablures du divertisseur.

Est-ce la proximité de l’un ou la promiscuité avec l’autre mais le fait est que les deux sujets ont été frappés d’opprobre dans les discussions publiques pendant longtemps.

Les temps changent et le sexe commence à s’immiscer de plus en plus dans les discussions courantes et parfois s’ériger en thème principal de débat dès que les protagonistes ont deux ou trois verres dans le nez.

Il en va autrement pour  tout ce qui tourne autour de l’orifice brun-rosâtre pourvu parfois de jolies nuances de violet qui nous délivre quotidiennement du lourd fardeau de nos luttes intestines.
Chut ! Pas un mot sur nos guerres côloniales et sur leur lot de traces suspectes, de grelots silencieux et foirades monumentales.

Ce trou dans votre culture mérite d’être comblé par le Lutin qui, après de longues recherches, est fier de vous présenter : 


Le torche-cul à travers les âges
Texte à imprimer et à lire aux toilettes


Comme les virgules sur la grotte de Lascaux se sont effacées avec le temps, l’on ne sait rien sur la façon dont Cro-Magnon s’essuyait et même si seulement il s’essuyait.

D'après ce document, ils devaient se torcher avec les cheveux !


Antiquité

Ce sont les Grecs anciens qui furent les premiers à nous renseigner sur leurs pratiques. Ils utilisaient les doigts mais aussi des pierres s’ils étaient plus civilisés. Les galets devaient être préférés au silex, quoique les Spartiates…


On pense que le désir d'isolement lors de la
défécation vient de cette époque d'où l'expression :
"Tu te tires ailleurs, c'est mes galets !"


Aristophane, auteur du Vème siècle avant J.C. est très précis là-dessus dans une de ses satires : «Trois pierres peuvent suffire pour se torcher le cul si elles sont raboteuses. Polies, il en faut quatre.» Il précise aussi que les riches se servent parfois de poireaux. Les Grecs aimaient la soupe épicée...

La pratique la plus courante reste cependant l’usage des vêtements et cela perdurera longtemps dans les diverses sociétés occidentales.

Homère, dans le chant VI de l’Odyssée met en scène la belle Nausicaa qui demande son char et ses chevaux à son père pour aller laver les chemises de ses frères car ils « ne peuvent briller aux assemblées avec des chemises merdeuses.»

Homère restait cependant fidèle au bon vieux galet torche-cul
 
Le Romains adoptèrent d’abord, bien sûr, les pratiques grecques puis raffinèrent la chose. Au premier siècle avant J.C., le poète Catulle indique que la classe patricienne se sert de serviettes en tissu. A la fin du premier siècle après J.C., le poète Martial indique qu’on adopte la laine parfois parfumée dans la bonne société romaine.

L’usage d’une éponge fixée à un bâton en tant que torche-cul dans les toilettes publiques romaines a souvent été cité d’autant que l’information a été relayée par Montaigne dans ses Essais. Cela paraît en fait assez douteux.

S’il est avéré que ce genre d’ustensile était présent dans les latrines, il servait plutôt au nettoyage des lieux. Même si Pasteur n’était pas passé par là, les Romains n’étaient pas idiots et ne se torchaient pas avec des éponges maculées par les déjections et autres humeurs souillées de leurs contemporains.

Toilettes dans les ruines de la cité romaine d'Ephèse
A l'époque, aller aux toilettes ne coûtait pas la peau d'Ephèse !



Moyen-âge et Renaissance


Au Moyen-âge, on note l’apparition du bâton courbe dont le travail consiste à faire le plus gros du boulot, laissant à une poignée de foin ou de feuilles (selon la saison)  et parfois de terre le soin de fignoler le nettoyage de la zone anale.

C'est de cette époque que datent les expressions comme celle-ci : "Est-ce que je raconte dehors, moi, qu’elle est un vrai bâton merdeux, à ne pas savoir par quel bout la prendre ?" (Zola, La Terre)

Bâtons torche-culs japonais  de l'époque Naga (VIIIème siècle)

A cette époque, l’usage du bâton est répandu depuis des siècles en Chine où il est transmis de père en fils. C’est aussi dans ce pays, décidément en avance sur l’Europe, qu’au XIVème siècle apparaît le premier papier toilette dont l’usage est strictement réservé à l’auguste derrière de l’Empereur.

Au même moment, l’on est loin d’utiliser le papier encore fort cher et la haute société française se torche de coton ou plus souvent d’étoupe (filasse de chanvre ou de lin) comme cela est noté dans les comptes de dépenses du roi Charles VI en 1398.

En ce qui concerne Jeanne d’Arc, nul ne sait comment elle s’essuyait le derrière mais comme d’après certains témoignages, elle gardait parfois son armure plusieurs jours de suite, on peut penser qu’elle avait un truc infaillible pour faire fuir les Rosbeefs.

Avec le temps, le verbe "prouter" s'est transformé en
"poutrer", terme bien connu des lecteurs du Lutin...

Quant au petit peuple, il doit se contenter de méthodes ancestrales liées à ce que l’on ramasse dans la nature et quand Mère Nature est en hiver chiche de ses dons, l’on recourt simplement au bas de la chemise pour terminer le travail bien souvent commencé avec les doigts.


A titre d’anecdote,   on notera l’amusant texte de Rabelais (1534) dans lequel  Gargantua fait l’apologie du torchage  de cul à l’oison :

"...Mais pour conclure, je dis et je maintiens qu'il n'y a pas de meilleur torche-cul qu'un oison bien duveteux, pourvu qu'on lui tienne la tête entre les jambes. Croyez-m'en sur l'honneur, vous ressentez au trou du cul une volupté mirifique, tant à cause de la douceur de ce duvet qu'à cause de la bonne chaleur de l'oison qui se communique facilement du boyau du cul et des autres intestins jusqu'à la région du coeur et à celle du cerveau. Ne croyez pas que la béatitude des héros et des demi-dieux qui sont aux Champs Elysées tienne à leur asphodèle, à leur ambroisie ou à leur nectar comme disent les vieilles de par ici. Elle tient, à mon avis, à ce qu'ils se torchent le cul avec un oison ..."

Un gros comme ça, quand ça dépose le bilan,
il ne vaut mieux pas être en dessous !


Ancien régime


Si le papier commence à chatouiller quelques anus lors de la Renaissance, la Bonne Société se met de plus en plus à utiliser des linges pour s’essuyer le derrière. Si dans les grandes maisons bourgeoises, l’on se frotte le fondement avec du lin, la noblesse n’hésite pas parfois à se servir de velours ou même de satin pour se peaufiner la peau du fion. La comtesse Du Barry, maîtresse de Louis XV était célèbre pour ses torche-culs en dentelle, dépassant ainsi la Maintenon, maîtresse du précédent souverain qui utilisait simplement de la laine de mérinos.

Madame du Barry

Le papier, moins confortable, commence à être utilisé en tant qu’objet de torchage mais il ne s’agit pas de papier toilette comme aujourd’hui mais de papier de récupération de toutes sortes. L’on n’est pas loin du papier journal de nos grand-mères.

Songez un moment au nombre de documents historiques disparus dans les latrines. Jugez plutôt :

Une équipe d’archéologues a mené des fouilles dans les sous-sols de la Cour Napoléon avant la  construction de la fameuse pyramide de verre du Louvre. Ils ont découvert dans les anciennes latrines plus de 700 cachets de cire aux armoiries des plus grands personnages de la fin du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle. Des courriers aux armes des Orléans, Rohan, Colbert et autres ont servi de papier toilette. Ce sont les historiens qui sont bien emmerdés…

Lors du développement des  quotidiens au XVIIIème siècle, le journal devient le torche-cul préféré d’une bonne partie de la population des villes.


Epoque moderne


Le XIXème siècle fut le siècle de l’invention du papier toilette. D’abord, ce furent les Anglais qui tirèrent les premiers en 1850 mais c’est l’américain Joseph Cayette qui débute la première fabrication de ce qui allait devenir notre torche-cul préféré.

Son usage resta longtemps confidentiel à cause de la cherté du produit et l’on utilisa encore longtemps le journal en ville et les produits de la nature à la campagne.

A ce propos, je citerai la grande doche (rumex obtusifolius) une plante du genre oseille qui pousse dans les champs de ma bonne Normandie et qui a torché le cul d’un certain nombre de membres de ma famille à la belle saison jusqu’au milieu du XXème siècle.

Doche est un mot normand venant de l'anglais Dock
dont une des acceptions désigne les plantes du genre Rumex

A partir de 1950, le papier toilette s’imposa cependant dans nos régions. Il s’agissait à ce moment de « bulle corde », un papier marron peu essuyant. A partir de 1963, on voit apparaître l’ouate de cellulose qui montera en puissance dans nos toilettes durant les décennies suivantes.

La quantité de papier utilisé ne cessera d’augmenter : de 0,5 kg par Français et par an en 1960, elle est passée à 4,8 kg en 1995.
L’on est cependant loin des 8 kg par an des pays scandinaves mais le Français a l’anus relativement net par rapport au Portugais qui n’use que 3 kg de papier sur la même période.

Ne jetons pas cependant la pierre à nos amis lusitaniens qui habitent des régions proches de la mer où l’on pratique encore le torchage à l’aide de coquillages, plus précisément grâce aux coquilles de moules, usage avéré dans de nombreux pays.

Joli dévidoir moderne

Il est à noter que dans les pays musulmans dans lesquels l’hygiène fait partie de la pratique religieuse, le nettoyage à l’eau exclusivement effectué de la main gauche est la règle (code Qadaa al-Haajah). Le papier est cependant licite mais peu employé.

Aujourd’hui, le papier toilette utilisé est essentiellement du papier en rouleau. Le papier conditionné à plat en paquets, une invention française n’est plus employé qu’au Japon et au Québec. Dans notre pays, ce conditionnement est passé de 70% du marché en 1970 à seulement 15% en 1995. Même à ce niveau, notre culture est en retrait.

Actuellement, l’on observe un tassement dans l’usage du papier dans les pays les plus évolués en ce qui concerne l’hygiène. L’apparition des toilettes automatiques informatisées venues du Japon qui vous lavent le fondement puis le sèchent et même le parfument semble battre en brèche la toute puissance du PQ et l’on peut penser que le développement de ce genre de technologie pourrait remettre en cause la suprématie du célèbre papier à cul.

Panneau de commande de toilettes japonaises


Je voudrais pour terminer rendre hommage à un collègue  de la région d'Alençon, Lutin Malin qui milite pour le PQ et la culture avec son invention géniale : le PQ à lire, un produit qui vous cultive avant de vous torcher.

Ce célèbre compatriote récompensé au concours Lépine est aussi l’inventeur de la pilule à parfumer les pets qui vous permet de lâcher une caisse en société tout en restant un gentleman.





Une grande partie de la documentation sur ce sujet provient de l’ouvrage « Histoire et bizarreries sociales des excréments » de Martin Monestier qui est une étude remarquable sur l’histoire de la crotte et de tout ce qui tourne autour de ce passionnant sujet.


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