lundi 11 octobre 2010

Chroniques du Camping 8

Révolution

Quand on a passé la cinquantaine, on a le choix entre deux destins : soit on continue sa vie tout droit et on attend le cimetière l'âme en paix, soit on fiche tout en l'air et on décide de mettre le bocson dans sa vie.

Comme je suis par essence un aventurier, j'ai décidé que je ferai cette année un truc vachement gonflé : je changerai d'emplacement de camping !

J'avais passé une vingtaine d'années dans la même allée dont dix-huit sur le même emplacement. C'était sympa, je retrouvais chaque année les mêmes voisins avec lesquels j'échangeais parfois des courriers dans l'année. Tout allait comme sur des roulettes, j'avais l'impression d'être une jolie pièce de LEGO© bien à sa place dans une construction harmonieuse.

Mais voilà, le temps passe et cette allée d'habitués a fini par ressembler à un lieu de promenade bien connu des Parisiens, le cimetière du Père Lachaise.

Ça a commencé avec cette gentille dame hollandaise dont le mari avait fait distribuer à tous une carte postale annonçant son décès dans des termes d'une grande élégance.

Ensuite ce fut le tour de mon voisin de gauche, un ancien de la Luftwaffe qui avait été abattu durant la Campagne de France en 40, ce qui lui avait permis de passer une bonne partie de la guerre à l'hosto. C'était un modèle de campeur allemand : une caravane impeccable prolongée d'un auvent à la propreté teutonne décoré de rideaux brodés par son épouse. 

Puis, ce fut Guy, le sanguin surveillant, homme du sud par excellence dans son comportement excessif qui décida de nous quitter. Généreux et colérique, il faisait régner l'ordre dans le secteur accompagné de Jean-Claude le Suisse en chaussettes dans les sandales.

Cet hiver, le Coiffeur de Toulouse nous a quittés suivi peu de temps après par son épouse. Je lui parlais peu mais je m'étais habitué à lui et à ses sandales indochinoises qu'il ne quittait plus depuis le temps des colonies.

Ça commençait à bien faire pour une allée d'une vingtaine d'emplacements ! 

La trouille m'a pris ! Et si le prochain vieux kroumir qui trépassait, c'était moi  ?

 *****

Voilà pourquoi cette année je débarque allée des ginkgos dans la zone des animateurs. Un emplacement sympa et une ambiance différente... C'est quoi ce bruit ? Ça alors, des enfants ! Et des ados ! J'en reviens pas !

Je suis accueilli par Michel, l'animateur football et Philippe mon jeune collègue de l'animation jogging. J'aperçois Jean-Claude (l'autre) et sa femme qui gèrent l'atelier musique classique. Nouveau et en terrain connu, l'idéal pour un aventurier conservateur tel que moi.

Deux heures de boulot sous la direction de mon épouse (surnommée Tétris en raison de ses aptitudes surprenantes en rangement et organisation) et nous sommes installés, moi, Josette et mon fils Lucas devant une bière.

Voici venir les jours du Temps Suspendu. Trois semaines de course, de plage, de piscine, de restos et d'apéros. 

En mon for intérieur, je me fais une promesse : moins d'alcool cette année.

Promesse d'ivrogne...


 
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